AstraZeneca, les thromboses et les femmes

Zelda-Moore Boucher - FAML

Tout droit venu de l’Université d’Oxford, le vaccin AstraZeneca qui a été développé avec pour principal objectif d’empêcher la contraction de la COVID-19 se retrouve depuis plusieurs jours au cœur de tous les débats. Jugé suspect, l’AstraZeneca a en effet été suspendu dans plusieurs pays européen sans qu’un lien de cause à effet n’ait pu être réellement démontré entre son administration et le développement de certaines pathologies. En cause, il serait à l’origine de thromboses.

La thrombose en bref

Cette maladie se traduit par la formation d’un thrombus, plus communément appelé « caillot », au sein d’un vaisseau sanguin qui entraîne une occlusion partielle voire totale de la circulation sanguine. Ledit caillot peut se développer dans une veine ou dans une artère, raison pour laquelle on parle communément de thrombose veineuse ou de thrombose artérielle.

À l’heure actuelle, la complication connue la plus grave d’une thrombose veineuse est l’embolie pulmonaire. Dans ce cas de figure, le caillot migre de la veine où il s’est formé jusqu’à l’artère pulmonaire, ce qui peut entraîner une mort subite. Pour ce qui concerne les thromboses artérielles, les complications les plus graves peuvent prendre la forme d’un l’infarctus du myocarde (crise cardiaque), d’un accident vasculaire cérébral (AVC) ou encore d’autres sortes d’accidents vasculaires au niveau par exemple des membres inférieurs.

L’AstraZeneca et les accidents thrombo-emboliques

À la date du 17 mars 2021, six cas d’événements thrombo-emboliques apparus après l’injection du vaccin suédois-britannique ont été recensés. Dans l’Union européenne et au Royaume-Uni, dix-sept millions de personnes ont reçu une dose de vaccin développé par les laboratoires d’AstraZeneca. Sur ces dix-sept millions, on compte vingt-deux personnes qui ont développé une embolie pulmonaire et quinze personnes ayant développé une thrombose veineuse profonde (la thrombose veineuse est dite profonde lorsqu’un caillot de sang se développe dans les veines profondes du corps). L’équilibre entre les bénéfices recherchés et les risques encourus penche donc très largement en faveur de ce vaccin. Cependant, plusieurs pays européens ont néanmoins décidé de suspendre l’administration du vaccin d’AstraZeneca en vertu du principe de précaution.

Un problème sociétal souligné par la suspension du l’AstraZeneca

La gestion de la controverse autour des risques pour la santé générés par l’administration de ce vaccin, nous permet, lorsqu’on les remet les choses en perspective, de constater que les risques de thromboses dus à celui-ci semblent bénéficier bien plus du principe de précaution que lorsqu’il s’agit des mêmes risques de thromboses qui sont liés à la prise de pilule contraceptive auxquels les femmes s’exposent chaque jour. La surexposition des effets secondaires non prouvés dans le cadre de la pandémie actuelle tranche ainsi drastiquement avec la faible médiatisation des accidents thrombo-emboliques dus aux médicaments contraceptifs.

Pour la plupart, les pilules sont composées de deux hormones : œstrogène et progestatif. Pour le moment, il existe quatre catégories de pilules qui sont classées selon la nature du ou des progestatifs qu’elles contiennent. Les plus récentes, dites pilules de troisième et quatrième génération, ont été élaborées pour limiter les effets secondaires tels que les nausées, les migraines, les troubles vasculaires ou encore les douleurs mammaires. Pour ces raisons, les doses d’œstrogènes ont été réduites, mais il est intéressant de noter que l’œstrogène que contient le contraceptif oral de troisième et de quatrième génération entraîne tout de même la coagulation sanguine et modifie la pression dans les vaisseaux sanguins. La pilule contraceptive contient des progestatifs qui sont censés réduire ce problème mais, dans le cas des pilules en question, la plupart des progestatifs ne sont que très peu efficaces. Le risque de thrombose est ainsi fortement augmenté chez les femmes sous pilules contraceptives quelle que soit la génération de la pilule utilisée. Des risques scientifiquement prouvés et bien connus de tous mais qui n’ont finalement jamais suscité autant d’inquiétude que celle observée ces derniers jours à l’égard du vaccin AstraZeneca et de ses potentiels risques.

