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Les esclaves modernes

L’ esclavage a été aboli au XIXe siècle pourtant « au cours des cinq dernières années, 89 millions de personnes ont été victimes d’une forme d’esclavage moderne pendant une durée allant de quelques jours à cinq années entières. »[1]

Bien qu’interdit, l’esclavage existe toujours à une échelle considérable. Si pour certains auteurs comme Eduardo França Paiva, l’utilisation du terme esclave moderne est une mauvaise chose parce que l’esclavage « historique » ne correspond pas à la réalité que les « esclaves modernes » connaissent. Eduardo França Paiva accuse les utilisateurs de ces termes de vouloir choquer les esprits. Cependant pour lui, cela a pour conséquence de : « recréer la catégorie « travail esclave » aujourd’hui revient à faire renaître l’esclave lui–même et aussi à transformer, par des voies politiques, idéologiques et même religieuses – mais pas historiques – le travailleur exploité en esclave ».[2]

Dans cet article, le terme d’esclavage moderne sera utilisé comme « un terme générique synthétisant des aspects juridiques qui se recoupent. Pour l’essentiel, il se réfère à des situations d’exploitation qu’une personne ne peut refuser ou quitter en raison de menaces, de violences, de coercition, de tromperie et/ou d’abus de pouvoir ». [3] On utilise le concept d’esclavage moderne pour des situations liées au trafic lié au prélèvement d’organes, aux enfants soldats, aux mariages forcés, au travail forcé.

Nous rejoignons Eduardo França Paiva qu’il est important de garder en tête que nous sommes face à deux réalités historiques différentes. L’usage de la terminologie « esclavage moderne » n’a pas pour vocation à apitoyer : la réalité vécue par l’esclavage moderne n’a rien à envier à son homonyme. Là, où l’esclave avait souvent une grande valeur pour le maître, l’esclave moderne est une marchandise que l’on jette dès qu’elle n’est plus utile.

« Des esclaves modernes oui mais dans les pays pauvres ! »

En 2018, on estimait que plus de 40 millions de personnes (40,3 millions) étaient dans une situation d’esclavage moderne. Parmi ceux-ci, 25 millions d’adultes et d’enfants étaient soumis au travail forcé y compris dans les chaînes d’approvisionnement mondiales ».[4] Le reste consiste en des mariages forcés. En effet, on divise en deux catégories les esclaves modernes : ceux qui sont astreints au travail forcé (par un employeur d’entreprises privées ou travail forcé par l’Etat) et ceux qui vivent un mariage forcé.

L’esclavage existe bel et bien en grand nombre dans beaucoup de pays et pas simplement dans les pays en voie de développement. Il existe dans de nombreux domaines comme l’industrie de la pêche et des fruits de mer en Thaïlande, dans les mines de charbon en Corée du Nord, dans la cacaoculture en Côte d’Ivoire, la production d’appareils électroniques en Malaisie ou encore dans l’élevage de bétail au Brésil pour ne citer que ces exemples.

Mais on trouve également des personnes en situation d’esclavage chez des diplomates en Australie (et bien d’autres pays européens), dans des stations de lavage de voitures au Royaume-Uni.

Pour l’Europe et l’Asie centrale, on estime à 3,6 millions le nombre d’esclaves. Des chiffres qui sont bien inférieurs à la réalité mais dans de nombreux pays, il est impossible de savoir ce qui se passe réellement.

La Belgique est classée, 135e sur 167 des pays qui ont recours à l’esclavage moderne. Il y aurait 23.000 personnes en situation d’esclavage dans le royaume.[5] Mais qui sont ces esclaves que nous ne pensons pas voir et dont on n’entend pas parler ? « Pour moitié, des filles poussées à la prostitution, pour un tiers des travailleurs réduits à la servilité, les autres sont essentiellement des mendiants ».[6] Il y a en Belgique un grand nombre de prostituées nigérianes qui sont exploitées, en 2017, elles représentaient un tiers des prostituées présentes en Belgique. On trouve également des travailleurs serviles dans le secteur du bâtiment et de l’Horeca. Des personnes qui arrivent en Belgique avec peu de qualification et qui cherchent un travail. Ils tombent sur des employeurs qui vont profiter du fait qu’ils ne parlent pas français ou néerlandais et qu’ils ont une méconnaissance de la législation du pays pour les exploiter. [7]

L’esclavage moderne n’est donc pas que l’apanage des pays plus pauvres. Il existe bel et bien partout et est plus proche de nous que nous pourrions parfois le penser.

L’esclavage moderne : différentes réalités

L’esclavage moderne se produit aux quatre coins de la terre. Il peut affecter tout le monde sans distinction de race, de sexe ou de religion.

On observe que les femmes, les hommes et les enfants sont touchés par cette réalité mais pas avec la même proportion dans tous les domaines. Cependant, on observe que les femmes sont surreprésentées. 71% des victimes d’esclavage moderne sont de sexe féminin. Hormis dans la catégorie du travail forcé par l’état où elles ne représentent que 40%, ce sont toujours les femmes qui sont les plus exploitées : mariage forcé (84%), le travail forcé dans l’industrie du sexe (99%), travail forcé (58%).

Les femmes sont plus largement touchées par l’esclavage moderne

Si certaines femmes sont envoyées à des milliers de kilomètres de chez elles pour servir d’esclave sexuel ou d’esclave domestique, elles sont enlevées en Ouganda et envoyées en Europe du sud ou en Europe occidentale. Mais pour beaucoup, l’exploitation se fait bien plus proche de chez elles parfois même par des proches.

Le travail forcé des femmes

L’exemple du travail domestique

Une étude réalisée par l’OIM (Organisation International pour les Migrations) met en lumière qu’entre 12000 et 14000 Ethiopiennes travaillent actuellement au Liban comme employées de maison. Elles n’ont aucune protection et sont soumises à toutes sortes de mauvais traitements. Elles sont très nombreuses à avoir perdu la vie dans des circonstances obscures.[8] En Arabie Saoudite, les domestiques sont privées de toute protection alors que le pays a pourtant un code de travail favorable aux femmes, ce qui met en avant le statut particulièrement inférieur de cette « profession ». [9]

Un peu partout dans le monde, des femmes témoignent des maltraitances qu’elles subissent : elles doivent travailler entre « dix-huit et vingt heures par jour et dormir dans un coin ou dans un couloir, tout en étant régulièrement violées et battues ».[10]

En Haïti, à cause de la pauvreté présente dans les campagnes, de nombreuses familles se voient contraintes à envoyer leurs très jeunes enfants, travailler en ville comme domestiques. Les parents ne sont pas rémunérés mais ils espèrent qu’en échange les enfants soient nourris.

Des femmes venues d’Afrique, d’Asie ou du Proche-Orient arrivent en Europe pour trouver un travail et un logement… Mais à leur arrivée, elles deviennent domestiques et sont souvent séquestrées, privées de leurs papiers, elles doivent travailler entre 15 à 20 heures par jour, et cela 7 jours sur 7 sans bénéficier de salaire ou de congé.[11] Ces jeunes femmes subissent de nombreuses violences de leurs patrons et même des viols.

Le travail forcé pour dettes.

50% des personnes qui travaillent de manière forcée, le font suite à une dette. Une personne contracte une dette et travaille pour la rembourser. Dans certains cas, la dette sera transmise en héritage et les enfants seront également contraints au travail forcé.

Ces travailleurs, on les retrouve dans l’agriculture (thé, café, sucre, huile de palme, culture du coton), dans la production de produits électroniques, dans la pêche ou encore dans les mines. Les femmes sont plus nombreuses que les hommes à être exploitées dans ces domaines. [12]

Les mariages forcés : une pratique culturelle ?

Les esclaves modernes se sont aussi des personnes qui ont été forcées de se marier. On estime que cela représentait 15,4 millions de personnes en 2016. 88% de ces esclaves sont des femmes ou des filles dont un tiers ont moins de 18 ans au moment du mariage. [13]

Dans plus d’une centaine de pays, le mariage forcé n’est pas considéré comme un crime. [14]

Ces alliances forcées se produisent tant dans les pays en développement que ceux développés. Principalement, des femmes sont forcées de se marier parfois pour des raisons liées à la culture mais dans d’autres cas, ce sont des raisons économiques qui poussent les alliances. [15]

Pourquoi une telle proportion de femmes dans l’esclavage ?

