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Maigrir à tout prix ? Les pièges de l’industrie de l’amincissement

A chaque époque de l’histoire, la recherche de l’idéal de beauté a amené les hommes et les femmes à entreprendre des régimes ou à avoir des pratiques parfois farfelues. Durant l’antiquité, le médecin grec Hippocrate conseille de : « manger une seule fois par jour, de faire de l’exercice physique avant de manger, de dormir le moins possible, de dormir sur un lit dur, de rester nu le plus longtemps possible, etc. ».1

Si aujourd’hui, la minceur a tendance à être considérée comme la norme, cela n’a pas toujours été le cas. Pendant la préhistoire, l’Antiquité et le Moyen Age, avoir de l’embonpoint était considéré comme quelque chose de positif. Il s’agissait d’un signe d’opulence à une période où la famine pouvait souvent régner.

Progressivement, l’idéal de minceur s’est installé aussi bien pour des raisons religieuses que de santé. La minceur est devenue une sérieuse préoccupation au sein de la bourgeoisie au XIXe siècle pour devenir un véritable phénomène de mode au XXe siècle.2

Actuellement, on assiste à un réel paradoxe : « La critique sociale et le rejet vis-à-vis de toutes les formes de grosseur est extrême, et ce, malgré l’augmentation du nombre de cas d’obésité ». L’envie de correspondre aux modèles de beauté incite souvent à se tourner vers des solutions rapides tant vers des type produits3, que des services4 et ou moyens5 amaigrissants. Leurs promesses sont
bien alléchantes pour ceux et celles qui souhaitent perdre leurs kilos indésirables rapidement.6 Une étude réalisée en 2010, montre qu’il ne s’agit pas d’une préoccupation isolée puisque « pas moins de 92% des Belges interrogés reconnaissent vouloir perdre du poids et 74% d’entre eux déclarent avoir déjà entamé un ou plusieurs régimes ».7

La préoccupation excessive à l’égard du poids s’impose comme un phénomène social qui banalise le recours à des méthodes parfois dangereuses. « La stigmatisation des personnes en surpoids est un phénomène répandu, tant au sein des familles, amis, collègues que chez les professionnels de la santé ». Faiblesse dont profite l’industrie de l’amincissement8.

Différentes études ont démontré l’inefficacité des régimes à long terme puisque « dans 95% des cas, les personnes regrossissent dans les trois ans et dépassent souvent leur poids initial ».9 Autant d’échecs qui poussent certaines personnes à se tourner vers des « remèdes miracles » qu’ils soient autorisés ou non en Belgique.

Quand la presse et la science se font berner.

« Le chocolat aide à rester mince » : cette allégation minceur, on a pu la lire dans la presse en 2015 et elle continue de tourner sur les réseaux
sociaux. Beaucoup de gens aimeraient que cette légende soit vraie. Mais d’où vient-elle ?

Deux journalistes de la télévision allemande ont lancé l’étude suivante : « seize sujets volontaires, cinq hommes et onze femmes de 19 à 67 ans, ont suivi les recommandations des expérimentateurs pendant trois semaines, mais ils ignoraient qu’ils allaient participer à une étude truquée ». 10 Ils ont ensuite fait paraître l’étude Chocolate with high cocoa content as a weight loss accelerator dans une revue scientifique.11

Leur objectif ? Montrer qu’une étude faite avec des moyens scientifiques limités et basée sur un concept peu vraisemblable, « le chocolat fait maigrir », pouvait être publiée dans une revue scientifique, puis reprise par d’autres médias. L’étude a facilement pu être publiée dans une revue spécialisée : « l’International Archives of Medicine, moyennant simplement la somme de 600 euros et sans aucune relecture par les pairs ». Ensuite, tout le monde s’en est emparé.

Les journalistes ont donc atteint leur but, ils ont ainsi prouvé qu’on pouvait faire facilement parler des études « scientifiques » et leurs résultats.

Quelques méthodes utilisées par l’industrie de l’amaigrissement

Les entreprises qui vendent des produits minceurs sont extrêmement nombreuses. La première est l’(ancienne) grande star de l’amincissement pendant des années, elle semble actuellement plus discrète. En Belgique, même son changement de nom est presque passé inaperçu même si l’entreprise brasse chaque année plusieurs millions de dollars ?. La deuxième entreprise, vous la voyez partout et tout le
temps à la télévision, jusqu’à trois publicités sur un seul interlude de cinq minutes. La dernière a été choisie parce qu’elle est un peu différente, peut-être avec un accent plus jeune, détourné du simple régime, on ne vous promet pas un simple amincissement mais une remise en question de toute votre alimentation et de votre mode de vie.

