C’est pour votre bien

Instauration d’une zone 30 généralisée sur la région bruxelloise, taxation du diesel, rétrécissement des voies de circulation, suppression des emplacements de stationnement liée à une augmentation des tarifs, projet de taxation kilométrique dans Bruxelles ou péage urbain, … au nom de l’écologie et de la sécurité, tout est fait pour décourager et culpabiliser l’automobiliste.

Quelles alternatives lui propose-t-on ?

Un RER qui joue l’arlésienne ? Premier appel à projet datant de 1995 et mise en service planifiée pour 2002. Vingt-cinq ans plus tard, c’est toujours… rien sauf des nuisances pour ceux qui ont subi les bribes de construction comme la percée du tunnel ferroviaire entre Schuman et Plasky.

Voilà un projet qui, dès son origine, était destiné à dissuader les centaines de milliers de véhicules individuels convergeant chaque jour vers la capitale et à éviter ainsi les problèmes de pollution et de mobilité qui n’ont fait que s’intensifier au cours des années.

Un service de trains efficace et garantissant un minimum de ponctualité ? comme tous les « services » publics aujourd’hui, la SNCB n’échappe pas à une « nécessité » de rentabilité. Les gares peu fréquentées sont donc fermées, les guichets disparaissent de celles qui restent en fonction. Aux heures de pointe, les trains sont bondés. Sachez aussi, par exemple, qu’aucun train direct ne relie Bruxelles, capitale de la Belgique et de l’Europe, à Wavre, ville du Premier Ministre. Pour rejoindre le chef-lieu de la province de Brabant wallon, il vous faudra transiter par Ottignies. Plus d’une heure de trajet sera nécessaire pour effectuer les trente kilomètres reliant les deux métropoles.

Des parkings de dissuasion ? De nombreuses villes en Belgique proposent des P+R, vastes parkings reliés directement à des lignes de transport en commun et proposant d’acquérir, à des tarifs très avantageux, un billet de tram, bus, métro valable pour un aller-retour dans la journée.

A Bruxelles ? rien de ce genre si ce n’est des zones de stationnement appartenant à la STIB avec des emplacements insuffisants et payants …

Des véhicules électriques ? D’aucuns vous vanteront alors, certes avec raison, les qualités environnementales des voitures électriques. Ce serait certes une bonne idée si, à l’instar d’une ville comme Amsterdam où des bornes de rechargement fleurissaient à tous les coins des canaux et des rues. C’est loin d’être le cas chez nous ! D’autre part, ces véhicules sont relativement chers et peu d’incitants, à l’exception d’une adaptation de la taxe de circulation sont prévus.

Ajoutons encore que si l’ensemble du parc automobile était remplacé par des voitures fonctionnant uniquement à l’électricité, la production de celle-ci devrait être accrue dans des proportions énormes. Comment faire face à une telle demande ? Centrales nucléaires ? on essaie de s’en débarrasser ! énergies fossiles ? plus personne n’en veut !

Sont-ils vraiment la solution écologique ?

Si on ne tient compte que de la production du véhicule, une voiture électrique est deux fois plus dommageable pour l’environnement qu’un véhicule thermique. Ceci s’explique par les matériaux intervenant dans la fabrication des batteries, comme le lithium par exemple, une ressource naturelle qui va commencer à s’épuiser au fil du temps.

L’origine de l’électricité utilisée est également un élément dont il faut tenir compte car il influence grandement l’impact écologique du véhicule : dans le cas où les véhicules sont construits dans des régions où le charbon est disponible en grande quantité, l’électrique serait même contre-productif…

 

Et les moyens de transport alternatifs ?1

Outre les monoroues, gyroroues, hoverboards, et skateboards électriques, c’est surtout la trottinette électrique qui a la cote et qui est devenue
en quelques mois un des moyens de déplacement favori de ceux qui se prétendent les plus écolos. Elle s’est imposée comme le moyen de locomotion à la mode dans des villes comme Bruxelles, Liège, Anvers et un peu partout en Europe. Elle envahit nos rues et surtout nos trottoirs (ce ne sont pas moins de 100.000 utilisateurs à Bruxelles aux dires de la société américaine Lime qui les loue) et, une fois dépassé le côté sympa de l’engin et le sentiment de liberté qu’il procure probablement à son utilisateur, ce sont surtout ses nuisances qui apparaissent. Elles sèment la pagaille sur les routes et les trottoirs. Cela fonctionne selon le système dit de « Free Floating » c’est-à-dire la mise à disposition par une société privée d’un parc de véhicules en location sans station de prise en charge et de dépose. On prend l’objet posé tel quel dans la rue, que ce soit un scooter, un vélo ou une trottinette. On se déplace avec. Et on le relâche où bon nous semble dans les limites géographiques autorisées par l’opérateur.

Si certains utilisent leur engin de manière respectueuse, il faut bien reconnaître que ce sont des exceptions : quelques-uns n’hésitent pas à emprunter les tunnels, roulent à des vitesses excessives sur les trottoirs et n’ont que faire des piétons, abandonnent la trottinette n’importe où puisqu’aucun point de dépôt n’est prévu sans se soucier des dangers qu’elle pourrait causer, … Faute de cadre légal en Belgique, c’est le chaos et les trottinettes apportent leur lot de dangers, que ce soit sur la route ou sur les trottoirs. En effet, ce nouveau moyen de transport est également une nouvelle source d’accidents.

Écologiques les trottinettes ? Pas si sûr !

Certes leurs émissions de CO2 par kilomètre parcouru sont très faibles et elles pollueraient 97% de moins que le trajet en voiture. Mais leur impact écologique est loin d’être nul ! n’en déplaise aux bobos !

Mais cela, c’est sans tenir compte de l’énergie dont elles ont besoin pour être chargées, la fabrication de leur batterie au lithium, loin d’être sans impact sur l’environnement, des trajets effectués par les camionnettes qui doivent les ramasser pour les recharger, les réparer et les remettre à disposition,

Comment cela fonctionne ?

Le rechargement des batteries fait partie de la face cachée de ce service ! Une partie des engins est prise en charge par des salariés des opérateurs chargés de la maintenance et de la recharge. Mais une autre partie est sous-traitée à des autoentrepreneurs. Ainsi, à la fin de chaque journée, des dizaines de chargeurs de trottinettes, appelés Juicers (les fournisseurs de jus), tentent de récupérer le maximum de trottinettes dans leur coffre ou souvent dans une camionnette de location pour les mettre charger chez eux ou dans des c compte de la fabrication de leur batterie au lithium qui est loin d’être sans impact sur l’environnement. Il faut encore ajouter que ces engins partagés,
outre le fait qu’ils sont souvent volés ou dégradés, ont une courte durée de vie. Même si les opérateurs rechignent à communiquer sur le sujet, on peut considérer que le véhicule survit entre un et six mois dans une ville avant d’être envoyé à la casse. Une étude la ville de Louisville aux USA va plus loin et estime que la durée de vie de la trottinette partagée est de 28 jours et que la distance parcourue par le véhicule est en moyenne de 227 kilomètres.2

Pourquoi une telle multiplication de ces engins ?