L’exploitation des femmes en grand nombre est expliquée par un non-respect des droits humains, par une vision discriminatoire de la femme. On sait que les femmes sont plus susceptibles de vivre dans la précarité. Elles sont déjà plus « exploitées » au sein même de leur propre famille où elles effectuent des heures de travail sans bénéficier de salaire. Elles ont également moins facilement accès à l’éducation ce qui a pour conséquence de les priver de l’accès à des emplois qui ne sont pas précaires. Les femmes se retrouvent dans un cercle vicieux.

Et les hommes dans tout cela ?

L’esclavage moderne n’épargne pas non plus ni les hommes ni les garçons. Les hommes sont nombreux dans des industries, telles que l’agriculture, les mines et la construction mais la seule catégorie où ils sont plus nombreux que les femmes c’est l’esclavage par l’État.

La Corée du nord a mis en place tout un système d’esclavage en exportant des citoyens un peu partout dans le monde. La Pologne a accueilli un grand nombre de coréens du nord, qui travaillaient sans avoir de papier (on leur prend à leur arrivée), qui ne recevaient pas de salaire ou très faible alors qu’ils prestent des horaires de plus de 12 heures par jour. En effet, ils touchent de 0 à 30% de leur salaire, le reste est directement envoyé dans les caisses de l’Etat nord-coréen Ces travailleurs seraient des centaines peut être des milliers à avoir été contraint au travail forcé en Europe. Ils travaillent en grand nombre sur des chantiers navals.

Ces travailleurs sont arrivés en Pologne par l’intermédiaire de firmes à la recherche de main d’œuvre peu coûteuse. La Corée du nord manque souvent de liquidité, elle utilise donc ses concitoyens comme des marchandises exportables. Elle s’assure qu’ils ne fuient pas grâce à des menaces et sélectionne également les candidats sur des critères précis : avoir une famille et y tenir pour qu’ils ne soient pas tentés de les abandonner. La Corée du nord joue donc sur la fidélité de ses concitoyens pour les exploiter, les mettre en esclavage pour s’enrichir. [16]

L’esclavage moderne : la faute à qui ?

Celle du consommateur ?

« L’esclavage, ça ne nous regarde pas puisque c’est quelque chose qui se passe dans les pays pauvres, et/ ou les pays en guerre ».Souvent, on veut éliminer l’esclavage dans le pays où le crime est commis, ignorant les liens qu’il existe entre l’esclavage là-bas et nos actions. Il est important de réaliser qu’on joue tous également un rôle lorsqu’on achète des vêtements, un téléphone un autre produit « à risque ». Le Global Slavery Index a défini cinq types de produits à risque d’induire de l’esclavage moderne : les ordinateurs et les téléphones, les vêtements, les poissons, le cacao ou encore la canne à sucre.[17]

Chaque année, les pays du G20 importent pour 354 milliards d’euros des ces types de produits à risque. Faire produire dans ces conditions dans d’autres pays, permet aux gouvernements d’avoir bonne conscience et les consommateurs ignorent ainsi souvent leur responsabilité dans ces pratiques. Les Américains mettent sur le marché chaque année pour 189 milliards soit 40% de la totalité des importations mondiales de produits à risque. [18]

Vous n’entendrez personne dire que l’esclavage est une chose positive mais pourtant, beaucoup continuent à en profiter. Dans beaucoup de pays dont le Canada et les Etats-Unis, les marchés proposent ces produits car rien n’empêche leur importation.

Le consommateur a –t -il actuellement vraiment la possibilité d’acheter « éthique » ? Les produits éthiques sont-ils abordables pour la bourse de tout un chacun ? Comment chaque citoyen peut-il s’assurer que ses achats n’ont pas été produits par des personnes exploitées à l’autre bout du monde ?

En achetant local, on réduit les risques mais ce n’est pas toujours possible. En achetant un smartphone, il est difficile d’acheter totalement local. Il existe cependant une alternative qui se veut éthique : le Fairphone. Il est socialement responsable : les ouvriers d’usine reçoivent une prime et un salaire décent. Il se veut plus écologique puisque tous les composants peuvent être changés séparément. Ce téléphone est réalisé en plastique recyclé et les minéraux sont garantis « sans conflit ». On peut espérer que ce type d’entreprise garantisse la production dans des conditions éthiques mais est-ce que « minéraux sans conflit » inclut également « minéraux sans esclave moderne » ?

Ces dernières années différentes applications ont vu le jour dans le but d’aider les citoyens à se renseigner et à consommer autrement. L’application buyornot  propose par exemple de scanner un produit et de voir s’il produit éthiquement ses produits et s’il existe une campagne de boycott dans le cas contraire.

Celle de nos gouvernements ?

Si on trouve une grande proportion d’esclaves modernes dans des pays qui connaissent des conflits armés, « Il ne suffit pas de blâmer ceux qui ont les armes. On doit aussi assumer la responsabilité de ceux qui ont le pouvoir d’influencer les décisions mais qui choisissent de ne pas agir ». Chaque gouvernement a aussi sa part de responsabilité.

Un grand nombre de pays dans le monde ont mis en place des législations pour interdire l’esclavage moderne. Les pays qui prennent le plus de mesures pour lutter contre l’esclavage moderne sont : le Royaume-Uni, les Pays-Bas, les Etats-Unis, le Portugal, la Suède, l’Argentine, la Belgique, l’Espagne, la Croatie, l’Australie. Mais force est de constater que légiférer sans mener d’actions concrètes ne suffit pas. [19]

Dans la Cible 8.7 des objectifs de développement durable des Nations Unies, les dirigeants se sont engagés à: »Prendre des mesures immédiates et efficaces pour supprimer le travail forcé, mettre fin à l’esclavage moderne et à la traite des êtres humains, interdire et éliminer les pires formes de travail des enfants, y compris le recrutement et l’utilisation d’enfants soldats et, d’ici à 2025 mettre fin au travail des enfants sous toutes ses formes ». Ensuite, ils se sont fixés pour 2030 la mission d’éradiquer le travail forcé, l’esclavage moderne et la traite des êtres humains « .[20]

Mais pour que la lutte contre l’esclavage moderne soit efficace, il faut que les états recherchent les abus dans leurs chaînes d’approvisionnement pour interdire l’exportation de ces produits. Désormais, 36 pays enquêtent sur la manière dont se passent les chaînes de production là où en 2016 ils n’étaient que quatre pays à le faire. Les progrès pour atteindre la cible restent très lents. 47 pays ne considèrent toujours pas la traite des êtres humains comme un crime.

Pour agir contre l’esclavage moderne, il est important d’améliorer la gouvernance de la migration. En effet, une part importante de l’esclavage moderne est associée à la migration qui peut créer des situations de vulnérabilité qui peuvent être exploitées ».[21] L’exploitation des migrants peut commencer avant même le processus de migration, lorsque les agents de recrutement facturent des frais de recrutement.[22] On observe souvent que même parmi les pays qui prennent le plus position contre l’esclavage, le fait qu’ils ont des politiques migratoires restrictives, favorise les cas d’exploitation.[23]

Que cela soit les organisations internationales, les gouvernements, les citoyens, chacun a son rôle à jouer pour éradiquer l’esclavage moderne.