Image par Gabriela Sanda de Pixabay

Les chiffres

À titre de comparaison, une trentaine de cas de thromboses ont été rapportés sur les dix-sept millions de personnes vaccinées avec ce vaccin dans l’Union européenne et au Royaume-Uni. Lorsque l’on compare directement ces chiffres avec les chiffres de l’Agence Européenne des médicaments pour ce qui concerne uniquement les ravages de la pilule œstroprogestative de troisième génération, on constate qu’on ne dénombre pas moins de quarante cas annuels d’événements thrombo-emboliques sur cent mille utilisatrices de ce moyen de contraception. Si l’on ramène ces chiffres à un pourcentage le décalage est d’autant plus criant puisque l’on enregistre 0,0002% de potentiels cas de thrombose dus au vaccin, un chiffre bien maigre comparé aux 0,04% de cas annuels de thrombose dus uniquement à la pilule contraceptive de troisième génération.

Effets secondaires : femmes VS hommes

En décembre 2012, Marion Barat, une jeune Française de 26 ans, a décidé de porter plainte contre le Directeur général de la société pharmaceutique Bayer en accusant la pilule de troisième génération d’avoir été responsable chez elle d’un accident vasculaire cérébral massif survenu en 2006. Lourdement handicapée depuis, la jeune femme, qui a dû subir neuf opérations et des mois de rééducation pour retrouver l’usage de ses jambes et de la parole, a décidé de poursuivre la société Bayer pour « atteinte involontaire à l’intégrité de la personne humaine ». À l’époque des faits, elle prenait en effet une pilule de troisième génération depuis seulement quatre mois mais ce n’est que des années plus tard qu’un lien sera établi: « Ce n’est qu’en 2010 qu’une gynécologue m’a permis de comprendre l’origine de mon accident : ma prétendue ‘micro-pilule’. » (Le Monde, 29 juillet 2014).

Depuis l’affaire de Marion Larat, d’autres femmes sous pilules se sont rendues comptes qu’elles étaient, à l’instar de Marion, très peu informées des risques liés à la prise de la pilule et ont décidé de changer de mode de contraception.

Le décalage entre le traitement des risques liés au vaccin AstraZeneca et ceux liés à la prise de pilules contraceptives est ici manifeste. Contrairement au cas d’AstraZeneca, où beaucoup de pays ont très rapidement décidé de suspendre temporairement son administration, un tel principe de précaution ne fut jamais observé dans le cas de ces moyens de contraception, l’Agence européenne des médicaments allant même jusqu’à conclure qu’il n’y avait pas de raison d’interrompre ce type de contraception car les bénéfices sont supérieurs aux risques. Alors que la Ministre française des droits des femmes déclarait en 2013 que la contraception en France ne devrait plus rimer systématiquement avec pilule, la seule mesure de précaution qui a été prise est celle de dérembourser les pilules de dernière génération.

Deux poids, deux mesures

Malgré les nombreuses études qui démontrent que la pilule contraceptive comporte de hauts risques pour la santé, notre société demeure hélas extrêmement peu attentive aux problématiques de santé qui touchent les femmes uniquement. A contrario, lorsqu’un vaccin s’avère potentiellement responsable des mêmes conséquences, dans des proportions pourtant bien moindres, l’Europe s’agite, s’inquiète et c’est tout le fonctionnement qui est remis en cause.

Le fait que les cas concrets des thromboses provoquées par la pilule contraceptive, bien que nombreux et avérés, soient invisibilisés tandis que ceux du vaccin d’AstraZeneca, bien moins nombreux et dont la corrélation n’est pas à ce jour avérée, fassent la une de tous les médias illustre une fois de plus une disparité dans le traitement des dangers auxquels les genres sont exposés.

Il est aujourd’hui légitime de questionner sur cette attitude de « deux poids, deux mesures » et contester que la souffrance et les dangers imposés aux corps et à la santé des femmes soient socialement plus acceptables que ceux imposés aux hommes.

Depuis la rédaction de cet article, l’Agence européenne des médicaments a conclu que les vaccin AstraZeneca était sûr et efficace et que les bénéfices étaient supérieurs aux risques…

0 réponses

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *