Et la journée internationale de l’homme alors ?

Zelda-Moore Boucher - FAML

Chaque année, à la date du 8 mars, alors qu’est célébrée la journée internationale des droits des femmes, les hommes s’insurgent et clament leur mécontentement de ne pas bénéficier, eux aussi, d’une journée qui leur serait dédiée. Pourtant, depuis déjà vingt-deux ans, la journée internationale de l’homme (International Men’s Day) existe bel et bien.

La journée internationale des hommes

Tout droit sortie de l’État des Caraïbes Trinité-et-Tobago, la date actuelle de la journée internationale de l’homme est fixée au 19 novembre depuis 1999. Soutenue par l’Organisation des Nations Unies (ONU), cette journée est célébrée dans plus de soixante pays dans le monde entier parmi lesquels l’Australie, les États-Unis, l’Inde ou encore la France pour n’en citer que quelques uns. Cette surprenante initiative a été lancée par le professeur d’université en histoire Jérôme Teelucksingh qui choisit cette date pour honorer son père né le même jour. D’après une étude menée par Gillette et Harris Interactive, 81 % des hommes ignorent cependant l’existence de la journée internationale de l’homme.

Mais pourquoi une journée internationale de l’homme ?

Cette journée vise à revaloriser le rôle des hommes dans la société et à mettre en évidence la discrimination à leur encontre. Chaque année, un thème différent est mis à l’honneur. C’est ainsi que pour l’année 2021, le thème retenu est: « De meilleures relations entre les hommes et les femmes », une thématique qui aspire à promouvoir l’égalité des sexes non seulement pour les hommes mais également pour les femmes.

Cette journée se veut également comme un moyen de sensibilisation aux problèmes auxquels les hommes sont confrontés ; on pense plus particulièrement ici au taux de suicide masculin dans le monde. Les différentes études consacrées au sujet concluent à un taux de suicide chez les hommes en moyenne trois fois plus élevé que celui des femmes. Notons cependant, que ces statistiques sont loin d’être identiques partout puisque dans des pays comme l’Inde, Bangladesh, Lesotho, Maroc ou encore Myanmar, les statistiques montrent un taux de suicide plus important chez les femmes.

Pour les organisateurs de cette journée internationale, il ne saurait donc être question ici d’une journée particulière en réaction voire même en opposition à la journée internationale des droits des femme, dans une sorte de rééquilibrage de l’attention accordée aux genres. Il ne s’agit pas non plus de prôner l’affirmation exacerbée d’une forme de machisme. Cette journée internationale se veut avant tout comme une occasion pour remettre en cause les habitudes occidentales, souvent bien ancrées dans la lecture de la masculinité. Loin d’être le pendant de la journée internationale des droits de la femme, cette journée du 19 novembre se veut également être outil permettant d’attirer l’attention sur des problèmes liés à la masculinité toxique, dont le taux de suicide plus élevé chez les hommes que chez les femmes est l’une des illustrations les plus méconnues.

Pourquoi dit-on que les femmes se suicident moins que les hommes ?

Si, sous le poids de pressions sociales constantes, les tentatives de suicide sont plus fréquentes dans la population féminine, dans les faits, ce sont néanmoins les hommes qui parviennent en plus grand nombre à mettre fin à leurs jours. Cet écart peut être mieux expliqué lorsqu’on l’observe au prisme des moyens utilisés plus fréquemment chez les hommes que chez les femmes pour attenter à leur vie.

Chez les femmes, l’une des méthodes les plus régulièrement rapportées est celle de l’intoxication médicamenteuse volontaire qui préserve mieux les chances de survie. Les hommes en revanche auront davantage recours à des modes opératoires plus létaux et plus violents comme l’usage d’armes à feu, la noyade ou la pendaison, qui entament sérieusement le pronostic vital et les réduisent les chances de survie. Selon Statbel, en 2016, on dénombre une proportion de 2,6 % d’hommes décédés par suicide en Belgique, tandis que pour les femmes ce chiffre est de 1,0%.

Image par StockSnap de Pixabay

« Boys don’t cry »

On considère que certains hommes sont amenés à choisir des moyens destinés à mettre fin à leurs jours plus violents afin de s’assurer de ne pas se réveiller et de devoir révéler au grand jour une détresse émotionnelle considérée comme dissonante avec des codes bien ancrés dans la construction culturelle de la masculinité. Dans la société actuelle, les hommes soucieux de se conformer aux stéréotypes de leur genre ont en effet moins tendance à rechercher un soutien médical ou psychologique, ce qui rend par conséquent plus difficile la détection du risque suicidaire. La population masculine, sans cesse confrontée aux rôles stéréotypés du mâle viril traditionnel qui tend à valoriser la fierté égocentrée à outrance, l’agressivité, la compétition, la force, le rejet de tout ce qui est associé à la féminité et à la sensibilité émotionnelle se retrouve donc moins encline à entreprendre des démarches visant à soigner un mal-être profond souvent perçu comme une faiblesse. Bien que cette situation commence timidement à évoluer, les grands standards de la masculinité exacerbée ont encore la vie dure dans la mesure où ils restent intrinsèquement liés à la culture et à l’éducation comme le principe inculqué depuis le plus jeune âge selon lequel « les garçons ne pleurent pas ».

De manière assez paradoxale, dans une société où les hommes se retrouvent souvent en position dominante avec tous les avantages que cela comporte, le poids des codes de la virilité est une pression non négligeable qui peut pousser certains à ne pas soigner leurs souffrances psychologiques, s’exposant ainsi dangereusement au suicide.

La journée internationale de l’homme est-elle bienveillante ?

Chaque année, de plus en plus de célébrations de la journée internationale de l’homme ont lieu. Malheureusement ce mouvement reste protéiforme et, pour l’instant, il se retrouve hélas in fine essentiellement accaparé par des masculinistes qui promeuvent une vision souvent très toxique de la masculinité (comme en Australie où il est soutenu par « Dads4Kids », un mouvement ouvertement opposé au mariage pour tous). Ces masculinistes se sentent menacés par une tendance qu’ils considèrent comme un reversement des valeurs en vertu duquel les femmes seraient désormais dominantes et favorisées. Les adeptes de cette théorie, qui considèrent donc que le patriarcat a été aboli au profit du matriarcat, clament qu’il est urgent de militer activement pour la défense des hommes dont tous les droits se trouveraient mis en danger et bafoués. Que ce soient au travers des discours qu’ils tiennent ou des actions qu’ils entreprennent, ces masculinistes ne font en réalité qu’accentuer les violences faites aux femmes en prônant ouvertement leur privation de certains droits humains fondamentaux.

La solution ?

À l’heure actuelle, une journée internationale de l’homme plus contemporaine est devenue essentielle pour chacun. Il est tout d’abord primordial de reprendre la journée internationale des hommes des mains des masculinistes. Le sujet de la masculinité ou celui des relations hommes femmes dans notre société sont des sujets bien trop importants pour en faire l’apanage des seuls masculinistes virilistes et conservateurs.

De plus, loin d’en faire une journée réactionnaire et conservatrice, il serait plus qu’intéressant de faire de cette journée une force et de s’en saisir pour dénoncer les dérives de la masculinité toxique et ses conséquences problématiques telles que la misogynie, la culture du viol, l’homophobie et le découragement quant à la recherche d’aide psychologique chez les hommes.

Enfin, il est plus que jamais de notre devoir de faire de la journée internationale de l’homme un outil de résistance face à l’offensive des masculinistes, en braquant les projecteurs sur la vulnérabilité des hommes et la célébration de la diversité des identités masculines tout en incluant, entre autres, les hommes appartenant à la communauté LGBT+.

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