Des pratiques commerciales qui frôlent avec la légalité, le harcèlement, la vente presque forcée, le régime alimentaire peu équilibré, allant jusqu’à provoquer des carences, certaines compagnies ne reculant devant rien pour vendre leurs produits.

L’ « ancienne » grande star du régime

L’entreprise est fondée en 1963 aux Etats-Unis. Des millions de personnes à travers le monde auraient suivi un de leur programme. Leurs principes ? Un régime à points et des réunions collectives. Au départ, il s’agissait principalement de prendre conscience de ce que l’on consommait et de se rendre chaque semaine à des réunions, pour évaluer la perte de poids. Etre félicité et encouragé si tout se passait bien ou « réprimandé » par l’animatrice si la perte n’était pas suffisante. En 2013, cette société était présente dans une quarantaine de pays, et présentée comme le leader mondial des services liés à la perte de poids, « organisant chaque semaine 50 000 réunions accueillant 1,4 million de membres ».12

Une société désormais en perte de vitesse mais dont le chiffre d’affaires a atteint 1,45 milliards de dollars en 2017. Un phénomène qui s’explique probablement par la grande concurrence sur le marché de la minceur. Mais peut-être aussi à cause des résultats : une étude publiée en 2007 dans le British Journal of Nutrition, met en avant que le taux d’échec à 5 ans du programme atteindrait 84% ».13 Un changement de nom pour changer l’image qui colle à la peau de cette société.

Le régime que vous voyez à chaque spot publicitaire

A chaque interlude publicitaire, vous aurez droit soit à leur directeur qui vous garantit que ce régime vous conviendra, soit à une de leur coach minceur que vous pourrez avoir au téléphone, ou encore à une cliente satisfaite, tout le monde est là pour vous pousser à vous lancer dans leur aventure. « Vous ne risquez rien puisque la première semaine est offerte ».

Le principe est simple : des plats régimes, livrés directement à votre domicile. Ils vous envoient la nourriture pour un mois en une fois : quatre grosses boîtes arrivent donc chez vous. Si vous voulez bénéficier de la semaine gratuite et arrêter le programme, il vous faudra donc renvoyer les trois semaines restantes, engendrant ainsi des coûts et demande au client du temps. Autant de raisons qui poussent les insatisfaits à conserver leur colis malgré la déception.

Environ 500 euros pour un mois, ce n’est pas donné mais au téléphone on vous garantit que c’est très peu finalement, que cela vous coûterait
de vous nourrir et que c’est pour votre bien. Si on ne tient pas compte de la qualité des produits proposés. En termes de santé, les repas ne couvrent pas les besoins journaliers.14

Les commentaires sur internet sont soit très élogieux, tout est rose, le régime permet une perte rapide de poids, soit ils mettent en avant de graves manquements en particulier au niveau du service après-vente. Chaque commentaire est lu et commenté par la marque, qui tente de maintenir au maximum sa réputation.15

Besoin d’un nutri-coach ?

De belles photographies, des promesses d’une vie plus saine et d’un amaigrissement durable, vous avez peut-être eu un contact sur les réseaux sociaux qui vous veut du bien ; mais qu’est-ce qui se cache derrière cette entreprise ?

L’entreprise fondée dans les années 1970 aux USA développait au départ des détecteurs d’incendie et de fumée. Dans les années 1980, elle élargit son offre aux filtres à eau et à air. En 1993, elle se tourne vers la vente de compléments alimentaires en se définissant comme : « une entreprise mondiale fructueuse qui aide toujours les gens à avoir une vie meilleure dans, aujourd’hui, plus de 20 pays ».16

Le nutri-coach qui essaie de vous vendre ses produits n’est pas diététicien. Le métier de nutritionniste n’est en effet pas protégé comme l’est celui de diététicien. N’importe qui peut donc s’improviser nutri-coach et proposer des conseils. Le coach a deux missions : la première est de publier un maximum de choses pour vous faire rêver et vous donner envie de vous lancer dans l’aventure pour avoir une vie plus saine, pour maigrir. Chacun de vos achats lui rapporte de l’argent. Le deuxième objectif est de convaincre certaines personnes de se lancer également dans l’aventure « nutricoach » puisque l’entreprise fonctionne par le marketing de réseau.

Le principe est de vendre via un réseau de revendeurs, qui vont à leur tour vendre à leurs contacts proches ou lointains, avec la possibilité de parrainer également d’autres vendeurs en échange d’une commission cumulative sur les ventes.17 C’est avec ce même système que fonctionne Tupperware. Le recrutement d’autres vendeurs est une clé du système, des petits vendeurs amateurs qui vont créer un peu de chiffre d’affaire mais qui n’auront eu que très peu de bénéfices de leurs ventes.