Marie Béclard
FAML

  1. Estimations mondiales de l’esclavage moderne, Genève, 2017, p.5, consulté le 01 septembre 2020 sur https://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/—dgreports/—dcomm/documents/publication/wcms_651912.pdf
  2. E. FRANCA PAIVA, « Le travail contrait et l’esclavage. » dans Cahiers d’études africaines, 179-180, 2005, p. 1128.
  3. Estimations mondiales de l’esclavage moderne, Genève, 2017, p.9 consulté le 01 septembre 2020 sur https://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/—dgreports/—dcomm/documents/publication/wcms_651912.pdf
  4. Mettre fin au travail des enfants, au travail forcé et à la traite des êtres humains dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, P.2 informations consultées le 12 août 2020 sur le site https://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/—ed_norm/—ipec/documents/publication/wcms_716931.pdf
  5. J.-F. POLLET,Du nord au sud et à l’envers. Esclaves modernes, publié le13 janvier 2020. Informations consultés le 1e septembre 2020 sur le site https://www.rtbf.be/info/societe/detail_en-belgique-plus-de-23-000-personnes-sont-des-esclaves-modernes?id=9992329
  6. Informations consultés le 1e septembre 2020 sur le site https://www.cncd.be/Esclaves-modernes
  7. J.-F. POLLET, Du nord au sud et à l’envers. Esclaves modernes, publié le13 janvier 2020. Informations consultés le 1e septembre 2020 sur le site https://www.rtbf.be/info/societe/detail_en-belgique-plus-de-23-000-personnes-sont-des-esclaves-modernes?id=9992329
  8. Informations consultées le 1 septembre 2020 sur le site https://www.amnesty.be/veux-agir/agir-localement/agir-ecole/espace-enseignants/enseignement-secondaire/dossier-papiers-libres-2004-violences-femmes/article/4-8-l-esclavage-moderne-ou-les-sevices-subis-par-les-domestiques
  9. Informations consultées le 1e septembre 2020 sur le site https://www.esclavagemoderne.org/2017/07/08/8-juillet-2017/
  10. Informations consultées le 1 septembre 2020 sur le site https://www.amnesty.be/veux-agir/agir-localement/agir-ecole/espace-enseignants/enseignement-secondaire/dossier-papiers-libres-2004-violences-femmes/article/4-8-l-esclavage-moderne-ou-les-sevices-subis-par-les-domestiques
  11. Estimations mondiales de l’esclavage moderne, Genève, 2017, p.9 consulté le 01 septembre 2020 sur https://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/—dgreports/—dcomm/documents/publication/wcms_651912.pdf
  12. Estimations mondiales de l’esclavage moderne, Genève, 2017, p.9 consulté le 01 septembre 2020 sur https://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/—dgreports/—dcomm/documents/publication/wcms_651912.pdf
  13. Estimations mondiales de l’esclavage moderne, Genève, 2017, p.9 consulté le 01 septembre 2020 sur https://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/—dgreports/—dcomm/documents/publication/wcms_651912.pdf
  14. Mesurage, action, liberté : évaluer les actions gouvernementales visant à atteindre la cible 8.7, publié le 19 juillet 2019 sur le site https://delta87.org/2019/07/mesurage-action-liberte-evaluer-les-actions-gouvernementales-visant-a-atteindre-la-cible-8-7/?lang=fr
  15. Global findings, Globa Slavery Index, p.22 informations consultées le 1e septembre 2020 sur le site https://downloads.globalslaveryindex.org/ephemeral/3_Global-Findings-1600083318.pdf
  16. S. SIBT, Ces « esclaves d’Etat »  que la Corée du Nord en Europe, publié le 08 juillet 2016 sur le site https://amp.france24.com/fr/20160707-coree-nord-esclavage-pologne-europe-travail-force-soudeur
  17. Informations consultées le 12 août 2020 sur le site https://fr.aleteia.org/2018/08/22/lesclavage-moderne-une-realite-pour-plus-de-40-millions-de-personnes/
  18. Informations consultées le 12 août 2020 sur le site https://fr.aleteia.org/2018/08/22/lesclavage-moderne-une-realite-pour-plus-de-40-millions-de-personnes/
  19. Mesurage, action, liberté : évaluer les actions gouvernementales visant à atteindre la cible 8.7, p.3 publié le 19 juillet 2019 sur le site https://delta87.org/2019/07/mesurage-action-liberte-evaluer-les-actions-gouvernementales-visant-a-atteindre-la-cible-8-7/?lang=fr
  20. Contributions de l’OIT pour atteindre la Cible 8.7, Informations consultées le 9 septembre 2020 sur le site https://www.ilo.org/global/topics/sdg-2030/goal-8/target-8-7/lang–fr/index.htm
  21. Estimations mondiales de l’esclavage moderne, Genève, 2017, p.10, consulté le 01 septembre 2020 sur https://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/—dgreports/—dcomm/documents/publication/wcms_651912.pdf
  22. Mesurage, action, liberté : évaluer les actions gouvernementales visant à atteindre la cible 8.7, p.3 publié le 19 juillet 2019 sur le site https://delta87.org/2019/07/mesurage-action-liberte-evaluer-les-actions-gouvernementales-visant-a-atteindre-la-cible-8-7/?lang=fr

Maigrir à tout prix ? Les pièges de l’industrie de l’amincissement

A chaque époque de l’histoire, la recherche de l’idéal de beauté a amené les hommes et les femmes à entreprendre des régimes ou à avoir des pratiques parfois farfelues. Durant l’antiquité, le médecin grec Hippocrate conseille de : « manger une seule fois par jour, de faire de l’exercice physique avant de manger, de dormir le moins possible, de dormir sur un lit dur, de rester nu le plus longtemps possible, etc. ».1

Si aujourd’hui, la minceur a tendance à être considérée comme la norme, cela n’a pas toujours été le cas. Pendant la préhistoire, l’Antiquité et le Moyen Age, avoir de l’embonpoint était considéré comme quelque chose de positif. Il s’agissait d’un signe d’opulence à une période où la famine pouvait souvent régner.

Progressivement, l’idéal de minceur s’est installé aussi bien pour des raisons religieuses que de santé. La minceur est devenue une sérieuse préoccupation au sein de la bourgeoisie au XIXe siècle pour devenir un véritable phénomène de mode au XXe siècle.2

Actuellement, on assiste à un réel paradoxe : « La critique sociale et le rejet vis-à-vis de toutes les formes de grosseur est extrême, et ce, malgré l’augmentation du nombre de cas d’obésité ». L’envie de correspondre aux modèles de beauté incite souvent à se tourner vers des solutions rapides tant vers des type produits3, que des services4 et ou moyens5 amaigrissants. Leurs promesses sont
bien alléchantes pour ceux et celles qui souhaitent perdre leurs kilos indésirables rapidement.6 Une étude réalisée en 2010, montre qu’il ne s’agit pas d’une préoccupation isolée puisque « pas moins de 92% des Belges interrogés reconnaissent vouloir perdre du poids et 74% d’entre eux déclarent avoir déjà entamé un ou plusieurs régimes ».7

La préoccupation excessive à l’égard du poids s’impose comme un phénomène social qui banalise le recours à des méthodes parfois dangereuses. « La stigmatisation des personnes en surpoids est un phénomène répandu, tant au sein des familles, amis, collègues que chez les professionnels de la santé ». Faiblesse dont profite l’industrie de l’amincissement8.

Différentes études ont démontré l’inefficacité des régimes à long terme puisque « dans 95% des cas, les personnes regrossissent dans les trois ans et dépassent souvent leur poids initial ».9 Autant d’échecs qui poussent certaines personnes à se tourner vers des « remèdes miracles » qu’ils soient autorisés ou non en Belgique.

Quand la presse et la science se font berner.

« Le chocolat aide à rester mince » : cette allégation minceur, on a pu la lire dans la presse en 2015 et elle continue de tourner sur les réseaux
sociaux. Beaucoup de gens aimeraient que cette légende soit vraie. Mais d’où vient-elle ?

Deux journalistes de la télévision allemande ont lancé l’étude suivante : « seize sujets volontaires, cinq hommes et onze femmes de 19 à 67 ans, ont suivi les recommandations des expérimentateurs pendant trois semaines, mais ils ignoraient qu’ils allaient participer à une étude truquée ». 10 Ils ont ensuite fait paraître l’étude Chocolate with high cocoa content as a weight loss accelerator dans une revue scientifique.11

Leur objectif ? Montrer qu’une étude faite avec des moyens scientifiques limités et basée sur un concept peu vraisemblable, « le chocolat fait maigrir », pouvait être publiée dans une revue scientifique, puis reprise par d’autres médias. L’étude a facilement pu être publiée dans une revue spécialisée : « l’International Archives of Medicine, moyennant simplement la somme de 600 euros et sans aucune relecture par les pairs ». Ensuite, tout le monde s’en est emparé.

Les journalistes ont donc atteint leur but, ils ont ainsi prouvé qu’on pouvait faire facilement parler des études « scientifiques » et leurs résultats.

Quelques méthodes utilisées par l’industrie de l’amaigrissement

Les entreprises qui vendent des produits minceurs sont extrêmement nombreuses. La première est l’(ancienne) grande star de l’amincissement pendant des années, elle semble actuellement plus discrète. En Belgique, même son changement de nom est presque passé inaperçu même si l’entreprise brasse chaque année plusieurs millions de dollars ?. La deuxième entreprise, vous la voyez partout et tout le
temps à la télévision, jusqu’à trois publicités sur un seul interlude de cinq minutes. La dernière a été choisie parce qu’elle est un peu différente, peut-être avec un accent plus jeune, détourné du simple régime, on ne vous promet pas un simple amincissement mais une remise en question de toute votre alimentation et de votre mode de vie.

Des pratiques commerciales qui frôlent avec la légalité, le harcèlement, la vente presque forcée, le régime alimentaire peu équilibré, allant jusqu’à provoquer des carences, certaines compagnies ne reculant devant rien pour vendre leurs produits.

L’ « ancienne » grande star du régime

L’entreprise est fondée en 1963 aux Etats-Unis. Des millions de personnes à travers le monde auraient suivi un de leur programme. Leurs principes ? Un régime à points et des réunions collectives. Au départ, il s’agissait principalement de prendre conscience de ce que l’on consommait et de se rendre chaque semaine à des réunions, pour évaluer la perte de poids. Etre félicité et encouragé si tout se passait bien ou « réprimandé » par l’animatrice si la perte n’était pas suffisante. En 2013, cette société était présente dans une quarantaine de pays, et présentée comme le leader mondial des services liés à la perte de poids, « organisant chaque semaine 50 000 réunions accueillant 1,4 million de membres ».12

Une société désormais en perte de vitesse mais dont le chiffre d’affaires a atteint 1,45 milliards de dollars en 2017. Un phénomène qui s’explique probablement par la grande concurrence sur le marché de la minceur. Mais peut-être aussi à cause des résultats : une étude publiée en 2007 dans le British Journal of Nutrition, met en avant que le taux d’échec à 5 ans du programme atteindrait 84% ».13 Un changement de nom pour changer l’image qui colle à la peau de cette société.

Le régime que vous voyez à chaque spot publicitaire

A chaque interlude publicitaire, vous aurez droit soit à leur directeur qui vous garantit que ce régime vous conviendra, soit à une de leur coach minceur que vous pourrez avoir au téléphone, ou encore à une cliente satisfaite, tout le monde est là pour vous pousser à vous lancer dans leur aventure. « Vous ne risquez rien puisque la première semaine est offerte ».

Le principe est simple : des plats régimes, livrés directement à votre domicile. Ils vous envoient la nourriture pour un mois en une fois : quatre grosses boîtes arrivent donc chez vous. Si vous voulez bénéficier de la semaine gratuite et arrêter le programme, il vous faudra donc renvoyer les trois semaines restantes, engendrant ainsi des coûts et demande au client du temps. Autant de raisons qui poussent les insatisfaits à conserver leur colis malgré la déception.

Environ 500 euros pour un mois, ce n’est pas donné mais au téléphone on vous garantit que c’est très peu finalement, que cela vous coûterait
de vous nourrir et que c’est pour votre bien. Si on ne tient pas compte de la qualité des produits proposés. En termes de santé, les repas ne couvrent pas les besoins journaliers.14

Les commentaires sur internet sont soit très élogieux, tout est rose, le régime permet une perte rapide de poids, soit ils mettent en avant de graves manquements en particulier au niveau du service après-vente. Chaque commentaire est lu et commenté par la marque, qui tente de maintenir au maximum sa réputation.15

Besoin d’un nutri-coach ?

De belles photographies, des promesses d’une vie plus saine et d’un amaigrissement durable, vous avez peut-être eu un contact sur les réseaux sociaux qui vous veut du bien ; mais qu’est-ce qui se cache derrière cette entreprise ?

L’entreprise fondée dans les années 1970 aux USA développait au départ des détecteurs d’incendie et de fumée. Dans les années 1980, elle élargit son offre aux filtres à eau et à air. En 1993, elle se tourne vers la vente de compléments alimentaires en se définissant comme : « une entreprise mondiale fructueuse qui aide toujours les gens à avoir une vie meilleure dans, aujourd’hui, plus de 20 pays ».16

Le nutri-coach qui essaie de vous vendre ses produits n’est pas diététicien. Le métier de nutritionniste n’est en effet pas protégé comme l’est celui de diététicien. N’importe qui peut donc s’improviser nutri-coach et proposer des conseils. Le coach a deux missions : la première est de publier un maximum de choses pour vous faire rêver et vous donner envie de vous lancer dans l’aventure pour avoir une vie plus saine, pour maigrir. Chacun de vos achats lui rapporte de l’argent. Le deuxième objectif est de convaincre certaines personnes de se lancer également dans l’aventure « nutricoach » puisque l’entreprise fonctionne par le marketing de réseau.

Le principe est de vendre via un réseau de revendeurs, qui vont à leur tour vendre à leurs contacts proches ou lointains, avec la possibilité de parrainer également d’autres vendeurs en échange d’une commission cumulative sur les ventes.17 C’est avec ce même système que fonctionne Tupperware. Le recrutement d’autres vendeurs est une clé du système, des petits vendeurs amateurs qui vont créer un peu de chiffre d’affaire mais qui n’auront eu que très peu de bénéfices de leurs ventes.

Les nutri-coaches sont donc des gens qui vous  peut-être du bien mais qui cherchent surtout leur propre bénéfice.

Les médicaments pour maigrir

A la recherche « médicaments pour maigrir vite », Google propose plus d’un million d’occurrences. Autant de produits qui sont vendus en toute légalité dans les supermarchés, dans les pharmacies ou encore sur internet. Ces médicaments sont très nombreux en vente libre, ils ont pour but de couper l’appétit ou d’empêcher l’absorption des graisses.

L’envie de maigrir plus vite incite également certaines personnes à acheter des remèdes miracles sur internet qui sont en réalité des médicaments illégaux. L’AFSCA recense différents produits dangereux qui ont été commercialisés : 26 cas d’intoxication avec du Clenbutérol ont été constatés. Il s’agit d’un médicament (Ventipulmin) uniquement destiné au traitement de chevaux présentant des problèmes respiratoires et qui est régulièrement utilisé pour ses propriétés amincissantes ». On retrouve en vente des capsules qui contiennent des pesticides : le DNP. Ce produit aura coûté la vie à plusieurs personnes à travers le monde.18

Les contrôles et la loi dans tout cela ?

Aux États-Unis, on estime à 23.005 le nombre de visites annuelles, aux urgences des hôpitaux, attribuées aux effets indésirables liés à la consommation de compléments alimentaires. Il arrive à l’AFSCA de détecter des produits illégaux et dangereux dans certains produits commercialisés sur internet, ils sont alors retirés de la vente. 19

De nombreux produits pharmaceutiques présentent des allégations : «sans sucres ajoutés», «réduit le cholestérol» ou plus spécifiquement
sur les produits minceurs : contribue à la perte de poids dans le cadre d’un régime», «aide à affiner ou préserver votre silhouette», «freine l’absorption des graisses et stimule l’élimination des lipides et des glucides»….autant d’appellations qui poussent souvent les consommateurs à acheter ces produits. Selon Test- Achat : « une allégation doit identifier le nutriment actif ainsi que son effet exact et, bien sûr, être prouvée. Evidemment, c’est loin d’être toujours le cas ». 20 L’Union européenne a donc décidé de créer une loi en 2007 pour lutter contre les allégations mensongères et depuis 2012, les étiquettes et les messages publicitaires qu’ils soient présentés sur internet, à la télévision ou sur tout autre moyen de diffusion doit répondre à des critères bien précis sous peine d’être dans l’illégalité. 21 Cependant, les spécialistes du marketing sont assez forts pour détourner les réglementations européennes qui sont encore trop vagues et laissent plus à l’interprétation. 22

Quand le scalpel devient une solution : Les opérations bariatriques

Aujourd’hui, l’opération seule peut parfois être la dernière solution, ou la solution de facilité pour certaines personnes. Des opérations qui ont chaque année plus de succès. Les médecins prescrivent moins de régime, certaines émissions de télévision qui présentent ces opérations comme la solution rêvée. En 2017, 14.000 opérations ont été pratiquées en Belgique, selon des chiffres de l’INAMI.23

Il existe principalement deux types d’opérations bariatriques : le sleeve qui permet de réduire la taille de l’estomac et le by pass qui diminue l’ingestion et absorption des aliments.

Pour subir une telle opération, il faut normalement répondre à des critères très sévères comme être atteint d’obésité morbide, avoir déjà
tenté de maigrir par des moyens plus traditionnels. D’autres facteurs de risque peuvent faciliter l’accès à l’opération : comme le diabète ou des apnées du sommeil.

Certains médecins peu scrupuleux réalisent des opérations sur des patients qui n’y ont pourtant pas droit en rajoutant quelques kilogrammes au patient ou en prétendant réaliser une autre opération.24 Là encore, maigrir peut vite devenir un business.

Si l’opération permet de fortement maigrir, elle présente également des risques (carences, troubles neurologiques, des complications générales (respiratoires, cardiaques, hépatiques, ..), le taux de ré-intervention est assez élevé. Beaucoup de risques et de désagrément quand on sait que 20 % des patients ne connaîtront pas une stabilité pondérale dans les dix ans.25

Pour clôturer

Alors que dans le monde, un milliard de personnes souffrent actuellement de faim et de sous-alimentation, nos sociétés occidentales sont de plus en plus sédentaires, mangent souvent mal et l’obésité est de plus en plus fréquente. Pourtant, la minceur reste l’idéal à atteindre, tous les
moyens de maigrir sont donc bon à prendre. L’industrie l’a bien compris et surfe sur la vague pour vendre à prix d’or, ce rêve de silhouette idéale.

Que le prix en soit l’argent ou la santé.

Marie Béclard
FAML

1 S. PEQUET, Maigrir à tout prix. Une obsession intemporelle, édition 2010, p. 7, article consulté sur le site https://
questionsante.org/assets/files/EP/maigrir-1.pdf
2 S. PEQUET, Maigrir à tout prix. Une obsession intemporelle, édition 2010, p. 15, article consulté sur le site https://
questionsante.org/assets/files/EP/maigrir-1.pdf
3 On entend par produit tout ce qui se réfère aux produits de santé naturel et aux substituts de repas.
4 On entend par les services : les programmes commerciaux, les programmes offerts dans les centres d’entraînements et les groupes d’entraide
5 On englobe, dans cette catégorie ,les timbres minceurs (patches) ,crèmes minceurs ,vêtements minceurs, bref tout appareil ou produit pour la perte de poids.
6 ht t p : / / w w w . a s p q . o r g / u p l o a d s /pdf/565cac833208fappel-a-l-action_2015-11-30.pdf
7 S. PEQUET, Maigrir à tout prix. Une obsession intemporelle, édition 2010, p. 7, article consulté sur le site https://questionsante.org/assets/files/EP/maigrir-1.pdf
8 ht t p : / / w w w . a s p q . o r g / u p l o a d s /pdf/565cac833208fappel-a-l-action_2015-11-30.pdf P.8
9 L. Azernour-Bonnefoy, Maigrir : sachez écouter votre corps !, interview du docteur Jean-Philippe Zermati, juin 2010 – www.sante-az.aufeminin.com repris dans S. PEQUET, Maigrir à tout prix. Une obsession intemporelle, édition 2010, p. 7, article consulté sur le site https://questionsante.org/assets/files/EP/maigrir-1.pdf
10 Informations consultées le 8 février 2019 sur le site https://www.acrimed.org/Le-chocolat-fait-maigrir-quandmedias-et-publications-scientifiques-se-font
11 Informations consultées le 8 février 2019 sur le site https://www.acrimed.org/Le-chocolat-fait-maigrir-quandmedias-et-publications-scientifiques-se-font
12 Informations consultées le 8 février 2019 sur le site https://fr.wikipedia.org/wiki/Weight_Watchers
13 ht tps: //www.ncbi .nlm.nih.gov/pmc/ar ticles/PMC3145588
14 Informations consultées le 02 février 2019 sur le site https://www.rtbf.be/info/societe/onpdp/detail_on-ateste-le-regime-comme-j-aime-pendant-1-mois-attentiondanger?id=10057284
15 Informations consultées sur le 10 février 2019 sur le site https://fr-be.trustpilot.com/review/commejaime.fr
16 Informations consultées le 10 février 2019 sur le site https://www.juiceplus.com/be/fr/franchise/about-the-juiceplus-company/juiceplus-company
17 Informations consultées sur le 01 mars 2019 sur le site https://www.conseilsmarketing.com/e-marketing/lemarketing-de-reseau-comment-ca-marche
18 Informations consultées le 10 février 2019 sur le site http://www.afsca.be/publicationsthematiques/_documents/2014-06-18_Rapport_annuel_CMDH_2013.pdf
19 Informations consultées le 8 février 2019 sur le site http://www.afsca.be/comitescientifique/avis/2013/_documents/AVIS28-2013_FR_DossierSciCom2012-23.pdf
20 Informations consultées le 2 février 2019 sur le site https://www.test-achats.be/sante/alimentation-et-nutrition/regimes-allergies/dossier/allegations-minceur
21 https://www.efsa.europa.eu/fr/topics/topic/general-function-health-claims-under-article-13
22 Informations consultées le 2 février 2019 sur le site https://www.test-achats.be/sante/alimentation-et-nutrition/regimes-allergies/dossier/allegations-minceur
23 Informations consultées le 2 février 2019 sur le site https://www.rtbf.be/info/societe/detail_obesite-les-derives-
du-recours-a-la-chirurgie?id=10131757
24 Informations consultées le 2 février 2019 sur le https://www.rtbf.be/info/societe/detail_obesite-les-derives-du-recours-a-la-chirurgie?id=10131757
25 Informations consultées le 2 février 2019 sur le site http://www.uclmontgodinne.be/files/2016qo_chirurgie_bariatrique.
pdf

 

 

Gilets jaunes : Peuple ou prolétariat ?

Avant qu’elle soit présentée par les médias, mi-décembre 2018, comme l’axe central de la lutte des gilets jaunes, la revendication d’un Référendum d’Initiative Populaire était restée marginale. Elle se présente comme un tournant dans le mouvement. Celui-ci quitte son propre terrain, celui des revendications salariales, pour se placer sur celui du pouvoir.

Pour le patronat et le gouvernement, le RIC présente l’avantage de reléguer au second plan les revendications initiales portant sur la revalorisation des salaires minimaux et sur la baisse du prix des carburants, in fine sur la valeur de la force de travail. Quant aux manifestants eux-mêmes, ils se limitent, le plus souvent, à ajouter le RIC à leurs revendications, sans lui donner de contenu précis.

Parallèlement, les médias ont fait connaître au grand public Etienne Chouard, porteur emblématique du « référendum d’initiative citoyenne ». Cette initiative a déjà été immédiatement reçue favorablement par le premier ministre, qui a tout de suite exprimé le 17 décembre 2018, dans un entretien aux Echos, : « Je ne vois pas comment on peut être contre son principe ».

Une discussion sur le RIC est beaucoup moins onéreuse qu’une réponse positive aux exigences salariales. La possibilité d’organiser des référendums citoyens existe déjà en Suisse et en Italie, sans que l’organisation du pouvoir ait été bouleversée.

Peuple ou prolétariat

Les gilets jaunes représentent une partie importante de la population, mais ils ont des intérêts propres qui ne sont pas ceux de l’ensemble de la société. Ainsi, l’évocation de la notion de peuple occulte la spécificité d’un mouvement social, portant des revendications particulières, opposées aux intérêts patronaux.

La manière dont le mouvement se définit pose problème. Si les exigences exprimées portent sur la question du salaire et du pouvoir d’achat, leurs actions sont nommées comme celles d’un mouvement citoyen. Alors que la question salariale est au centre des revendications, le patronat se met complètement hors jeu. L’État peut alors se poser comme le seul interlocuteur des manifestants.

La notion de peuple recouvrerait un agrégat qui comprend quasiment l’ensemble de population, un rassemblement dont l’unité est présupposée, du fait qu’il ne comprendrait pas les 1 %, ou les 0,1 % ou même les 0,01 % de « l’oligarchie » financière. Ainsi, ce n’est pas un concept reposant sur la différence, mais au contraire une catégorie englobante, dont on déduit l’identité par  une opposition pré-supposée aux ultra-riches.

Si les classes sociales n’existent que dans leur rapports de luttes, la notion de peuple neutralise toute opposition de classe. C’est une représentation psychotique, supprimant la différence et rejetant toute séparation d’avec les pouvoirs constitués.

En France, les promoteurs de la notion de peuple font référence à la révolution de 1789 où le prolétariat urbain a renversé l’aristocratie avec les armes distribuées par les bourgeois et à qui ils les ont remises, une fois le travail accompli[1]. Déjà, dans l’historiographie de la révolution française, la référence au peuple est un paravent dissimulant les acteurs réels, tels les prolétariats urbain et agraire. Elle a aussi la même fonction de déni de la composition de classe des gilets jaunes.

Ainsi, disparaissent plus de deux siècles d’histoire sociale et politique, celle des luttes prolétaires, au nom d’une référence a-historique de peuple, véhiculée non pas par l’histoire réelle, mais officielle de la révolution française de 1789.

