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Pauvre Belgique

Avec un patrimoine global de quelque 238.500 euros, le Belge est en septième place des nationalités les plus riches, selon Crédit Suisse. Notre pays devance ainsi le Royaume-Uni, Singapour et la France. La Belgique se hisse aussi à la 14e place mondiale en termes de nombre de millionnaires sur son sol. En termes de PIB, la Belgique est le 25ème pays le plus riche au monde1. La Belgique est toujours le 3ème pays à la pression fiscale la plus élevée au sein de l’OCDE. Selon les chiffres de l’Organisation du commerce, les recettes fiscales totales en Belgique étaient de 183,8 milliards d’euros en 2015 dont 65,6 milliards d’euros d’impôt sur le revenu, bénéfices et gains en capital, 58,6 milliards d’euros de cotisations sociales, 14,4 milliards d’euros d’impôts sur le patrimoine (immobilier notamment) et 43,7 milliards d’impôts sur les biens et services (TVA, accises, …)2.

Dans un pays développé comme le nôtre, il appartient aux différents gouvernements (fédéral, régional, communal…) de permettre à tous ses
citoyens de manger, de se loger, de se vêtir, de se soigner, d’offrir une éducation de bon niveau à leurs enfants, mais surtout de vivre dans la
dignité.

Or c’est loin d’être le cas !

Malgré cette richesse accumulée et malgré le montant particulièrement élevé de nos impôts sur les revenus, de nombreux citoyens de ce pays
vivent sous ou proche du seuil de pauvreté obligeant nombre d’associations à faire appel à la générosité publique pour pallier les carences de
l’Etat dans la lutte contre ce fléau.

Quelques chiffres sur la pauvreté

L’office de statistique a publié les chiffres de la pauvreté pour 2017. Il ressort de l’enquête sur les revenus et les conditions de vie que 15,9% de la population soit 1.797.700 personnes, peut être considérée comme à risque de pauvreté monétaire et que 5,1% souffre de privation matérielle grave.

Que faut-il entendre par pauvreté monétaire ?

Se trouve dans cette situation toute personne isolée dont le revenu mensuel est inférieur à 1.139 euros.

Les chômeurs, les familles monoparentales et les personnes les moins éduquées sont les plus vulnérables à la pauvreté. Les personnes sans emploi sont beaucoup plus exposées à la pauvreté monétaire que la population active (5%). Il en va de même pour les membres des familles monoparentales (39,7%), qui courent un risque plus élevé que les membres d’une famille composée par exemple de deux adultes et deux enfants (8,5%), ainsi que pour les locataires (36,4%) par rapport aux personnes qui sont propriétaires de leur logement (8,8%).

Enfin, depuis le début des mesures, le fossé entre les personnes les moins éduquées, qui disposent tout au plus d’un diplôme de l’enseignement secondaire inférieur, et celles qui ont un diplôme de l’enseignement supérieur se creuse de plus en plus. Les premières
affichent un taux de pauvreté monétaire de 27,2% contre 6,4 % pour les plus éduquées.3

La Belgique a un des taux de pauvreté infantile les plus hauts en Europe : à Bruxelles, quatre enfants sur dix grandissent dans la pauvreté, un sur quatre en Wallonie et un sur dix en Flandre. Se battre contre cette pauvreté doit donc aussi être une priorité stratégique.

Quant aux personnes âgées, leur situation n’est guère plus brillante. Les chiffres les concernant sont eux aussi édifiants : quatre pensionnés sur dix vivent aujourd’hui sous, ou tout juste, le niveau du seuil de pauvreté. C’est ce que révèle l’enquête réalisée par Enéo, le mouvement social des aînés. Une enquête menée auprès de 665 personnes dont 415 ménages en Wallonie et à Bruxelles. Elle nous apprend aussi que la pension moyenne d’un isolé est de 1.600 euros. Mais cette moyenne cache des réalités très différentes. En effet, 9,3 % des retraités ont une pension nette inférieure à 1.000 euros. A l’autre bout de la chaîne des revenus, 8,8% des retraités gagnent plus de 2.250 euros nets, en sachant que le seuil de pauvreté pour un ménage est fixé à plus de 2.300 euros. Difficile, dans ces conditions de boucler les fins de mois sachant que le logement coûte en moyenne 725,7€/mois en forte hausse depuis 2010 (586€), à quoi il faut ajouter une nette tendance à la hausse pour l’alimentation dont le budget représente près de 30% des revenus.4

En sept ans, les biens de première nécessité ont augmenté, par ménage, de 500 euros alors que 42% des ménages disposent de moins de 2.000 euros par mois. Face à des pouvoirs publics incapables de procurer à chacun les moyens suffisants pour vivre dans la dignité, de nombreuses associations se sont mises en place pour venir en aide aux plus démunis en faisant appel à la générosité des citoyens. Ces associations sont actives dans de nombreux domaines et couvrent les problématiques de la pauvreté des enfants, des personnes sans abri, de l’accès au logement, de la santé, des loisirs, …

Si pour remplir les missions qu’elles se sont assignées, les dons en argent revêtent une importance capitale pour les associations d’aide aux démunis, les dons en nature (aliments, vêtements, …) et l’investissement personnel des bénévoles sont également indispensables. Parmi les associations actives dans le domaine de la lutte contre la pauvreté citons par exemple :

OXFAM solidarité

L’association interpelle les autorités pour exiger la fin des injustices sociales et économiques et relève qu’une personne sur trois dans le monde vit dans la pauvreté. Oxfam est déterminée à changer cette situation en mobilisant le pouvoir citoyen contre la pauvreté. Nous nous employons à trouver des solutions concrètes et innovantes pour que et chacun puisse sortir de la pauvreté et se réaliser pleinement.

Solidarité logement

Créée en 2009, cette association fonctionne grâce à une cinquantaine de bénévoles. Elle a pour but de lutter contre le mal-logement et le sans-abrisme car, force est de constater que, si le droit au logement est garanti par l’article 23 de la Constitution belge (chacun a le droit de mener une vie conforme à la dignité humaine. Ce droit comprend le droit à un logement décent), le déficit de logements sociaux est criant lesquels sont même souvent inaccessibles aux plus démunis vu l’augmentation des loyers.

L’accession à un logement correct est un pas important dans la lutte contre la précarité et l’exclusion sociale. Le logement est un outil indispensable à l’émancipation et à l’épanouissement, il permet le développement de l’individu et de sa famille.

L’association s’est donc donné pour mission de faciliter la mise à disposition de logements à des personnes indigentes, confrontées à un problème de sans-abrisme ou de mal logement. Pour ce faire, elle peut participer, directement ou indirectement, notamment par une intervention financière, l’acquisition et/ou la location de logements et leur restauration si nécessaire.

Les banques alimentaires

Se nourrir n’est pas toujours chose facile. De cette constatation sont nées les banques alimentaires. Elles ont pour but de lutter contre la faim et le gaspillage de vivres et de réinsérer les personnes en précarité via l’emploi social.

Les Banques Alimentaires sont des entreprises de distribution d’un type spécial. Elles sont comparables au commerce en gros en alimentation générale, mais elles n’achètent rien et ne vendent rien. Les surplus de vivres reçus gratuitement de l’Union Européenne, de l’industrie agro-alimentaire, de la distribution agro-alimentaire, des collectes de vivres et des criées, sont – avec l’aide d’un réseau d’associations caritatives – distribués gratuitement aux personnes dans le besoin.

Outre les surplus mis à leur disposition, les banques alimentaires bénéficient chaque année vivres collectées auprès des citoyens en collaboration avec les supermarchés partenaires. Les clients sont invités à acheter des bons lors de leur passage en caisse. En fonction du supermarché, ces bons permettent d’offrir un ou plusieurs repas ou produits selon le montant choisi. De nombreuses entreprises soutiennent l’action de ces associations. Citons par exemple Delhaize, Carrefour, Colruyt, Cora, Lidl, Belorta, Agristo, Marcolini, …

La Fédération se charge de mettre sur pied, avec la collaboration d’entreprises alimentaires ou non alimentaires, des campagnes visant à récolter des fonds ou des vivres. Ces campagnes peuvent être soit ponctuelles et avoir lieu à un moment précis de l’année, soit permanentes et se dérouler durant toute l’année.

La banque alimentaire belge, c’est 32 millions de repas distribués gratuitement, 157.000 personnes démunies aidées, 16.500 tonnes de nourriture récoltées, … chaque année.

Les restos du cœur

« Personne ne pensait en 1986 que les demandes d’aide seraient nécessaires 30 ans plus tard. Malheureusement, nous sommes aujourd’hui encore confrontés à des situations qui motivent la Fédération des restos du cœur de Belgique à demander l’aide de chacun. Les plus démunis d’entre nous ont besoin d’aide pas de pitié. Nous vous remercions de tout cœur pour votre aide financière. Vous trouverez dans les pages suivantes toutes les interventions que nous assurons tout au long de l’année. »5

L’Association Les Restos du Coeur agit depuis plus de 30 ans pour la solidarité sociale, en distribuant en Belgique des repas (630.000 par an) et par des actions d’aide à l’insertion sociale auprès des personnes précarisées. Les restos sont une association non gouvernementale
qui intervient pour soulager les problèmes de la société grâce aux donateurs, aux partenaires (des grandes marques) et par l’action de centaines de bénévoles sur le terrain.

Viva for life

Le taux de pauvreté infantile en Belgique est un des plus hauts d’Europe. Un enfant sur trois à Bruxelles et un enfant sur quatre en Wallonie
sont touchés par ce fléau. Cette réalité est inconcevable quand on sait les répercussions négatives sur les jeunes enfants, particulièrement vulnérables.

Elle entraine des inégalités sur le plan de l’alimentation, de la santé, de l’enseignement, de l’accès au logement, de la pratique d’activités
sociales & de loisirs mais aussi de l’estime de soi.

Viva For Life est l’opération de solidarité lancée par Vivacité, la radio de la RTBF. Depuis 2013, par le biais d’un appel à projet annuel qui redistribue les fonds récoltés durant la campagne, Viva For Life offre la possibilité de soutenir financièrement des associations qui contribuent à rompre le cercle intergénérationnel de la pauvreté en accompagnant les jeunes enfants de 0 à 6 ans et leurs familles.

C’est une évidence : le contexte socio-économique dans lequel évolue un enfant a une influence majeure sur son bien-être et ses perspectives d’avenir.

C’est aussi lors des six premières années que l’enfant est amené à vivre quelques-unes desplus grandes transitions de sa vie, notamment
vers l’école maternelle et primaire. Vivre ces passages de manière harmonieuse est essentiel pour donner à l’enfant un bon départ dans la vie.6

Grâce au soutien de Viva for Life, les associations retenues pourront maximiser leurs interventions auprès de ces enfants dans le cadre de l’accueil de la petite enfance et d’activités pré-, péri- et extrascolaires, avec une attention particulière portée au soutien à la parentalité (dès la période prénatale).

Les associations travaillent bien souvent ensemble sur le terrain de la pauvreté, celle-ci étant de plus en plus présente dans notre pays. Outre celles déjà citées, grandes et petites associations, comme Médecins du Monde, Accompagner.be, La Main Tendue, SOS Villages d’Enfants, SOS Faim, préservent heureusement la solidarité humaine et la motivation de bénévoles, pour remplir leur mission d’intervention sociale ou de santé. Comme les Restos du Coeur, elles permettent d’aider des familles entières à résister à la pression de la misère qu’elle soit proche
ou loin de nous.

Quelle répartition des dons ?

Il est sans cesse fait appel à la générosité des citoyens, que ce soit pour lutter contre la pauvreté mais aussi pour la recherche médicale – les téléthons se multiplient – pour l’aide aux handicapés, pour la protection des animaux, de l’environnement, pour les victimes de catastrophes naturelles, pour l’aide au développement, pour le sport (celui des vrais amateurs, pas celui qui brasse des millions et qui donne lieu aux malversations que l’on connaît) …

Et la liste est encore longue !

Selon une étude de la Fondation Roi Baudouin, la santé représente 29,6% des dons, l’aide aux démunis 21%, 1% pour la culture, …

Pourquoi donne-t-on ?

Les valeurs associées au don aujourd’hui de façon sont basées sur le principe de l’égalité de droits entre citoyens. Le don apparaît comme une volonté de restaurer cette égalité de condition face à l’injustice du sort : pauvreté, maladie, catastrophes naturelles, naissance dans un pays sous-développé….

L’image des associations et fondations qui travaillent dans l’aide à ceux qui sont le besoin est essentiellement positive. La société leur reconnaît un rôle de relais de l’action de l’Etat, ou de palliatif à ses carences mais aussi de porte-parole de groupes minoritaires qui peinent à se faire entendre.

Pallier les carences des pouvoirs publics

Que fait-on de nos impôts ? ne faut-il compter que sur la solidarité et la générosité des associations et des citoyens qui les financent pour apporter nourriture, logement, vêtements, soins médicaux, … à ceux qui en ont besoin ? Est-il tolérable qu’une part de plus en plus importante de la population belge se trouve en situation de pauvreté ou en soit proche ?

N’est-il pas urgent de mettre en place une nouvelle répartition des richesses qui permette à chacun de vivre dignement ?

Le pauvre n’est pas forcément responsable de sa situation comme se plaisent à le répéter les égoïstes et les méprisants. Les aléas de la vie – perte d’un emploi, divorce, maladie, accident… peuvent rapidement faire basculer la vie, même des moins précaires !

Nous sommes tous des pauvres potentiels.

Patricia Keimeul
Directrice FAML

1 https://fr.express.live/2018/05/27/la-belgiquefait-partie-des-pays-les-plus-riches-du-monde-selon-unnouveau-classement
2 https://www.rtbf.be/info/economie/detail_la-belgique-toujours-3e-pays-a-la-pression-fiscale-la-plus-elevee-au-sein-de-l-ocde?id=9770850
3 https://statbel.fgov.be/fr/themes/menages/pauvreteet-conditions-de-vie/risque-de-pauvrete-ou-dexclusion-sociale
4 https://www.r tbf.be/info/societe/detail_la-plupart-des-retraites-belges-vivent-a-la-limite-du-seuil-depauvrete?id=9780764
5 http://www.restosducoeur.be/fr/
6 https://agir.vivaforlife.be/pages/a-propos-de-viva-for-life

A vot’ bon cœur ? Non : solidarité !

Gabrielle Lefèvre

Journaliste

Les plus importantes ONG œuvrant à la coopération au développement des populations les plus pauvres dans le monde sont parfois confrontées à la méfiance du public par rapport à l’usage fait de l’argent récolté. L’Association pour une éthique dans les récoltes de fonds répond à ce problème.

Il s’agit en effet de sommes importantes, glanées auprès du public (individus et entreprises), augmentées par des apports publics (fonds de coopération au développement, belges et européens), permettant l’achat de biens de première nécessité, de médicaments, de nourriture ou d’aide d’urgence en cas de guerres, de catastrophes, à l’échelle mondiale. Car les plus grandes ONG sont internationales, des sortes de multinationales de la générosité !

Le 6 juin 1996, une association sans but lucratif, « Association pour une Ethique dans les Récoltes de Fonds », (AERF) a été constituée et a adopté un Code Ethique. Il y est clairement expliqué que « Invoquer la solidarité et les sentiments nobles pour récolter des fonds ne peut supporter aucune trahison. Solliciter le soutien financier du public correspond à une forme de contrat moral entre deux parties, fait d’estime et de loyauté. »

Or, il n’existait pas de cadre légal garantissant les valeurs d’éthique, même si les ONG sont très contrôlées sur le plan de leur fonctionnement notamment financier. Ce Code énumère ainsi les aspects déontologiques liés à toute action sollicitant la générosité du public :
qualité des documents et des messages nécessaires pour garantir le droit à l’information des donateurs et assurer la transparence des comptes ;

  • clarté de la destination des fonds récoltés ;
  • respect de la volonté et du goodwill des donateurs ;
  • respect de la dignité des personnes bénéficiant de l’action de l’association ;
  • respect de la vie privée des bénéficiaires et des donateurs ;
  • rigueur des modes de recherche de fonds (dont la gestion des fichiers).

Enfin, l’AERF dispose d’un organe de contrôle ce qui en fait le premier dispositif complet et autorégulateur des aspects éthiques de la récolte de fonds dans notre pays.

Des méthodes de collecte plus dynamiques

Ces dernières années, nous avons vu se modifier la manière dont les fonds sont récoltés. Les moyens traditionnels sont la demande par courrier, lors de conférences, de manifestations, de la parution d’articles de presse, à la sortie des églises… A présent, internet, les réseaux sociaux accompagnent ces anciennes méthodes. Et l’on voit de plus en plus souvent des jeunes et sémillants étudiants distribuer des tracts, faire signer des pétitions et approcher les potentiels donateurs dans les rues et même en porte à porte. Le marketing est à l’œuvre et cela pose parfois question sur l’aspect un peu intrusif de la méthode.

Il y a aussi des méthodes sympathiques ou sportives comme les petits déjeuners des Magasins du monde Oxfam ou des marches (voire des marathons) et nages parrainées.

Du global à l’individuel

Le contenu des messages a lui aussi changé à partir des années 70. Les ONG expliquaient des situations globales, leurs modes d’actions et comment les aider dans ce devoir moral de partenariat avec des populations non plus assistées mais qui reprennent leur sort en main.  C’était l’époque des décolonisations. On est passé de la charité (« le petit Chinois qui meurt de faim ») au partenariat libérateur. Les agences des Nations Unies inondaient les rédactions de journaux et de médias audio-visuels d’analyses longues et fouillées des actions sur le terrain et des enjeux globaux pour l’humanité. De grandes campagnes dénonçaient particulièrement les sommes astronomiques investies dans les armements et le nucléaire guerrier alors que des populations rurales étaient victimes de famines dues au mal-développement. On dénonçait ainsi les causes des malheurs de l’humanité : la guerre froide et  l’exploitation économique des pays riches en ressources naturelles et l’asservissement des populations aux rapacités des multinationales soutenues par de grandes puissances comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

Puis, est venue l’ère de l’humanitaire avec l’avènement du « sans-frontiérisme ». Des affiches grand format et très coûteuses présentaient de très belles images des souffrances des populations pauvres ou victimes de violences. On en appelle à notre compassion en créant des émotions. Exit l’analyse politique sur les changements de sociétés et sur nos politiques de coopération au développement. La charité émotionnelle est de retour.

Aujourd’hui, l’analyse globale est plus présente dans des courriers modifiés et personnalisés grâce à l’informatique. Nous recevons des demandes à notre nom, racontant des histoires (vraies heureusement !) de personnes et de collectivités bénéficiant de l’aide ou en urgent besoin d’assistance en cas de guerre. Handicap International en est un exemple qui dénonce l’usage des mines antipersonnel tout en expliquant ses actions sur le terrain en fournissant des prothèses aux mutilés, enfants et adultes, acquérant ainsi une nouvelle autonomie et une chance de survivre.

Surenchère des armements

Actuellement, nous sommes entrés dans une sorte de nouvelle « guerre froide », poussée par les Etats-Unis et l’OTAN et nous assistons à une surenchère des dépenses d’armement alors même que les fonds consacrés à l’aide au développement ne cessent de décroître.

Pire, des dépenses militaires sont imputées à ce budget. Il suffit de lire dans la dernière édition de la revue électronique « Glo.be pour un monde durable », éditée par la Coopération belge au développement, les prouesses des militaires belges au Mali. Et cela dans le cadre de la « consolidation de la paix »… Il faut dire que la Coopération est rattachée au ministère des Affaires étrangères qui a aussi le commerce extérieur dans ses attributions. L’armement, c’est du commerce aussi… Quelle est l’éthique qui prédomine dans ce cas ? Les inégalités s’accroissent, les multinationales prédatrices profitent des faiblesses politiques des pays plus pauvres, suscitent même des guerres pour leur plus grand profit (voir la destruction de l’Irak, de la Libye au profit des grandes entreprises pétrolières).

On le voit, même si rien n’est parfait, les ONG mettent le maximum en œuvre pour répondre aux exigences de transparence et d’honnêteté nécessaires à leur relation de confiance avec la société. Cette même société devrait être plus attentive à l’éthique de la coopération « officielle » au développement et à l’éthique commerciale.

http://www.vef-aerf.be/

https://www.glo-be.be/fr/articles/la-defense-acheve-avec-succes-son-mandat-au-mali

 

Oxfam bashing

Le bashing (mot qui désigne en anglais le fait de frapper violemment, d’infliger une raclée) est un anglicisme utilisé pour décrire le « jeu » ou la forme de défoulement qui consiste à dénigrer collectivement une personne ou un sujet. (Wikipedia).

Le bashing devient aussi l’autre nom de l’information de presse et ce dénigrement rime avec scandale, émotion, désinformation, manque de recul et de perspective lorsqu’il s’agit d’un sujet aussi complexe que la coopération au développement et l’aide humanitaire.

Peu de journaux s’interrogent sur la raison pour laquelle cette campagne est lancée sept ans après les faits – inacceptables en effet – qui sont déroulés en Haïti. Il est tout de même étrange, alors qu’Oxfam a fait le ménage sur cette affaire à l’époque, que celle-ci surgisse après que cette organisation se soit lancée dans la dénonciation forte et argumentée des injustices mondiales. Ses dirigeants ne font d’ailleurs que relayer sous une forme plus efficace ce qui est largement expliqué par les divers organismes des Nations Unies.  Mais ils le font au cœur même du système le plus inégalitaire qui soit : le Forum économique de Davos. Le rapport Oxfam est une bombe informative lancée lors du rassemblement des plus grandes fortunes mondiales, des multinationales les plus puissantes et  prédatrices, des chefs d’Etat et de gouvernement dont certains ne se distinguent que par leur corruption et leur répression des citoyens et des peuples qui se battent pour la dignité, pour la survie même.

Le cru 2018 était excellent en teneur en vitriol. Le titre déjà : « Partager la richesse avec celles et ceux qui la créent ». Résumé : « Des richesses engendrées l’année dernière, 82 % ont profité aux 1 % les plus riches de la population mondiale, alors que les 3,7 milliards de personnes qui forment la moitié la plus pauvre de la planète n’en ont rien vu. » Exemple : « Porter les salaires des 2,5 millions d’ouvrières et ouvriers du textile vietnamiens à un niveau décent coûterait 2,2 milliards de dollars par an. Cela équivaut à un tiers des sommes versées aux actionnaires par les cinq plus grands acteurs du secteur du textile en 2016. »

Inacceptable pour les conservateurs britanniques et ce gouvernement de Brexit qui déjà, l’année dernière, a coupé 34 millions de livres de financement de l’ONG, soit quasi 39 millions d’euros retirés à l’aide aux personnes les plus démunies dans le monde entier.

Une des rares voix qui s’élèvent contre ce désastre, c’est le Guardian, fidèle à sa tradition humaniste. Le 8 février on peut y lire ceci «  A l’ère de Trump, du Brexit et de Rees-Moggery (un député conservateur qui veut que la Grande-Bretagne coupe drastiquement dans son budget de l’aide au développement, NDLR), la notion selon laquelle les nations prospères ont une responsabilité morale et pratique envers les plus pauvres n’est plus à la mode. La droite populiste tend la main pour détruire le département pour le développement international, en les caricaturant comme payeurs de proxénètes et en pervers. Ceux qui croient en l’obligation persistante de la Grande-Bretagne à aider les désespérés du monde se battent aujourd’hui pour continuer à exister. »

En réalité, ne pouvant plus justifier l’exploitation au niveau mondial des plus pauvres qui ont le malheur de vivre dans des pays riches en ressources naturelles, les plus riches dénoncés par Oxfam ont lancé cette campagne de dénigrement relayée volontiers par les médias asservis eux aussi à leurs payeurs. En ne relayant que quelques scandales sans les mettre en perspective, ces médias jettent ainsi le discrédit sur les milliers de bénévoles, de volontaires et de salariés de ces ONG dont le travail est courageux, admirable et ne devrait qu’être encouragé. Car ils sont la solution aux problèmes de mal développement : ils aident les populations à ne pas sombrer dans le désespoir, à combattre pour la dignité des travailleurs, des agriculteurs, contre les néo-colonialismes et pour l’instauration de processus démocratiques.

Il faut rappeler aussi que, depuis 1996, de nombreuses ONG se sont groupées pour créer une « Association pour une Ethique dans les Récoltes de Fonds » afin de répondre aux demandes d’une meilleure transparence dans la collecte et l’utilisation des fonds récoltés dans le public. Sur le terrain, souvent les ONG – dont Oxfam – pallient les insuffisances et les manques de moyens des Nations Unies. Leur travail en commun sauve des milliers de vies lors de catastrophes naturelles ou causées par les humains. Ce travail est encadré, vérifié, contrôlé de nombreuses façons, même s’il y a toujours plus à faire en ce domaine.  Cette face si belle de notre humanité ne peut être occultée par de malheureux et regrettables faits-divers.

(article paru sur www.entreleslignes.be le 23 février 2018.)

https://www.oxfamfrance.org/communique-presse/justice-fiscale/davos-2018-1-plus-riches-ont-empoche-82-des-richesses-creees-lan

https://www.theguardian.com/global-development/2018/feb/17/oxfam-scandal-does-not-justify-demonising-entire-aid-sector

https://www.theguardian.com/global-development/2018/feb/15/desmond-tutu-resigns-oxfam-ambassador-immorality-claims

https://www.theguardian.com/global-development/2018/feb/17/oxfam-scandal-does-not-justify-demonising-entire-aid-sector

https://www.theguardian.com/global-development/2018/feb/16/oxfam-chief-accuses-critics-of-gunning-for-charity-over-haiti-sex-scandal-claims