Les nutri-coaches sont donc des gens qui vous  peut-être du bien mais qui cherchent surtout leur propre bénéfice.

Les médicaments pour maigrir

A la recherche « médicaments pour maigrir vite », Google propose plus d’un million d’occurrences. Autant de produits qui sont vendus en toute légalité dans les supermarchés, dans les pharmacies ou encore sur internet. Ces médicaments sont très nombreux en vente libre, ils ont pour but de couper l’appétit ou d’empêcher l’absorption des graisses.

L’envie de maigrir plus vite incite également certaines personnes à acheter des remèdes miracles sur internet qui sont en réalité des médicaments illégaux. L’AFSCA recense différents produits dangereux qui ont été commercialisés : 26 cas d’intoxication avec du Clenbutérol ont été constatés. Il s’agit d’un médicament (Ventipulmin) uniquement destiné au traitement de chevaux présentant des problèmes respiratoires et qui est régulièrement utilisé pour ses propriétés amincissantes ». On retrouve en vente des capsules qui contiennent des pesticides : le DNP. Ce produit aura coûté la vie à plusieurs personnes à travers le monde.18

Les contrôles et la loi dans tout cela ?

Aux États-Unis, on estime à 23.005 le nombre de visites annuelles, aux urgences des hôpitaux, attribuées aux effets indésirables liés à la consommation de compléments alimentaires. Il arrive à l’AFSCA de détecter des produits illégaux et dangereux dans certains produits commercialisés sur internet, ils sont alors retirés de la vente. 19

De nombreux produits pharmaceutiques présentent des allégations : «sans sucres ajoutés», «réduit le cholestérol» ou plus spécifiquement
sur les produits minceurs : contribue à la perte de poids dans le cadre d’un régime», «aide à affiner ou préserver votre silhouette», «freine l’absorption des graisses et stimule l’élimination des lipides et des glucides»….autant d’appellations qui poussent souvent les consommateurs à acheter ces produits. Selon Test- Achat : « une allégation doit identifier le nutriment actif ainsi que son effet exact et, bien sûr, être prouvée. Evidemment, c’est loin d’être toujours le cas ». 20 L’Union européenne a donc décidé de créer une loi en 2007 pour lutter contre les allégations mensongères et depuis 2012, les étiquettes et les messages publicitaires qu’ils soient présentés sur internet, à la télévision ou sur tout autre moyen de diffusion doit répondre à des critères bien précis sous peine d’être dans l’illégalité. 21 Cependant, les spécialistes du marketing sont assez forts pour détourner les réglementations européennes qui sont encore trop vagues et laissent plus à l’interprétation. 22

Quand le scalpel devient une solution : Les opérations bariatriques

Aujourd’hui, l’opération seule peut parfois être la dernière solution, ou la solution de facilité pour certaines personnes. Des opérations qui ont chaque année plus de succès. Les médecins prescrivent moins de régime, certaines émissions de télévision qui présentent ces opérations comme la solution rêvée. En 2017, 14.000 opérations ont été pratiquées en Belgique, selon des chiffres de l’INAMI.23

Il existe principalement deux types d’opérations bariatriques : le sleeve qui permet de réduire la taille de l’estomac et le by pass qui diminue l’ingestion et absorption des aliments.

Pour subir une telle opération, il faut normalement répondre à des critères très sévères comme être atteint d’obésité morbide, avoir déjà
tenté de maigrir par des moyens plus traditionnels. D’autres facteurs de risque peuvent faciliter l’accès à l’opération : comme le diabète ou des apnées du sommeil.

Certains médecins peu scrupuleux réalisent des opérations sur des patients qui n’y ont pourtant pas droit en rajoutant quelques kilogrammes au patient ou en prétendant réaliser une autre opération.24 Là encore, maigrir peut vite devenir un business.

Si l’opération permet de fortement maigrir, elle présente également des risques (carences, troubles neurologiques, des complications générales (respiratoires, cardiaques, hépatiques, ..), le taux de ré-intervention est assez élevé. Beaucoup de risques et de désagrément quand on sait que 20 % des patients ne connaîtront pas une stabilité pondérale dans les dix ans.25

Pour clôturer

Alors que dans le monde, un milliard de personnes souffrent actuellement de faim et de sous-alimentation, nos sociétés occidentales sont de plus en plus sédentaires, mangent souvent mal et l’obésité est de plus en plus fréquente. Pourtant, la minceur reste l’idéal à atteindre, tous les
moyens de maigrir sont donc bon à prendre. L’industrie l’a bien compris et surfe sur la vague pour vendre à prix d’or, ce rêve de silhouette idéale.