Le marché de la micromobilité est potentiellement énorme : plus de la moitié des déplacements en Chine, en Europe et aux Etats-Unis font
moins de 8 kilomètres, une distance idéale pour ce genre de véhicule. Le cabinet McKinsey estime qu’en 2030, il pourrait se situer entre 300 et 500 milliards de dollars.3

Mais la question est : veut-on réellement éradiquer la voiture ?

Double langage de nos dirigeants : vilains pollueurs, n’utilisez plus vos véhicules à moteur thermique, chers contribuables, aidez-nous à
remplir nos caisses grâce à vos taxes de circulation et aux accises sur les carburants.

La TVA sur les carburants a rapporté à elle seule 2,7 milliards d’euros en 2018. « La Belgique s’est engagée sur la voie de la disparition progressive du diesel. Les ventes de voitures à essence augmentent donc et, avec elles, le montant des recettes d’accises et de TVA, puisque ces véhicules consomment davantage de carburant que les voitures au diesel » explique Michel Martens, directeur du service d’études de la Febiac (fédération belge de l’automobile et du cycle). L’Etat est-il prêt à se priver d’une telle manne ? quant à l’automobiliste, il verra les taxes augmenter, il râlera un bon coup et tout continuera comme avant.

Haro sur le diesel

L’écologiste Jean-Marc Nollet déclarait à la RTBF, ce 10 septembre, à la suite de la participation de son parti au nouveau gouvernement wallon, vouloir limiter les émissions de C02 à 50 millions de tonnes d’ici à 2030 et dans le même temps jette l’opprobre sur les véhicules diesel.

Or, sachant qu’une voiture à essence consommant 6 litres aux 100 kilomètres, rejette 138g par kilomètre et qu’un véhicule diesel n’en produira que 130, on ne peut que s’étonner de l’acharnement à son encontre, d’autant que sa durée de vie plus longue et doit être prise en compte dans le calcul de la pollution. Ou est-ce justement sa plus faible consommation en carburant qui le rend fiscalement moins intéressant pour les caisses de l’Etat ?

Et les monstres des mers ?

Les paquebots modernes sont devenus de véritables villes flottantes futuristes, capables de transporter des milliers de passagers avec un coût énorme pour l’environnement.

L’industrie des croisières provoque des impacts variés – pollution de l’air, rejet d’eaux usées, carburants relâchés en mer, déchets alimentaires et plastiques, … Les émissions de soufre, néfastes pour la santé et dangereuses pour les espèces marines, sont l’une des inquiétudes majeures.

Une étude portant sur 203 bateaux de croisière naviguant au large des côtes européennes a montré que ceux-ci ont rejeté 20 fois plus d’oxyde de soufre que les voitures du continent.

C’est sans compter les dégâts qu’ils causent aux villes qui les accueillent – volontairement ou non – Venise en est un exemple emblématique ….

Et cependant, pas plus que les industries, les camions, … ils ne sont inquiétés !

Alors que chacun de son côté a une responsabilité vis-à-vis de la planète et des générations futures.

Les automobilistes mais aussi les camionneurs, les industriels, les avions, les agriculteurs responsables de la déforestation, la surproduction,

Dormez tranquilles, braves gens, l’avenir de l’humanité est entre les mains de nos dirigeants

Patricia Keimeul
Directrice FAML

1 Les EDPM (engins de déplacement personnel motorisés)
2 https://www.liberation.fr/planete/2019/03/07/une-trot tinet te-par tagee-a-une-duree-de-vie-de-28-jours_1713419
3 https://www.liberation.fr/planete/2019/03/07/une-trot tinet te-partagee-a-une-duree-de-vie-de-28-jours_1713419

Le Brexit, autopsie d’un pari raté

Les prémices d’un imbroglio

2009, le gouvernement travailliste de Gordon Brown approuve, par voie parlementaire, le Traité de Lisbonne. Alors chef de l’opposition, David Cameron avait plaidé pour l’organisation d’un référendum en vue de consulter les Britanniques préalablement à la ratification. À la suite de cela, il fait à ses concitoyens la promesse que plus aucun gouvernement de son pays ne pourra transférer davantage de compétences à l’Union européenne sans que le peuple ait été consulté.

Arrivé au pouvoir le 11 mai 2010, il se trouve immédiatement confronté aux eurosceptiques, de plus en plus nombreux, à l’intérieur même de son propre camp. De plus, une pétition signée par plus de 100.000 Britanniques oblige le Parlement à se prononcer sur la possibilité d’organiser un référendum sur l’appartenance du pays à l’Union européenne. Le résultat du vote est nettement négatif.

En 2012, alors que l’Union européenne fait un nouveau pas en avant dans son intégration, le premier ministre repousse l’idée d’une consultation populaire sur le sujet, préférant tenter une renégociation des relations entre son pays et l’UE.

Les bons résultats du UKIP, parti ouvertement indépendantiste, dans les sondages en 2013, poussent Cameron à envisager l’idée qu’un référendum pourrait être organisé après les élections si son parti en sortait vainqueur. Réélu confortablement en 2015, il tient la promesse faite en 2009 et programme le vote pour juin 2016. Lui reste alors un an pour obtenir de l’UE une nouvelle négociation du contrat qui les lie et arracher pour son pays de nouvelles exceptions aux règles européennes. Faute de quoi, menace-t-il, il fera campagne pour sortir de l’Union. « Cela va être dur. Je vais me battre pour la Grande-Bretagne. Je n’accepterai pas d’accord qui ne satisfasse pas nos exigences », déclarait-il.[1]

De longues discussions n’apportent que peu d’améliorations et Cameron n’obtient pas de ses partenaires le droit de ne pas être soumis aux prochaines réformes du fonctionnement initiées par l’Union.[2]

Tentant de concilier l’inconciliable, il appelle ses concitoyens à voter pour le maintien dans l’Union tout en clamant qu’il n’aime pas Bruxelles. Au sein de sa propre majorité, les « remain » et les « leave » se déchirent et cinq ministres ouvertement favorables au divorce sont maintenus dans le gouvernement.

Le 24 juin 2016 et alors que la veille encore, tous les sondages donnaient le clan des pro européens gagnant à 52% – Nigel Farage lui-même admettait à mots couverts sa défaite – l’impensable se produit : 51,9% des Britanniques ont choisi le camp du « leave » : Cameron a perdu son pari !

Pourquoi ce cataclysme ?

Dès le lendemain du vote, le premier ministre qui misait sur une victoire du « remain » annonce sa démission et renvoie à son successeur la tâche de concrétiser le désengagement du Royaume-Uni. Dès ce moment une crise sans précédent s’installe dans le pays. Trois ans plus tard, l’imbroglio est plus grand que jamais.[3]

Comment en est-on arrivé là ?

