Notre amie l’Arabie saoudite

 La Hulotte

Le 26 janvier 2015, le roi Philippe se rendait en Arabie saoudite pour présenter ses condoléances après le décès du roi Abdallah. Cette visite d’État, donc cautionnée par le gouvernement, a déclenché les critiques acerbes de l’opposition qui a souligné à juste titre l’indécence de cette démarche en faveur d’un pays parmi les plus arriérés et les plus barbares du monde. Le tableau qui suit nous éclairera sur les horreurs de ce régime moyenâgeux, condamné sans réserve pour toutes les organisations de défense des droits humains.

D’une manière générale, « seul pays à porter le nom de la famille qui le qui le dirige, le royaume saoudien reste une monarchie absolue fondée sur le lien d’allégeance entre le roi, chef de l’exécutif, et ses sujets, où les partis politiques et les syndicats sont interdits, dans un régime politique où la place du Conseil consultatif – donc du pouvoir législatif – ne revêt qu’un rôle extrêmement limité. [1]»

Cet État fondé en 1932 par Mohammad Ibn Saoud est une théocratie musulmane sunnite, inspirée par la doctrine fanatique de Mohammad Ibn Abdelwahhab qui, en 1744, a donné son nom au wahhabisme.

Depuis le début des années 2000, ce pays connaît l’émergence d’un important courant djihadiste responsable d’attentats terroristes. En même temps est apparu, essentiellement au sein de la minorité chiite qui représente 8 à 10% de la population, un autre courant, islamo-libéral et réformiste, qui réclame une monarchie constitutionnelle et un Parlement élu au suffrage universel ainsi que la libération des prisonniers politiques.  Ces revendications se sont manifestées notamment à Riyad le 11 mars 2011, baptisé « Jour de la colère ». Le Pouvoir y a répondu par une vague d’arrestations.

Parmi les premières victimes du Régime, on trouve – comme d’habitude – les femmes. Leur situation est parmi les plus inégalitaires des pays développés. Même si, en raison de nécessités économiques et sous la pression internationale, quelques réformes en matière de représentation politique et d’accès au marché du travail, ont été consenties par le roi Abdallah, ces mesures n’ont pas supprimé la ségrégation dont elles sont victimes ni leur assujettissement à la gent masculine. Elle restent leur vie durant d’éternelles mineures, soumises à un tuteur (le mahram ) qui peut être, selon les circonstances, leur père, leur époux (voire, en cas de divorce, leur ancien mari) ou même leur propre fils si elles sont  veuves… Dans ces conditions, leurs droits sont dérisoires et dépendent du bon plaisir de l’homme, tandis que leurs obligations sont écrasantes. Ainsi doivent-elles, entre autres humiliations, subir la polygamie, si leur mari en a décidé ainsi. Elles ne peuvent sortir que accompagnées et doivent porter alors une large tunique noire (l’abaya) qui ne laisse apparaître que les yeux. Leur comportement dans l’espace public est constamment espionné par des milices (les muttawain) dépendant de la Commission pour la Prévention du vice et la promotion de la Vertu, qui peuvent, en cas de manquement à leurs obligations (tenue vestimentaire non conforme, non-respect des cinq prières quotidiennes, fréquentation d’hommes dans les lieux publics…) les soumettre à la flagellation ou les jeter en prison. Rappelons aussi que l’Arabie saoudite est le seul pays au monde qui interdit aux femmes de conduire un véhicule ![2]

Mais il y a pire ! Beaucoup de femmes immigrées, issues de pays défavorisés, sont soumises à un quasi esclavage, notamment sexuel. Ainsi nombre de jeunes mauriciennes ou malgaches, voulant fuir leur misère, sont victimes de recruteurs saoudiens qui les vendent comme « domestiques », pour 2000 €, à des patrons sans scrupules.  Epuisées par des journées de travail pouvant atteindre vingt heures, sous-alimentée, maltraitées, beaucoup d’entre elles meurent après quelques mois de calvaire[3]. Et gare à celles qui osent se plaindre. Ainsi une servante sri lankaise revenue dans son pays en 2010 a témoigné que suite à ses plaintes concernant ses prestations épuisantes, son patron lui avait enfoncé des clous et une aiguille dans les mains, les jambes et le front.