 

 

Déni de la lutte salariale comme lutte politique

La dissolution de ses revendications propres dans une demande abstraite de démocratisation de l’État peut facilement se transformer en son contraire, en un renforcement du pouvoir exécutif. Le déni de la composition de classe du mouvement, le refus de se nommer comme prolétariat fait qu’ils sont désignés comme peuple, comme base imaginaire d’un Etat qui les combat.

Si les revendications portent  bien sur la question du salaire, elles ne sont pas présentées  comme des actions prolétaires, destinées à défendre la valeur de la force de travail, mais comme un mouvement « citoyen », se réclamant d’un État qui est en première ligne dans la baisse du salaire direct et indirect.

C’est un déni du caractère directement politique de la lutte salariale qui actuellement, dans une structure de très faible croissance, affronte une accumulation du capital basée, non plus principalement sur l’augmentation de la production de plus-value relative, mais sur une croissance exorbitante de la plus-value absolue. Ainsi, le développement de l’exploitation n’est plus particulièrement basé sur la croissance de la productivité du travail, mais par l’augmentation de sa durée, de la flexibilité temps de travail, ainsi que la baisse du salaire réel.

La lutte sur le salaire devient directement politique, car toute valorisation de la force de travail remet directement en cause un système d’exploitation basé essentiellement sur la baisse de la valeur absolue de la force de travail. La fonction de l’État comme capitaliste collectif, telles que nous le montrent la loi El Khomri et les ordonnances Macron, est aujourd’hui centrale dans le démantèlement des garanties permettant aux travailleurs de défendre leurs salaires et leurs conditions de travail. Toute lutte pour le salaire devient une lutte directement politique.

[1]    Henri Guillemins, « La révolution française (1789-1794)», https://www.youtube.com/watch?v=mh7DWUr_nyA

Jean-Claude Paye
Sociologue

Pour une alimentation (plus) sûre

En 1999 survient la crise de la dioxine à savoir la contamination par ce produit d’aliments pour animaux d’élevage.

Une enquête avait alors démontré que la contamination trouvait son origine au sein de l’entreprise Verkest, située à Deinze et de la société wallonne Fogra, basée à Bertrix. Cette dernière fournissait des graisses contaminées au PCB (polychlorobiphényles) à Verkest, qui les livrait ensuite à des fabricants d’alimentation pour bétail. Les Verkest déclaraient fournir à leurs clients de la graisse animale fondue. Il s’agissait en réalité d’un mélange de graisses animale et technique. En 2018, les deux protagonistes seront condamnés à verser 24 millions d’euros à l’AFSCA.

Pour tenter d’éviter la répétition de telles dérives, l’Etat a créé, en 2000, l’agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA) dans le but de renforcer les contrôles en regroupant les différents départements ministériels concernés. L’agence a, comme son nom l’indique, pour mission de veiller à la sécurité de la chaîne alimentaire afin de protéger la santé des hommes, des animaux et des plantes. Elle dispose pour ce faire de près de mille trois cents collaborateurs dont six cent septante affectés aux unités locales de contrôle. Elle peut également compter sur cinq laboratoires internes complétés par un réseau de soixante laboratoires externes agréés et sur un service luttant contre les fraudes pour accomplir les différentes missions qui lui sont conférées. Un budget de 164 millions lui est alloué. Elle est non seulement compétente pour le contrôle des denrées alimentaires, des aliments pour animaux, des matières fertilisantes et des produits phytopharmaceutiques mais elle se charge également des mesures de prévention et de lutte sanitaires (maladies animales) et phytosanitaires
(secteur végétal). Elle veille également à la communication sur toutes les matières qui la concernent, en particulier l’information fournie
aux consommateurs. D’autres missions lui sont également déléguées comme les contrôles de l’interdiction de fumer, les contrôles de qualité à l’importation et à l’exportation et ceux du bien-être des animaux de rente. 4Malgré les mesures prises pour sécuriser la
chaîne alimentaire, depuis de nombreuses années, les scandales entachant l’industrie alimentaire se succèdent, justifiant si besoin est,
l’existence de l’agence.

La maladie de la vache folle (encéphalopathie spongiforme bovine) causée par la présence de farines animales dans l’alimentation des bovins
provoquera le décès de plusieurs centaines de personnes en Europe.

La grippe aviaire H5N1 trouve son origine au Vietnam et en Thaïlande. Des millions de poulets, canards et oies sont infectés et transmettent la maladie à l’homme. Alors qu’on s’attendait à une pandémie de très grande ampleur, le nombre de victimes se limitera finalement à quatre cents.

Les autorités sanitaires irlandaises détectent la présence de viande de cheval dans des steaks hachés estampillés pur boeuf. À la suite de cela, la société Findus effectue des tests qui révèlent que 29% de la viande contenue dans les lasagnes et les moussakas est d’origine chevaline. L’affaire touche l’Europe tout entière et pose la question de la traçabilité des aliments.

En 2011, la bactérie Escherichia Coli provoque diarrhées sanglantes et infections intestinales et cause la mort de 47 personnes tandis que 4.000 sont malades. Pointés comme responsables, des concombres, des tomates et des salades seront rapidement mis hors de cause. Des graines germées provenant d’une ferme biologique seront finalement identifiées comme étant les coupables. La présence de fipromil a conduit à la destruction de 77 millions d’oeufs et à l’euthanasie de 2 millions de poules et mis en danger la santé de nombreux consommateurs.

Aujourd’hui, c’est à la peste porcine africaine que nous sommes confrontés. Les premiers cas de cette maladie ont été détectés le 13 septembre 2018 chez des sangliers trouvés morts dans la région d’Etalle, en province de Luxembourg. Tant les sangliers que les porcs d’élevage se trouvant dans la zone contaminée seront mis à mort et les exploitations ne pourront être repeuplées jusqu’à éradication de la maladie. L’AFSCA, en collaboration avec la région wallonne, a également établi une zone tampon adjacente à la zone infectée et dans laquelle les mesures sanitaires sont également en vigueur.1

Outre le traitement des grands scandales alimentaires, l’AFSCA travaille au quotidien dans le contrôle des commerces alimentaires et des établissements HORECA. Ainsi des prélèvements effectués dans des « snacks pitas » ont révélé que dans la moitié des restaurants, des échantillons présentaient une mauvaise qualité microbiologique à la suite d’un manque d’hygiène et d’une mauvaise gestion thermique des aliments.2

Excès de zèle ou principe de prudence ?

Si ces contrôles sont généralement de nature à rassurer les consommateurs que nous sommes, d’aucuns jugent le zèle de l’Agence un peu trop tatillon à l’égard de certains.

Le ministre wallon en charge du Développement durable, Carlo Di Antonio qualifiait, dans un communiqué, l’action de l’organe de contrôle
« d’entrave à la transformation à la ferme, au développement des PME agroalimentaires locales et du circuit court ».3 Et d’ajouter que « depuis sa mise en place en 2002, de nombreux agriculteurs et producteurs ont témoigné des difficultés qu’ils rencontrent avec l’Agence fédérale pour la Sécurité de la Chaîne alimentaire. Nombreux sont ceux qui ont dû fermer leurs portes. »

Alors même que la production, la transformation et la vente de produits à la ferme ou en circuit court doivent être vues comme des opportunités de développement économique à soutenir.

Ce communiqué faisait suite à l’affaire du fromage de Herve au lait cru.

En 2016, après avoir découvert des traces de listeria monocytogène dans le fromage de Herve au lait cru provenant de la ferme du dernier producteur de ce fleuron de la gastronomie wallonne, l’Agence contraignit ce dernier à détruire sa production. Las de la bataille judiciaire qui s’ensuivit et de la mauvaise publicité faite aux produits à base de lait cru,celui-ci finira par cesser son activité.

C’est ensuite à un autre joyau culinaire de Wallonie que s’est attaquée l’AFSCA, la tarte au riz verviétoise en raison de sa conservation à température ambiante, ce qui jusqu’à aujourd’hui n’a jamais posé de problème.

Plus récemment, l’AFSCA a interdit à l’école communale de Clavier de servir aux enfants de la soupe aux légumes frais préparée par une bénévole au motif que les normes sanitaires risquaient de ne pas être garanties.4 Le bourgmestre de la localité est furieux car les légumes sont issus du potager entretenu par les élèves de primaire. Le but pédagogique de la chose ne fait pas de doute, il s’agit ni plus ni moins que d’apprendre aux enfants le bon goût des choses naturelles.