Plusieurs causes pourraient être identifiées. [4]

Dès leur intégration à l’Union européenne, les Anglais se sont sentis différents et à ce titre ont toujours exigé d’être considérés comme tels en revendiquant de la part des dirigeants européens un traitement particulier : refus d’abandonner la monnaie nationale au profit de l’euro, non intégration dans l’espace Schengen, …

D’autre part, une campagne électorale particulièrement démagogique, populiste voire mensongère a abusé de nombreux électeurs (beaucoup d’entre eux se sentant trahis réclament aujourd’hui la tenue d’une nouvelle consultation). Le leader du parti d’extrême droite Nigel Farage avait affirmé tout au long de sa campagne que le Royaume-Uni envoyait, chaque semaine, plus de 350 millions de livres sterling (environ 409 millions d’euros) vers l’Union européenne. Il promettait, en cas de victoire du Brexit, de rediriger cette somme vers le National Health Service (NHS), la sécurité sociale britannique.

Au lendemain du scrutin et face à deux journalistes de la télévision qui l’interrogeaient sur sa promesse, le patron du UKIP a été obligé de reconnaitre qu’il ne pourrait la tenir et qu’il s’agissait d’une « erreur de son parti ».[5]

Une certaine presse porte également une part de responsabilité dans ce fiasco pour avoir stigmatisé, tout au long des quarante années de présence du pays au sein de l’Union, la bureaucratie et le centralisme qui retirait au pays une part de sa souveraineté et qui faisait que toutes les décisions se prenaient à Bruxelles, ville devenue la bête noire de tous les eurosceptiques.

Sans oublier la responsabilité de David Cameron obligé de tenir une promesse qu’il pensait pouvoir négliger. C’était sans compter avec ses propres amis !

Quelles conséquences pour l’Union européenne et pour le Royaume-Uni ?

Même si le résultat d’un vote par référendum n’est pas juridiquement contraignant, David Cameron a déclaré que « la volonté du peuple britannique doit être respectée ».

Il doit alors annoncer la volonté de son pays de quitter l’Union comme l’impose l’article 5O du Traité de Lisbonne.

Les Européens attendent cette notification lors du Conseil européen des 28 et 29 juin qui se réunit en séance plénière extraordinaire afin de déterminer les étapes nécessaires au divorce. Une fois informé de la décision, il appartient au Parlement européen d’approuver l’accord conclu entre les deux parties.

Dès ce moment débute une période de deux ans destinée à la préparation de la sortie du pays, période pouvant être réduite si un accord est rapidement trouvé ou allongée moyennant l’accord unanime de tous les membres. Le scénario d’un accord rapide s’est très vite révélé improbable.

De très longues négociations sur les modalités du départ des Britanniques commencent. Elles sont menées par la nouvelle première ministre Theresa May. Elles auraient dû prendre fin le 29 mars 2019. Il n’en sera rien. Le Parlement britannique refuse à plusieurs reprises l’accord de divorce négocié en novembre 2018 avec les partenaires européens. C’est le début d’une crise institutionnelle au Royaume-Uni ! Acculée, la chef du gouvernement sollicite un nouveau délai pour la ratification de l’acte de séparation.

Lors du sommet européen du 10 avril 2019, le Royaume-Uni et les 27 se mettent d’accord sur une « extension flexible » jusqu’au 31 octobre pour la sortie définitive.

Que se passera-t-il à l’issue de ce délai ?

Trois options sont à envisager. Soit les Britanniques ratifient l’accord de divorce négocié avec les 27 et sortent de l’Union, soit ils renoncent au Brexit soit, et c’est le pire scénario, il n’y a pas d’accord, c’est le « no deal », à savoir une sortie sans accord, un Brexit dur, mettant à néant tous les espoirs d’une collaboration positive entre les ex-conjoints.

Conséquences de la sortie de la Grande-Bretagne

Elles sont beaucoup trop nombreuses pour être développées ici. Citons-en quelques-unes :

Une modification des rapports de force au sein de l’Union. Avec la sortie du Royaume-Uni, les tenants d’une ligne plus libérale perdent un pays très peuplé. Et le « bloc libéral », que composaient notamment le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou encore la République tchèque, passera de 25 % à 15 % de la population totale de l’Union européenne, nécessitant l’apport de voix complémentaires en cas de vote.[6]

À la suite des élections européennes de mai 2019, des décisions importantes doivent être prises. Il faudra élire les membres des institutions, élaborer le budget, l’agenda… quel sera le rôle des Britanniques, qu’adviendra-t-il de leurs députés ? nombreuses sont les questions mais rares sont les réponses.

Voyager et travailler au Royaume-Uni risque de devenir plus compliqué. Dès que le Brexit sera devenu effectif, il se pourrait qu’un visa devienne nécessaire pour se rendre dans le pays. De même, des restrictions liées au permis de travail pourraient être imposées tant pour les Anglais sur le continent que pour les ressortissants des 27 au Royaume-Uni.

Anticipant le retrait de la Grande-Bretagne de l’Union, plusieurs entreprises, banques, … basées su le sol britannique se sont délocalisées sur le contient. Et, même si c’est anecdotique, il faut signaler que plusieurs milliers de Britanniques, désireux de rester Européens se sont fait naturaliser dans d’autres pays. Ils sont environ 1500 en Belgique, tandis qu’en France, les demandes d’acquisition de la nationalité française ont augmenté de 131% en 2017 et de 119% en 2018.

Se trouvant de facto exclus des programmes Erasmus, il sera plus difficile pour les étudiants britanniques d’étudier à l’étranger. Si des accords sur ce sujet peuvent être trouvés, leur mise en place prendra du temps.

Quid de l’anglais comme langue de travail ? Selon toute vraisemblance, il devrait le rester. Il est, avec le français, la langue la plus utilisée au sein des institutions européennes mais aussi par les citoyens européens dont ce n’est pas la langue maternelle.

Quel sort pour les deux Irlande ?

L’Irlande du Nord s’est majoritairement prononcée contre le Brexit, son deuxième plus grand parti, le Sinn Féin, a annoncé vouloir organiser un référendum sur son indépendance.

La république d’Irlande (Eire) reste quant à elle membre de l’Union.

Un Brexit dur pourrait voir le rétablissement de la frontière physique entre les deux entités, mettant en péril les accords du Vendredi saint, accords ayant mis fin à trente ans de guerre civile en Irlande du Nord.

Le retour à une frontière physique pourrait également entraver la circulation des trente mille personnes qui transitent chaque jour entre les deux territoires ainsi que les échanges commerciaux qui s’élèvent à près de 40 millions d’euros entre les deux parties de l’île. L’ Irlande du Nord, vaste terre agricole, perdrait le bénéfices des fonds européens qui financent actuellement son agriculture à hauteur de 90%.[7]

Et l’Ecosse ?

Les Ecossais ont voté à 62% en faveur du maintien dans l’Union, remettant au goût du jour l’idée d’un nouveau référendum sur l’indépendance de la région. Lors d’une précédente consultation, les Ecossais avaient refusé le divorce d’avec le Royaume-Uni mais, estimant aujourd’hui qu’un « changement significatif par rapport aux circonstances de 2014, telle qu’une Ecosse tirée en dehors de l’Union européenne contre sa volonté », la première ministre Nicola Sturgeon déclare envisager l’organisation d’un nouveau référendum dans un avenir plus ou moins proche. L’avenir de l’Ecosse se trouve au sein de l’Europe, dit-elle.[8]

Élections européennes 2019, les Anglais votent !

Faute d’avoir fait adopter l’accord de divorce par le Parlement britannique, le Brexit, initialement prévu le 29 mars, repoussé au 12 avril et enfin au 31 octobre, la première ministre conservatrice Theresa May se trouve contrainte d’organiser les élections européennes, comme tous les autres pays membres mais promet d’annuler le résultat du scrutin si l’accord est adopté.

Grande-Bretagne devient synonyme d’Absurdie : comment concevoir que des citoyens soient amenés à élire des représentants auprès d’une institution qu’ils ont décidé de quitter ?

Comment concevoir qu’à la suite de ces élections, les députés européens britanniques seront amenés à siéger dès la première réunion du Parlement, le 2 juillet ? Ces mêmes députés perdant leur poste en cas de signature de l’accord de séparation !

Nigel Farage, celui par qui le Brexit arriva, déclarait lors de la campagne souhaiter « ridiculiser » les institutions européennes en installant au Parlement le plus de députés eurosceptiques possible. Pari gagné puisque son nouveau parti « Parti du Brexit » a remporté les élections ![9]

Vers un nouveau référendum ?

Un million de Britanniques ont défilé à Londres pour réclamer un nouveau référendum sur le Brexit, en pleine incertitude sur un nouveau vote de l’accord de divorce aux députés. De même, des pétitions en ce sens circulent sur les réseaux sociaux et recueillent des centaines de milliers de signatures.

L’option d’un second référendum avait été rejetée le 14 mars par la Chambre des Communes et rencontre aussi l’opposition de Theresa May qui, incapable de faire accepter par son Parlement l’accord conclu avec l’UE, annonce sa démission pour le 6 juin. Sept candidats sont en lice pour sa succession parmi lesquels Boris Johnson qui fait figure de favori et qui fut, avec Nigel Farage, l’artisan de la victoire du Brexit.

C’est la chienlit aurait dit le général

Un premier ministre, David Cameron, convaincu de conforter sa politique grâce à l’organisation d’un référendum, un chef de parti, Nigel Farage n’hésitant pas à mentir et à tromper un électorat manquant d’esprit critique, une nouvelle chef de gouvernement incapable de faire valider un accord longuement négocié, l’organisation d’élections européennes dans un contexte à tout le moins surréaliste, … tous les ingrédients sont réunis pour un véritable fiasco.

Ce qui devait n’être qu’une péripétie locale dont l’issue devait entériner le maintien de la Grande Bretagne au sein de l’Union aura finalement des conséquences sur l’ensemble de l’UE plongée dans l’incertitude depuis plus de deux ans.

Moralité : Il ne faut pas jouer quand on n’est pas sûr de gagner !

Patricia Keimeul

Directrice FAML

[1] https://www.lemonde.fr/international/article/2019/03/30/la-saga-du-brexit-saison-1-la-brouille_5443469_3210.html

[2]                 https://www.lemonde.fr/international/article/2019/03/30/la-saga-du-brexit-saison-1-la-brouille_5443469_3210.html

[3]                 https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/06/24/brexit-comment-david-cameron-s-est-laisse-prendre-a-son-propre-piege_4957423_4355770.html

[4]                 https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/06/24/brexit-comment-david-cameron-s-est-laisse-prendre-a-son-propre-piege_4957423_4355770.html

[5]                 https://www.lesoir.be/art/1249197/article/actualite/union-europeenne/2016-06-24/brexit-mensonge-nigel-farage

[6]                 https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/06/24/que-change-concretement-le-brexit-pour-le-royaume-uni-et-pour-l-europe_4957331_4355770.html#huit-anchor-le-brexit-modifie-t

[7]                 https://www.touteleurope.eu/actualite/brexit-quelles-consequences-pour-les-deux-irlande.html

[8]                 https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/06/24/que-change-concretement-le-brexit-pour-le-royaume-uni-et-pour-l-europe_4957331_4355770.html   

[9]                 https://www.rtbf.be/info/monde/detail_les-elections-europeennes-en-grande-bretagne-entre-incredulite-et-hostilite?id=10207220

L’Europe du XXIème siècle sera sociale

Ou ne sera pas …

François Mitterrand l’affirmait lors d’un discours prononcé à Lille en 1989, il n’y aura pas d’Europe, ou bien il faudra que cette Europe soit une Europe sociale.

Jean-Claude Junker confirme cette nécessité impérieuse lorsqu’il s’exprime sur « l’Etat de l’Union » en 2017. Il y appelle les Etats membres à « se mettre d’accord sur le socle européen des droits sociaux aussi rapidement que possible » et à « travailler à une union européenne des normes sociales ».[1] 

Un sondage réalisé en 2010 dans le cadre d’une étude fait apparaître que l’exclusion et la pauvreté font partie des préoccupations essentielles des citoyens européens qui estiment que la réponse sociale est la plus adaptée pour relever ces défis. [2]

L’idée d’une Europe sociale n’est pas neuve, loin de là. Dès les années 1973-74 et faisant suite à la période de forte croissance des « Trente Glorieuses », plusieurs crises et notamment celle du pétrole affectent l’Union, obligeant ses dirigeants à prendre des mesures pour répondre aux mouvements sociaux. [3]

Il n’existe cependant pas à proprement parler de politique sociale spécifique de l’Union, celle-ci relevant avant tout de la compétence des Etats qui entendent rester maîtres de leur destin en matière de droit au travail.   Même si la coopération est vivement conseillée, l’harmonisation des systèmes n’est pas à l’ordre du jour. Certains sont prêts à raboter les droits sociaux de leurs concitoyens afin d’unifier par le bas les droits des travailleurs. Les discussions belges autour de l’indexation automatique des salaires en sont un exemple parmi d’autres.

La nécessité de renforcer l’Europe sociale se fait ressentir encore bien davantage depuis son élargissement aux pays d’Europe centrale et orientale. Les écarts entre les pays en termes de salaire et de droits sociaux ont renforcé la concurrence sociale, menant à l’adoption, en 1996, d’une directive « détachement ».

Qui sont ces travailleurs détachés ?

Les disparités économiques mondiales flagrantes et l’accroissement de la mobilité internationale favorisent l’exploitation par le travail. Poussées par la situation économique qui règne dans leur pays, de plus en plus de personnes travaillent à l’étranger. Elles sont souvent prêtes à accepter des conditions de travail bien inférieures aux normes juridiques locales, mais meilleures que la pauvreté et le chômage auxquels elles cherchent à échapper.

Le risque d’exploitation de ces travailleurs est d’autant plus grand qu’ils se trouvent généralement isolés en raison de leur ignorance de la langue du pays d’accueil et par conséquent incapables de faire valoir leurs droits ou de demander protection.

On appelle donc travailleurs « détachés » des salariés envoyés par un employeur dans un autre État membre en vue d’y fournir un service de manière temporaire, ils n’y intègrent cependant pas le marché du travail.

L’article 31 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne est censée les protéger et leur garantir, à travers toute l’Union, « des conditions de travail justes et équitables ». Elle devrait en outre leur permettre de bénéficier, à l’intérieur de leur propre pays, de droits en vigueur dans l’Etat d’accueil à savoir un salaire minimal, des périodes maximales de travail et minimales de repos, des congés annuels payés d’une durée minimale. La sécurité au travail et l’égalité entre hommes et femmes font également partie des obligations de leur employeur.

La directive détachement devait empêcher le dumping social qui consiste pour les employeurs étrangers à proposer leurs services à tarifs nettement inférieurs à ceux des prestataires locaux.

Une directive d’exécution approuvée en 2014 renforce les règles concernant la fraude, le contournement de la législation et l’échange d’informations entre les Etats membres.

Une proposition de révision de cette directive est déposée en 2016. Il faudra attendre juin 2018 pour qu’elle soit adoptée par la Commission.

Trente ans plus tard où en sommes-nous ?

Il faut constater que la directive de 1996 qui entendait offrir une protection aux travailleurs détachés, a été incapable de lutter efficacement contre le dumping social. Le résultat est à l’opposé de celui espéré puisqu’il permet à certaines entreprises de pratiquer une « optimisation sociale ». Ainsi les travailleurs du bâtiment en provenance des pays de l’Est sont payés au salaire minimum dans le pays où ils effectuent leurs prestations et dépendent des lois sociales de leur pays d’origine, ce qui, à la fois, instaure une situation de concurrence déloyale à l’égard des travailleurs nationaux mais néglige aussi les conditions de travail de ces salariés privés de dignité humaine, bien souvent entassés dans des logements insalubres (ou qui en sont proches) et loués par leurs patrons à des prix prohibitifs.[4]

La construction n’est pas le seul domaine impacté.

En Belgique, comme partout en Europe, la cueillette des fruits est le fait de travailleurs étrangers. Certains employeurs peu scrupuleux n’hésitent pas à commettre des infractions aux lois sociales en les faisant travailler jusque douze heures par jour, en négligeant le repos hebdomadaire et en leur versant des salaires inférieurs au salaire minimum déjà très bas. Ils sont souvent logés, eux aussi, dans des conditions indignes et se voient régulièrement refuser des congés ou des arrêts pour maladie, ils ne sont pas rémunérés pour leurs heures supplémentaires, …

La nouvelle directive doit permettre de lutter contre le dumping social en offrant à ces travailleurs le droit d’obtenir la même rémunération que leurs collègues locaux et en limitant à 24 mois la durée de leur détachement. Il faut savoir que l’écart de salaire minimum entre les différents Etats de l’Union qui était de 1 à 3 avant l’incorporation des pays de l’Est est passé de 1 à 10 dans l’Europe des 28.

La proposition de révision de la directive est appréciée très positivement par les pays occidentaux au premier rang desquels la France, la Belgique et l’Allemagne qui y voient une réelle opportunité de lutter contre la concurrence déloyale dont ils sont les victimes.

A l’inverse, les pays d’Europe orientale dénoncent une entrave à la libre-circulation des personnes et invoquent une atteinte au principe de subsidiarité, ce qui a eu pour conséquence de bloquer la réforme pendant plusieurs mois.

À l’issue de longues et difficiles négociations, le Parlement approuve le compromis conclu avec le Conseil. La nouvelle directive est adoptée formellement le 29 mai 2018.

Elle reconnait le principe « à travail égal, salaire égal, sur un même lieu de travail », l’application des conventions collectives du pays d’accueil aux travailleurs détachés, qui pourront ainsi bénéficier des mêmes droits et avantages que les nationaux, la limitation à 12 mois du détachement.

Est en revanche exclu du champ d’application de la directive, le secteur des transports routiers qui doit faire l’objet d’un texte spécifique.

Même si Juncker veut faire croire à sa volonté politique de créer une Europe sociale, celle-ci reste secondaire dans son discours par rapport aux questions économiques, monétaires et sécuritaires.

Or, la politique sociale constitue, avec la politique migratoire, une des préoccupations essentielles des citoyens européens qui se sentent peu entendus.

Conséquences

Les déséquilibres sociaux enregistrés aujourd’hui dans de nombreux États membres nourrissent la contestation sociale et l’euroscepticisme.

Les résultats des dernières élections européennes et la montée des partis populistes et eurosceptiques confirment le malaise ressenti par nombre d’Européens qui ne perçoivent pas l’Europe comme une réponse aux défis sociaux mais comme une construction centrée sur des préoccupations et sur une volonté de cohésion essentiellement économiques.

Les populistes du Parti du peuple danois conduits par Morten Messerschmidt et arrivés en tête des élections de ce mois de mai, ont bâti leur succès, entre autres, sur la lutte contre le dumping social. De la même manière, en France le Rassemblement National de Marine Le Pen devenu le premier parti du pays à l’issue du scrutin, dénonçait notamment les effets « délétères » de la directive détachement. Voici deux exemples parmi d’autres.

Même si un socle européen des droits sociaux a été adopté en 2017, celui-ci constitue davantage une grille de lecture pour évaluer les politiques sociales des Etats membres en se basant sur le plus petit dénominateur commun. Le texte n’a pas de valeur coercitive pour accroître les droits sociaux alors que l’OIT (organisation internationale du travail) conseille une harmonisation vers le haut des droits sociaux.[5]

Les citoyens attendent de l’Europe qu’elle soit active sur les sujets de santé, d’environnement, du travail, de l’emploi et qu’elle bénéficie aux plus précaires, notamment les jeunes, dont certains y voient une menace plutôt qu’une opportunité.

C’est à ce prix que leur sentiment de déconnexion s’atténuera.

Patricia Keimeul
Directrice FAML

[1]                 http://www.aedh.eu/leurope-sociale-volonte-citoyenne/
[2]                 EUROSTAT, Eurobaromètre spécial : exclusion et pauvreté, Bruxelles, février 2010

[3]                 http://www.aedh.eu/tag/europe-sociale/

[4]                 Le dumping social, ennemi intérieur de l’Europe, Mis en ligne le 23/10/2017 à 13:20 Par Robert Vertenueil, secrétaire général de la FGTB; Marie Arena, eurodéputée (PS), Frédéric Daerden, député fédéral (PS) et Christie Morreale, députée wallonne (PS).

[5]                 https://www.euractiv.fr/section/economie/opinion/construisons-ensemble-leurope-sociale-de-demain/

De quoi le populisme est-il le nom ?

Le regain de l’utilisation du terme du populisme a discrètement atteint ses trente ans sans que les contenus de la notion aient pour autant été éclaircis malgré une littérature abondante. Trente années d’un usage laborieux devraient inciter à en admettre l’intérêt très limité pour comprendre les transformations à l’œuvre au sein des sociétés européennes, voire américaines.

Aux alentours de 1989, la notion de populisme était réapparue pour tenter de qualifier la figure populaire et nationaliste de Boris Eltsine qui avait défait les rêves de Mikhail Gorbachev de préserver un régime fédéral sur les décombres de l’Union soviétique. Elle fut ensuite étendue à de nouveaux partis de l’ancienne « Europe de l’Est » qui, comme le parti polonais des amis de la bière, ne se réclamaient d’aucune famille ou doctrine typique des régimes occidentaux.

Elle n’était pas neuve pour autant. Elle resurgit en fait régulièrement au sein des sciences politiques lorsque celles-ci sont confrontées à la difficulté d’identifier et de nommer une mutation dans le système politique. Mobilisée probablement pour la première fois au XIXème siècle pour qualifier une opposition rurale, quasi simultanée aux USA et en Russie, à la modernisation industrielle, elle s’enracine de façon plus durable dans les débats sur la nature des régimes sud-américains, notamment dans l’Argentine des époux Peron. Ces régimes présentent alors l’anomalie de fonctionner dans le cadre de régimes dont les institutions sont inspirées de l’Europe et des USA tout en présentant un caractère à la fois populaire et autoritaire.

Le vocable de populisme est aujourd’hui de retour dans l’hémisphère nord.

Il n’a pas fallu 5 ans pour que, d’abord appliqué aux forces nouvelles issues des révolutions démocratiques de 1989-1991 à l’Est, il le soit ensuite à l’Ouest. A tout Cavaliere, tout honneur, Silvio Berlusconi devait être le premier à être qualifié de « populiste ». La liste s’est allongée depuis. Très hétérogène, voire hétéroclite, elle comporte tant de nouvelles formations politiques comme Forza Italia, la Ligue du Nord  et le mouvement 5 étoiles dans la péninsule ou le Party voor de Vrijheid  de Geert Wilders et le Forum voor Democratie de Thierry Baudet que de plus anciens partis dont les nouveaux leaders changent les inflexions du discours électoral. Que des leaders aussi différents que Marine Le Pen, Donald Trump ou Jeremy Corbyn puissent être qualifiés de populistes confirme le peu d’intérêt de la notion.

La mise à nu des transformations politiques typiques de ce que, dans un passé proche, un politologue comme Jean-Louis Quermonne pouvait qualifier de « régimes politiques occidentaux », demande une prise de recul et une mise au placard du terme du populisme.

Trois constats peuvent alors être posés.

D’abord, le bouleversement des relations internationales qui s’accomplit entre 1989 et 1991 n’a pas eu pour seul impact, au plan national,  l’effondrement des partis communistes de l’Est et de l’Ouest de l’Europe. Il inaugure  une recomposition, plus large et toujours en cours, des systèmes politiques des États au sein desquels se cristallise un clivage entre partisans et adversaires d’un renforcement de pouvoirs supranationaux comme l’Union européenne et d’une libéralisation des échanges mondiaux. Les circonstances de l’élection de Donald Trump à la présidence américaine démontrent qu’avec un peu de retard, la même tendance est à l’œuvre aux USA où les nouveaux accords de libre-échange inspirés par Bill Clinton comme l’autorité du pouvoir fédéral sur les États membres de l’Union sont autant matières à débats que l’avenir de l’Obamacare.

Ensuite, la famille politique traditionnelle qui subit de plein fouet une crise d’adhésion, après une phase de lente érosion,  est sans conteste la social-démocratie dont les partis phares en France , en Italie ou en Allemagne sont en déclin. Si les bons résultats dans les urnes ou les sondages des partis sociaux-démocrates en Espagne, au Portugal ou en Finlande montrent que la thèse de la disparition définitive de cette famille politique en Europe est excessive,  l’affaiblissement généralisé est indéniable. Cet affaiblissement s’exprime dans les résultats électoraux, mais également dans une incapacité à adapter le discours politique à l’évolution des enjeux et des attentes. Au cours d’un long XXème siècle, tout en conservant  la dénomination historique de « socialiste » empruntée aux doctrines politiques nées de la révolution industrielle , les partis de la gauche réformiste avaient, à plusieurs reprises, radicalement modifié leurs projets.  Ils avaient d’abord abandonné le discours étatiste marxisant de la fin du XIXème siècle pour contribuer, à l’intérieur d’un consensus avec d’autres forces démocratiques, à  une gestion efficace de l’économie de marché sur les bases du libéralisme keynésien et de la concertation sociale . Ensuite, en difficulté lorsque la généralisation de l’inflation grippe la mécanisme keynésienne à l’échelle nationale, ils avaient, sous les impulsions successives de François Mitterrand, Tony Blair et Gerhard Schröder, adhéré à un projet européen estimé capable de rétablir, grâce aux institutions communautaires,  une orientation sociale au développement capitaliste. Aujourd’hui, la situation de cette gauche pro-européenne incapable de convaincre est difficile.  D’abord, parce qu’elle est exposée à la concurrence de nouveaux partis réformateurs plus radicaux qui ne parviennent que très partiellement à en récupérer l’électorat et sont peu enclins à s’allier avec elle. Ensuite, parce que ses électeurs traditionnels,  salariés et chômeurs, démentent la thèse marxiste de la conscience de classe internationaliste. Ils apportent leur soutien à de nouvelles droites qui développent un discours axé sur les thèmes de la protection culturelle et sociale  de la nation à l’intérieur d’un monde globalisé . Le phénomène touche un nombre croissant de pays sans qu’il permette pour autant au même rythme, hormis en Hongrie et en Italie, la constitution  de majorités électorales.

Enfin, la troisième caractéristique des transformations sociales que nous vivons, et que le terme de populisme occulte, est de loin la plus inquiétante . Elle se traduit en effet par un retrait des citoyens par rapport à la sphère politique, accompagné de la diffusion d’un discours simpliste sur la trahison des élites. Concrètement,  la participation électorale et l’affiliation aux partis et aux syndicats est en baisse en Europe depuis plusieurs années alors que les uns comme les autres sont les piliers de la consolidation de la démocratie depuis 1945. L’engouement récent des citoyens pour des rassemblements des défilés qu’ils prennent généralement soin de définir comme des « marches » plutôt que des manifestations pourrait signifier une inversion de la tendance. Reste que la direction de cette tendance est encore à découvrir.

Il est difficile de dire dans quelle mesure les élections européennes qui viennent d’avoir lieu constituent un bon indicateur des tendances à l’œuvre dans les systèmes nationaux. Leurs résultats fournissent toutefois plusieurs pistes d’interprétation.

L’une confirme le peu d’intérêt du terme de populisme tel qu’il est employé dans les médias: nous n’avons pas assisté à un bouleversement du champ politique par un nouvel acteur, mais à une affirmation du caractère multipartite des systèmes nationaux comme de la structuration du parlement européen. Au sein de ce dernier, l’alliance de la démocratie-chrétienne et des socialistes réformistes cédera vraisemblablement la place à un jeu complexe incluant les libéraux et les écologistes.

Une autre surprend parce que les élections européennes viennent aussi de montrer la faiblesse de ce qui était parfois appelé un « populisme de gauche ». Incarné par la « France Insoumise » de Jean-Luc Mélenchon, le Labour Party de Jeremy Corbyn ou Podemos, il avait ressuscité  la défiance par rapport à la construction européenne et une conception strictement antagonique des rapports socio-économiques caractéristiques du gauchisme des années 1970. Si le déclin de ces formations devait se confirmer, il signifierait une réconciliation de la gauche et du projet européen et la fin de l’exposition de celle-ci à une tentation nationaliste. Reste que l’état de santé de la social-démocratie est très variable selon les États considérés et que sa capacité à convaincre à partir d’un projet collectif de portée internationale est loin d’être rétablie.

Enfin, et ceci permet de terminer par une note d’espoir, les élections européennes ont enregistré une légère augmentation de la participation électorale. Espérons y trouver les prémices du réveil citoyen qui serait l’antidote à l’hystérisation du comportement des masses ou des « peuples » par des tribuns. Il est temps que des débats succèdent aux marches. Le cas français en montre la possibilité tout autant que la difficulté.

Christophe Sente
Docteur ès Sciences politiques de l’ULB

Sans gluten, sans lactose, sans sucre, sans graisse, sans calories, …

A quoi ressemble notre alimentation aujourd’hui ?

Véritable fléau mondial, « la malbouffe », souvent à l’origine de maladies liées au surpoids ou à l’obésité comme le diabète, l’hypertension artérielle, … est largement influencée par notre environnement et notre mode de vie.

La restauration rapide et les plats préparés, généralement riches en graisse, sucre, sel ou autres produits chimiques (additifs, conservateurs, colorants, …) ont, pour de nombreuses familles, remplacé le « fait maison ».

A côté de cela, un nombre croissant de consommateurs plus soucieux de leur santé ont commencé à prendre conscience du danger que leur faisait courir l’industrie agro-alimentaire et se tournent davantage vers une alimentation naturelle saine et de proximité. Il existe incontestablement un regain d’intérêt pour ce qui est défini comme bon pour la santé, authentique, à savoir ce qui provient du cycle naturel de nos campagnes environnantes. Cette quête du manger « sain et naturel » s’est ainsi érigée en modèle alimentaire induisant de nouveaux comportements et modes de consommation et d’achats, plus respectueux de l’homme, de la biodiversité et des terres.

Se présentant comme les meilleurs, promoteurs de médecines alternatives, diététiciens, spécialistes auto-proclamés, … mettent au point des régimes prônant un retour à une alimentation (pseudo) naturelle. Les stars américaines, les blogueuses – influenceuses – leur font une publicité qui les rend incontournables pour tout quiconque se targue de prendre tant soit peu soin de sa santé.

Que ce soit le végétalisme qui limite l’alimentation à la consommation de végétaux, le véganisme qui interdit non seulement l’ingestion de toute protéine animale (pas de produits laitiers, pas d’œufs, pas de miel,…) mais refuse aussi l’utilisation de tout ce qui provient, d’une manière ou d’une autre, de l’animal (on ne porte pas de laine, de cuir, …), ou au contraire le régime hyper protéiné, que ce soit le régime préhistorique basé sur l’alimentation de nos ancêtres, le « crudivorisme »  dans lequel on ne consomme que des aliments crus, le sans gluten, sans lactose, sans sel, sans sucre, le tout bio, le régime « unicolore » (on ne mange que du vert,…), le jeûne périodique censé éliminer les toxines, …  chacun des adeptes de ces régimes tente de convaincre le consommateur que ce qu’il propose est le meilleur choix possible pour sa santé.

Les modes et les régimes se succèdent à un rythme effréné, les nouveaux faisant passer les plus anciens pour des hérésies.

Après l’engouement pour le magnésium, après celui pour les omégas 3, après le régime sans beurre suivi du retour en grâce de celui qui accompagne si bien nos tartines, après le régime dissocié (on mange de tout mais séparément) pour ne citer qu’eux, voici ceux du sans gluten, du sans lactose, …

Alors bons ou dangereux pour la santé ?

Entre effet de mode et réponse à une pathologie, les régimes restrictifs attirent de nombreux adeptes, pas toujours avertis.

Améliorer sa santé grâce à des régimes miracles, quoi de plus tentant ?  Vouloir préserver la nature, cesser d’infliger de la souffrance aux animaux d’élevage, … ne peut qu’inspirer le respect.

Cependant, tout intéressantes qu’elles paraissent, ces nouvelles pratiques alimentaires ne sont pas toujours sans danger.

Les partisans du sans gluten et du sans lactose sont, en raison de prétendus risques allergiques, de plus en plus nombreux. Or, il faut savoir que l’intolérance au gluten ou maladie cœliaque ne touche que très peu de personnes (entre 0,5 et 1% de la population occidentale) qui, elles, encourent un véritable danger en cas d’absorption et risquent un lymphome au niveau de l’intestin.

Au contraire, loin d’être salutaire, la privation de gluten pour les sujets sains peut s’avérer dangereuse. Des études réalisées notamment par les Universités de Harvard et de Colombia mettent en évidence les dangers qui peuvent résulter de la mode du sans gluten : augmentation du risque d’attaque cardiaque en raison d’une alimentation qui comporterait moins de graines protectrices, augmentation du risque de développer un diabète de type 2.

Quant à ceux qui prétendent mieux digérer ou maigrir, ils se fourvoient, selon le docteur Florence Foucaut : « En fait, ils ont juste arrêté les féculents, le pain, les gâteaux. Forcément, ça fait perdre du poids ».[1]

Quant au lait, il se voit lui aussi accusé de provoquer une série de maladies alors qu’à ce jour aucune analyse scientifique sérieuse n’a pu amener la preuve d’un risque quelconque pour la santé.

Si les régimes végétariens (sans viande et sans poisson) et végétaliens (sans aucun produit d’origine animale) suscitent un véritable engouement notamment à la suite des scandales successifs qui ont entaché l’industrie agroalimentaire allant de la vache folle à la peste porcine en passant par la grippe aviaire, les lasagnes à la viande chevaline,  par les conditions horribles d’élevage dans les fermes-usines et par les scènes de cruauté filmées dans certains abattoirs,… à quoi il faut ajouter la présence dans la viande et le poisson de substances chimiques comme des métaux lourds (mercure dans le poisson,…), d’OGM, d’hormones de croissance, d’antibiotiques, ils ne sont pas toujours sans danger pour la santé.