Que le prix en soit l’argent ou la santé.

Marie Béclard
FAML

1 S. PEQUET, Maigrir à tout prix. Une obsession intemporelle, édition 2010, p. 7, article consulté sur le site https://
questionsante.org/assets/files/EP/maigrir-1.pdf
2 S. PEQUET, Maigrir à tout prix. Une obsession intemporelle, édition 2010, p. 15, article consulté sur le site https://
questionsante.org/assets/files/EP/maigrir-1.pdf
3 On entend par produit tout ce qui se réfère aux produits de santé naturel et aux substituts de repas.
4 On entend par les services : les programmes commerciaux, les programmes offerts dans les centres d’entraînements et les groupes d’entraide
5 On englobe, dans cette catégorie ,les timbres minceurs (patches) ,crèmes minceurs ,vêtements minceurs, bref tout appareil ou produit pour la perte de poids.
6 ht t p : / / w w w . a s p q . o r g / u p l o a d s /pdf/565cac833208fappel-a-l-action_2015-11-30.pdf
7 S. PEQUET, Maigrir à tout prix. Une obsession intemporelle, édition 2010, p. 7, article consulté sur le site https://questionsante.org/assets/files/EP/maigrir-1.pdf
8 ht t p : / / w w w . a s p q . o r g / u p l o a d s /pdf/565cac833208fappel-a-l-action_2015-11-30.pdf P.8
9 L. Azernour-Bonnefoy, Maigrir : sachez écouter votre corps !, interview du docteur Jean-Philippe Zermati, juin 2010 – www.sante-az.aufeminin.com repris dans S. PEQUET, Maigrir à tout prix. Une obsession intemporelle, édition 2010, p. 7, article consulté sur le site https://questionsante.org/assets/files/EP/maigrir-1.pdf
10 Informations consultées le 8 février 2019 sur le site https://www.acrimed.org/Le-chocolat-fait-maigrir-quandmedias-et-publications-scientifiques-se-font
11 Informations consultées le 8 février 2019 sur le site https://www.acrimed.org/Le-chocolat-fait-maigrir-quandmedias-et-publications-scientifiques-se-font
12 Informations consultées le 8 février 2019 sur le site https://fr.wikipedia.org/wiki/Weight_Watchers
13 ht tps: //www.ncbi .nlm.nih.gov/pmc/ar ticles/PMC3145588
14 Informations consultées le 02 février 2019 sur le site https://www.rtbf.be/info/societe/onpdp/detail_on-ateste-le-regime-comme-j-aime-pendant-1-mois-attentiondanger?id=10057284
15 Informations consultées sur le 10 février 2019 sur le site https://fr-be.trustpilot.com/review/commejaime.fr
16 Informations consultées le 10 février 2019 sur le site https://www.juiceplus.com/be/fr/franchise/about-the-juiceplus-company/juiceplus-company
17 Informations consultées sur le 01 mars 2019 sur le site https://www.conseilsmarketing.com/e-marketing/lemarketing-de-reseau-comment-ca-marche
18 Informations consultées le 10 février 2019 sur le site http://www.afsca.be/publicationsthematiques/_documents/2014-06-18_Rapport_annuel_CMDH_2013.pdf
19 Informations consultées le 8 février 2019 sur le site http://www.afsca.be/comitescientifique/avis/2013/_documents/AVIS28-2013_FR_DossierSciCom2012-23.pdf
20 Informations consultées le 2 février 2019 sur le site https://www.test-achats.be/sante/alimentation-et-nutrition/regimes-allergies/dossier/allegations-minceur
21 https://www.efsa.europa.eu/fr/topics/topic/general-function-health-claims-under-article-13
22 Informations consultées le 2 février 2019 sur le site https://www.test-achats.be/sante/alimentation-et-nutrition/regimes-allergies/dossier/allegations-minceur
23 Informations consultées le 2 février 2019 sur le site https://www.rtbf.be/info/societe/detail_obesite-les-derives-
du-recours-a-la-chirurgie?id=10131757
24 Informations consultées le 2 février 2019 sur le https://www.rtbf.be/info/societe/detail_obesite-les-derives-du-recours-a-la-chirurgie?id=10131757
25 Informations consultées le 2 février 2019 sur le site http://www.uclmontgodinne.be/files/2016qo_chirurgie_bariatrique.
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