Les soupes industrielles répondraient-elles mieux aux impératifs de sécurité alimentaire ? peut-être, au détriment d’une alimentation saine
et équilibrée sûrement.

En 2014, onze procès-verbaux ont été dressés et 452 avertissements à l’encontre des cantines scolaires ont été émis. Des chiffres supérieurs à l’année précédente au cours de laquelle 10 PV et 426 avertissements avaient été formulés, mais moins de structures inspectées (1296 en 2013 contre 1415 en 2014).5 Bernard Hubien, secrétaire général de l’UFAPEC rapporte :  » Il est déjà arrivé que des parents nous
contactent pour nous dire qu’il n’y avait plus de cantine dans l’école de leur(s) enfant(s) en raison des contrôles de l’AFSCA. Une école de Schaerbeek nous a expliqué avoir complètement remis sa cuisine aux normes deux ou trois ans auparavant, et s’être vue malgré tout dans l’obligation de faire de nouveaux aménagements. Elle a finalement jeté le gant, face aux coûts que cela représentait ! ”

Après la soupe, la tarte au riz, le Herve, ce sont les frigos solidaires qui sont dans le collimateur de l’agence. Celui de Waterloo vient par exemple de se voir privé de 57 kilos de denrées alimentaires périmées. Si les responsables du frigo reconnaissent l’utilité sanitaire des contrôles, ils plaident néanmoins pour plus de souplesse pour ce qui concerne les dates de péremption. « Les députés européens veulent arrêter le gaspillage alimentaire ; en Belgique, on veut que les supermarchés donnent les invendus à des associations… Et on nous empêche de distribuer des aliments qui sont périmés de quelques jours ».6 Sachant que des denrées comme le café, les pâtes, le riz, certaines boissons ont une durée de vie illimitée, il est absurde de les jeter alors qu’elles pourraient être consommées sans aucun risque.

Deux poids deux mesures ?

Alors que l’on semble constater une forme d’acharnement sur des petits producteurs, sur des écoles qui, en toute bonne foi, proposent à
leurs élèves de la soupe faite maison, sur des associations venant en aide aux plus démunis, sur certaines filières les contrôles se font plus « discrets » comme ce fut le cas par exemple dans l’affaire Veviba.

En 2018, l’abattoir Veviba situé sur le site de Bastogne est mis sous le feu des projecteurs pour diverses fraudes à l’étiquetage et à la congélation. Si l’AFSCA déclare avoir procédé au retrait immédiat des rayons des lots incriminés, il n’en reste pas moins que dès septembre 2016, le Kosovo avait donné l’alerte et informé que les dates de péremption avaient été falsifiées et que ce n’est que le 28 février 2018 qu’une perquisition de grande ampleur est menée dans l’entreprise.

Que s’est-il alors passé durant ces deux années ? des denrées impropres à la consommation ont-elles été mises sur le marché sachant que la perquisition a mis à jour des produits congelés depuis 2001 et que sur les 200 palettes contrôlées, 138 étaient non conformes ?

Afin de mettre un terme « à certains « déficits » en matière de contrôle et de transmission de l’information », le ministre de l’agriculture Denis Ducarme, a annoncé, au cours d’un débat en Commission de l’agriculture de la Chambre sur le scandale Veviba, la mise en place de réformes au sein de l’agence. Le ministre lui reproche de n’avoir pas effectué des contrôles plus offensifs compte tenu des informations dont on disposait depuis 2016.

Conclusion

La bonne qualité des aliments que nous consommons doit bien évidemment être une priorité. II appartient à l’AFSCA de traquer sans complaisance toutes les fraudes qui constituent un risque pour notre santé et de révéler les scandales qui entachent certaines filières.

  • Faut-il pour autant sombrer dans une forme d’hygiénisme, d’aseptisation qui aurait pour conséquence de favoriser l’industrie agro-alimentaire
  • responsable de la plupart des grands scandales
    au détriment des petits producteurs ?

Le ministre Carlo Di Antonio estime que les contrôles de l’Agence alimentaire ne sont pas adaptés aux réalités des productions fermières et artisanales et demande une « révision normative » de celle-ci.

Les règles en vigueur entravent le travail des producteurs locaux en faveur d’une alimentation durable et locale en imposant des normes trop exigeantes, appliquées de manière tatillonne et qui nécessitent des investissements énormes que les petits paysans ne sont pas capables de consentir.

Faut-il priver les enfants d’un potage aux légumes frais au motif qu’il n’est pas cuisiné à l’école ?

Faut-il jeter le discrédit sur des denrées qui ont fait la réputation de la gastronomie wallonne et qui n’ont, jusqu’à aujourd’hui, causé aucun dommage ?

Faut-il, alors qu’on nous encourage à lutter contre le gaspillage, envoyer à la poubelle des denrées dont la date de péremption est légèrement
dépassée ?

Un juste milieu doit pouvoir être trouvé entre aspect sécuritaire et possibilité de consommer des aliments naturels peut-être un peu moins contrôlés.

Patricia Keimeul
Directrice FAML

1 http://www.afsca.be/ppa/actualite/belgique/
2 http://www.afsca.be/quefaiton/controlesciblees/
3 https://www.7sur7.be/7s7/fr/1502/Belgique/article/detail/2332274/2015/05/21/L-AFSCA-une-entrave-aux-PMElocales-
et-au-circuit-court.dhtml
4 https://www.rtbf.be/info/regions/detail_clavier-lasoupe-scolaire-preparee-au-domicile-d-une-maman-d-instit-c-est-fini-dit-l-afsca?id=10083027
5 https: //www.r tbf.be/info/belgique/detail_apeine-66-des-cantines-scolaires-ont-eu-un-feu-vert-de-lafsca?id=9177215
6 https://www.sudinfo.be/id88603/article/2018-11-30/lafsca-saisit-57-kg-daliments-au-frigo-solidaire-de-waterloo

Is Google God?

Pascal Simoens

L’ouverture de ce début 21ème siècle s’est défini par l’arrivée des technologies des commu- nications et de l’information dans notre quotidien. A ce changement de paradigme sociétal est venu s’adjoindre l’émergence de nouvelles approches philosophiques liant l’homme et les machines.

Qui est Google et quel est son dessein ?

Notre propos n’est pas ici de valoriser l’une ou l’autre pensée, mais bien de démontrer (ou démonter ?) les mécanismes qui amènent à cette grande crainte du développement du mythique « Big Brother », omniscient de chacun de vos gestes et faits quotidiens. Parler de Google pourrait paraître simple tant il est déjà présent dans la vie de chacun d’entre nous. Mais précisons d’emblée que Google ce n’est pas qu’un moteur de recherche. C’est aussi un OS (Operating System) qui couvre plus de 80% des téléphones mobiles de type « Smartphones » ; c’est aussi de la cartographie avec Google Maps et des plans de bâtiments avec Google Earth ; il est probablement votre boite mail (Gmail), un traducteur en ligne, un réseau social (le deuxième après FB), etc. Ce que l’on sait plus rarement, c’est que Google est aussi une entreprise qui réalise des séquençages ADN avec sa société 23andMe et « accessoirement », Google fait des lunettes, des téléphones, des TV, permet à des voitures de conduire sans chauffeur (840.000 km parcourus1), vous offre la télé et la vidéo via YouTube, … sans oublier le fameux Google Books, celui qui a fait probablement le plus de polémique et qui sera l’objet d’un développement plus approfondi dans cet article.

Google en chiffres donne le vertige : c’est 6,4% du trafic mondial sur internet en 2013, plus de 2% du parc mondial d’ordinateurs et 3% de la consommation d’électricité avec ses serveurs localisés dans le monde entier (dont un en Belgique à 4 kilomètres du centre-ville de Mons, province du Hainaut). C’est aussi un milliard de dollars par mois…

Si cela peut donner le vertige des chiffres, force est de constater l’omniscience de cette entreprise qui vit avec nous, au sens premier du terme. Toutefois, Google n’est pas qu’une somme d’ordinateurs régis par des algorithmes de recherche, car derrière cette entreprise il y a des hommes, des femmes, et nous allons tenter de les présenter afin de mieux comprendre ce que cette entreprise pourrait devenir.