Le pays est connu aussi pour la férocité de ses châtiments et l’arbitraire de son système judiciaire. Sous couvert de combattre le « terrorisme », ou de sanctionner les pratiques « impies », sont systématiquement arrêtés les défenseurs des droits humains, les intellectuels plaidant pacifiquement pour une réforme politique, des minorités religieuses, des travailleurs migrants et des demandeurs d’asile. Ces personnes sont poursuivies sans le moindre respect des droits de la défense. Les interrogatoires se font presque toujours sous la torture. Celle-ci est poussée parfois si loin qu’elle entraîne une invalidité permanente, voire la mort de la victime. Les mauvais traitements se poursuivent systématiquement durant toute la détention[4].  Ainsi Mourad al-Moukhlif, un directeur d’école détenu à la prison de Dammam en février 2010, a été frappé violemment dans le dos et maintenu dans des positions traumatisantes durant de longues périodes, ce qui a entraîné la paralysie de ses jambes. Certains détenus sont parfois torturés à mort également durant leur détention comme ce fut le cas pour Mohammed Abdu al-Duaysi, en décembre 2010.

Les procédures judiciaires sont aussi marquées par un mépris des droits de la défense. Par exemple, la Cour spéciale antiterroriste peut tenir ses audiences à huis clos et en l’absence de l’accusé ou de son conseil et prononcer son jugement dans les mêmes circonstances. Les étrangers en particulier sont particulièrement victimes de cette carence de garanties judiciaires. Souvent ils ne peuvent bénéficier ni des services d’un avocat ni de ceux d’un traducteur pendant l’instruction et au moment du jugement. Et quand une condamnation à mort est prononcée, les familles ne sont pas toujours averties de la sentence.

Les peines prononcées sont aussi d’une cruauté inouïe : flagellation, lapidation, amputation d’un ou de plusieurs membres ou décapitation suivie de crucifixion. D’après Amnesty International, l’Arabie saoudite détient le sinistre record du plus grand nombre d’exécutions capitales du monde entre janvier et novembre 2015. Pas moins de 151 personnes y ont été mises à mort, dont 47 le même jour ![5]

Cela n’a pas empêché ce pays d’adhérer à plusieurs conventions internationales notamment celle contre la torture en 1997, mais avec des réserves sur l’application du texte concernant les dispositions qui ne seraient pas conformes à la loi islamique. Bel exemple de cynisme et d’hypocrisie !

Mais les exactions de cet « état voyou » pour reprendre une expression chère aux États-Unis, par ailleurs leur plus fidèle allié, concernent aussi les crimes commis contre le patrimoine culturel de l’Humanité. En vertu de la doctrine rigoriste du wahhabisme, ce sont des centaines de lieux, vénérés pourtant par la plupart des musulmans, qui ont été détruits en Arabie saoudite ou ailleurs depuis plus d’un siècle. Et aujourd’hui on assiste à l’anéantissement systématique des vestiges archéologiques du Yémen par la coalition des pays du Golfe, dirigée par l’Arabie saoudite, contre cet État. Cependant seules les destructions commises par Daesh, notamment à Palmyre, ont été dénoncées dans les médias occidentaux[6].

Comment dès lors expliquer la complaisance, pour ne pas dire la complicité, de la plupart des pays occidentaux, comme la Belgique, la France et les États-Unis, à l’égard de ce régime ignoble ? La réponse est évidente : l’Arabie saoudite est le premier producteur de pétrole du monde et ses pétrodollars lui permettent d’acheter d’énormes quantités d’armes à l’Occident. Et c’est pour cette raison sordide que les démocraties occidentales, volontiers donneuses de leçons, n’ont pas hésité à vendre leur âme à ce diable islamiste en forçant par exemple l’ONU  à nommer en 2015 son ambassadeur à la tête du Comité consultatif du Conseil des droits de l’Homme de cette organisation.

Une nausée passagère est vite oubliée, pardi !

[1]                     https://www.acatfrance.fr/un-monde-tortionnaire/Arabie-Saoudite

[2]                      https://epthinktank.eu/2013/10/26/la-condition-feminine-en-arabie-saoudite/

[3]                      http://www.lemonde.fr/afrique/video/2014/07/25/des-domestiques-reduites-en-esclavage-en-arabie-saoudite_4462921_3212.html

[4]                      https://www.acatfrance.fr/un-monde-tortionnaire/Arabie-Saoudite

[5]                     Voir Amnesty International : http://www.amnesty.fr/Nos-campagnes/Abolition-de-la-peine-de-mort/Actualites/47-personnes-executees-le-mepris-total-des-droits-humains-de-Arabie-saoudite-17231

[6]                     Pour la liste des sites détruits, voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Wahhabisme#La_d.C3.A9molition_des_lieux_profanes

Originellement paru dans ML 192