Le lien entre l’université, la recherche et Google est fondamental pour comprendre les enjeux de la pensée de ses fondateurs. Ce sont deux hommes qui sont, avant tout, des scientifiques et mathématiciens dans une université technologique à la pointe de la recherche dans le monde. Une université où les religions n’ont pas de droit de cité eu égard au fait que cela va à l’encontre même de la recherche scientifique. Ou plutôt, une seule religion y a droit de cité : le progrès pour et par la science. Notons d’ailleurs que l’un des deux fondateurs de Google s’est ouvertement présenté comme « athéiste», ce qui est courageux dans le pays où le président des Etats-Unis prête serment sur la Bible en citant « God bless you2 ». Toutefois, Sergey BRIN a très vite rétracté ses propos afin de ne pas faire de tort au marketing de Google (société mondiale) dans un monde de plus en plus régi par les religions.

L’homme peut-il être omniscient par la connaissance? Cette approche est-elle si éloignée des fondements de la connaissance moderne telle que définie par les penseurs de l’époque des Lumières qui prônaient la connaissance pour l’émancipation des peuples et des hommes ? Les Lumières, dont l’Europe se revendique largement sont, sans nul doute, également le fondement de l’approche technologique de Google.

Pour l’objet qui nous concerne dans cet article, Google, deux éléments sont à prendre en considération pour mieux comprendre la démarche humaniste : la première est le fait que Condorcet développe deux fondements de notre société actuelle : la liberté d’expression et les moyens de les communiquer. Il part également du principe fondateur qui dit « plus les gens sont informés, mieux ils décident ». Notre intention n’était pas de traiter des fondements de la philosophie des Lumières dans le bref aperçu qui vient d’être esquissé mais bien de décortiquer ces fondements et de les analyser à l’aune de la démarche de Google. Car que fait Google, si ce n’est :

Un travail encyclopédique

  • Le développement des nouvelles technologies
  • La diffusion des informations

A cela, ajoutons quand même…

  • Un projet politique, au sens philosophique du terme
  • Une mission messianique

Google aurait-il les mêmes objectifs que les Lumières? Certainement oui mais avec les outils de son époque: la révolution numérique. Toutefois, compiler des données qui se trouvent sur internet ne suffit pas pour avoir une connaissance du monde, ou comme aime à le dire les patrons de Google « une conscience mondiale ». Google a donc besoin de se constituer lui-même une encyclopédie du monde. Et comment ? Par Google Books.

Google Books c’est le rêve inachevé de Paul Otlet avec son Mundaneum : répertorier toutes les données du monde. Mais Larry PAGE et Sergey BRIN vont plus loin, ils désirent absorber la conscience du monde.

… la conscience du monde… pourquoi ?

Pour comprendre cette démarche il faut une méthode et quoi de plus normal que de numériser tous les livres dans le monde pour comprendre l’esprit et l’intelligence qui décrivent ce monde ? C’est de la sorte que depuis plus de 5 ans, Google numérise tout ce qui s’écrit et, surtout, tout ce qui a été écrit dans les bibliothèques mondiales.

Complétons cette analyse en nous arrêtant un instant sur la notion de « conscience du monde ». Cette approche presque messianique n’est à prendre en considération que si l’ensemble de la connaissance du monde permet de faire ressortir de nouvelles idées, de bonnes idées… car comme le défendaient les Lumières, on s’émancipe des dogmes à savoir plus et mieux. Google ne fait rien d’autre pour le moment.

Les technologies au service de Google.

Avant de conclure cet article, il nous semble nécessaire de présenter la stratégie de Google  initiée par ses fondateurs et proches. Simplement, Sergey et Larry sont convaincus que la technologie va changer le monde ; et comment leur donner tort ? Ce qui pose plus de questions c’est quand l’on sait que ces deux Geeks ont une approche très messianique de leur vision. Résumons-la par ces quelques points :

  • L’homme est perfectible, il faut le rendre meilleur
  • Il est perfectible par son corps et son esprit
  • Il faut donc améliorer son corps par la technologie
  • Et par ailleurs, pouvoir corriger les erreurs de son

Ces deux théories sont amplement critiquées scientifiquement, toutefois, force est de reconnaitre qu’elles n’ont pas pu encore être démenties. D’une part, la frise chronologique de Ray Kruzweil3 n’a jamais été démentie et il est difficile de nier que l’électronique envahit de plus en plus le quotidien de l’homme, ne serait-ce que pour des questions médicales.

C’est ainsi que selon certains chercheurs la singularité est programmée pour la troisième décennie du 21ème siècle, soit dans moins de 10 ans. Le même objectif que Google pour la création de sa propre I.A4… Et, ajoutons, avec une intelligence machiavélique pour y arriver.

En effet, même avec toute la performance informatique du monde, sans base de données suffisamment complexe ; cela reste du silicium et des nanotubes de carbone pour les prochaines puces quantiques. Dès lors, Google s’est mis en tête d’agréger l’ensemble des connaissances du monde pour l’offrir à la connaissance de programmation de son I.A.. Ils espèrent de la sorte, créer une singularité par l’apprentissage et à partir de la connaissance.

Sur le principe, pouvons-nous critiquer ? La Renaissance et les Lumières, n’ont-elles pas créé elles-mêmes une « singularité » scientifique et spécifique à leur époque ?

Plus généralement, cette échéance semble inéluctable et ne devrait pas faire peur auprès des personnes prônant les valeurs humanistes. Toutefois, il parait important que les conditions soient garanties quant à l’information du protocole de l’expérience. Et pour comprendre toute

l’expérience actuelle de Google, il faut également prendre en compte dans notre analyse le fait que Google investit massivement dans la génétique et la robotique.

« Is Google God ?»

Selon White, nous leur donnons des qualités divines et nous sommes fascinés par leur puissance. Il suffit de voir la ferveur digne des jours du Mondial de la jeunesse chrétienne la sortie du dernier IPhone! La recherche a d’ailleurs montré que la marque à la pomme provoque la même réaction chimique dans le cerveau de certaines personnes, que celle d’une expérience religieuse profonde. Et dans le cas d’Apple, Steve Jobs était le Messie.

Le 1er mai 2002, Larry Page répond à une interview à l’université de Stanford sur sa vision de Google. Il répond sans ambages : « La Mission que je me suis promise pour vous va prendre encore un peu de temps jusqu’à la découverte de l’IA. Je ne sais pas si vous voyez ce que cela signifie ? L’intelligence artificielle (…). Si vous trouvez la solution de cette recherche, vous pouvez répondre à toutes les questions, cela signifie que vous pouvez  potentiellement  tout faire.»

Conclusion

La question de l’évolution de notre société est menée actuellement par les scientifiques, enfants des Lumières. Et pourtant, l’adage veut que « le 21ème siècle sera religieux ou ne sera pas ». Une nouvelle catégorie de religieux est apparue, celle des scientifiques religieux, une religion technologique basée sur les écrits, voire les commandements des Lumières. Ces mêmes Lumières qui façonnent également la pensée laïque européenne, là est tout le paradoxe. Nous sommes donc en questionnement vis-à-vis du principe qu’une pensée libre peut devenir un dogme et devons à chaque instant, toujours remettre en question les choses, jusqu’à leurs fondements… pour rester libres dans le monde qui s’ouvre à nous et qui n’a rien à voir avec le monde que nous connaissons. Mais qui, aujourd’hui, oserait dans une conversation de table de laïques remettre en cause les fondements des Lumières qui remettraient en cause l’identité même de l’Homme dans les décennies à venir ? Un avenir qui est, plus qu’à tout autre moment, incertain. Cette incertitude, il faut la cerner, et ensuite certainement agir, quitte à remettre tous les dogmes actuels en cause. Dans cette démarche de remise en cause, nous reprendrons à notre compte cette phrase de Charles Darwin :

«Ce n’est pas le plus fort des espèces qui survit, ni la plus intelligente qui survit c’est celui qui est le plus adaptable à changer. »

1 Source wikipedia, en date de mars 2010. Depuis, le prototypage de la Google Car a été présenté au public.

2« Dieu nous protège »

3Raymond C. Kurzweil (ou Ray) (kɚzwaɪl), né le 12 février 1948, est un informaticien américain, créateur de plusieurs entreprises pionnières dans le domaine de la reconnaissance optique de caractères (OCR), de la synthèse et de la reconnaissance vocales, et des synthétiseurs électroniques. Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages sur la santé, l’intelligence artificielle, la prospective et la futurologie. Il est l’un des théoriciens du transhumanisme et de la singularité technologique. Source Wikipédia, 30 novembre 2014

4 I.A. Intelligence Artificielle