Une consommation excessive de viande rouge peut certes être à l’origine de maladies cardiovasculaires et de cancers notamment du colon et des intestins mais l’absence de protéines animales provoque quant à elle des carences en vitamines B12 et D, en oméga 3, en fer dont le défaut peut provoquer de l’anémie,  …

Les protéines animales nous apportent une variété inégalable d’acides aminés dont certains sont indispensables parce que nous ne savons pas les fabriquer.[2]

Un régime végétalien va nécessiter de consommer énormément de végétaux et qui dit végétaux dit fibres, et celles-ci ont pour effet collatéral de piéger certains minéraux et vitamines, empêchant leur assimilation par l’organisme. Sans compter l’inconfort intestinal qu’une alimentation très riche en fibres peut induire. En outre, il y a un risque accru d’anémie, la viande étant une source incomparable de fer facilement assimilable.

De plus, pour éviter une carence en vitamine B12, un végétalien devra compenser par des compléments alimentaires qui proviendront du système digestif des ruminants, puisqu’on ne sait pas la synthétiser artificiellement.

L’adulte peut s’en sortir avec peu de protéines animales car son organisme est incroyablement adaptable mais il n’en va pas de même pour l’enfant ou le vieillard qui encourent un grand risque de malnutrition et de multiples carences.

Pour de nombreux consommateurs, un aliment naturel – non transformé – est forcément synonyme de sain et d’écologique or, les polémiques récentes autour de l’huile de palme et du soja montrent que ceux-ci ne sont pas aussi bons qu’on le pense.

Aujourd’hui, le soja en raison de sa richesse en protéines et sa faible teneur en graisse, attire des consommateurs en quête d’une alternative aux produits substitutifs à la viande et aux protéines animales comme le steak végétal, le tofu, le lait végétal, … Toutefois, sachant que le soja contient des perturbateurs endocriniens (phyto-œstrogènes) capables d’influer sur le système hormonal, il est recommandé aux adultes de limiter leur consommation à 60 mg par jour, soit l’équivalent d’environ deux verres de lait de soja. Il est vivement déconseillé aux enfants de moins de trois ans.[3]

De plus, il faut savoir que cette plante, utilisée par les éleveurs européens et dans les produits industriels comme additif alimentaire, provient en grande partie du Brésil et d’Argentine et est généralement issue d’une production transgénique qui est la norme dans ces pays. Lorsqu’on sait que Bayer a racheté les semences génétiquement modifiées de Monsanto qui risquent donc de voir leur usage intensifié en Europe, il y a de quoi trembler !

Quant à l’impact environnemental négatif – déforestation – de la production de l’huile de palme, il n’est plus à démontrer. Or celle-ci se trouve en tant qu’additif alimentaire dans bon nombre de denrées appartenant non seulement à la filière conventionnelle mais aussi à la filière bio.

Et les compléments alimentaires, utiles ou dangereux ?

Mincir sans effort, faire disparaître ses rides, avoir un joli teint bronzé, mieux dormir, …  les compléments alimentaires promettent beaucoup et connaissent un réel succès auprès de consommateurs qui en attendent des bienfaits pour leur santé. En quelques années, les gélules dédiées au bien-être ont envahi les rayons des pharmacies et parapharmacies. Secteur en pleine croissance, il représente en France plus d’un milliard et demi d’euros annuels et ce sont chaque année près de 500 nouveaux produits qui apparaissent sur le marché.

Vendus sans ordonnance, leur mise sur le marché ne nécessite aucune autorisation préalable. Certains d’entre eux peuvent même s’avérer dangereux car élaborés à partir de plantes qui ne sont pas toujours inoffensives. C’est le cas par exemple du millepertuis utilisé dans le traitement de la dépression et dont l’interaction avec d’autres médicaments peut être risquée.

Les allégations « santé » présentes sur les boîtes doivent cependant être validées par l’Agence européenne de sécurité alimentaire. Mais pour vanter toujours plus les mérites de leurs produits, certains fabricants ont trouvé une parade : le « dispositif médical » qui les dispense de toute formalité d’agréation.[4]

Si certains peuvent être nocifs pour la santé, d’autres n’ont d’effet que celui d’un placebo.

Quant aux produits censés faire perdre du poids, leur efficacité est très variable. deux études présentées au Congrès international sur l’obésité qui s’est tenu à Stockholm du 11 au 15 juillet 2010, montrent l’inefficacité de ces produits.

Particulièrement ciblés pour leur éventuelle dangerosité, les produits vendus sur internet.

Le « magazine de la santé » a procédé à l’analyse de quelques-uns de ces produits étiquetés « 100% naturels ». Les premiers sont des poudres amaigrissantes. L’analyse révélera que, loin d‘être naturelles, les gélules contenaient des médicaments, le premier étant un coupe-faim interdit à la vente depuis 2010 pour avoir provoqué des morts et le second, un laxatif lui aussi retiré du marché.

L’analyse a également porté sur des compléments destinés à favoriser l’érection et a révélé la présence de Viagra et de Cialis lui aussi utilisé dans le traitement des troubles érectiles et dont l’interaction avec des médicaments pour le cœur peut s’avérer très dangereuse.[5]

Le service de la répression des fraudes révèle que 80% des produits vendus sur internet sont frauduleux.

Une alimentation équilibrée et de qualité est à même de nous apporter tous les nutriments nécessaires à la préservation de notre santé sans qu’il soit besoin d’avaler moultes pilules.

Un business lucratif

Dans tous les cas, qu’ils soient justifiés ou non par des intolérances alimentaires ou des considérations morales, tous ces régimes nourrissent indéniablement un business très lucratif. A l’instar du « sans gluten » et du « sans lactose », ils fonctionnent pour la plupart par l’exclusion – « sans protéines », « détox » ou « sans toxines », … et ces mots font vendre. En effet, le consommateur, persuadé du bénéfice santé, se retrouve prêt à payer plus cher des produits qui ne sont pas forcément meilleurs pour la santé que du contraire !

Le consommateur doit prendre conscience que nombre des régimes miracles qui lui sont « vendus » sont élaborés sans aucun fondement scientifique et peuvent l’exposer à des carences parfois très graves.

Conclusion

C’est quand on mange de tout, avec modération, que l’on se situe le plus loin possible du risque de carences. L’être humain est omnivore ! certes les végétaux tiennent une place importante dans notre alimentation mais le poisson ou les œufs sont aussi d’excellentes sources de protéines animales, en alternative à la viande rouge qui apporte en plus la vitamine B12 et le fer dont nous avons besoin.

Quant aux compléments alimentaires, beaucoup sont totalement inutiles voire dangereux.

L’essentiel est de manger équilibré en respectant le plus possible les circuits courts et bio et surtout de ne se priver d’aucun groupe d’aliments.

Patricia Keimeul
Directrice FAML

 

[1]https://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/les-dangers-des-regimes-sans_2045329.html

[2]  http://sante.lefigaro.fr/actualite/2015/10/26/24247-alimentation-sans-proteines-animales-difficile-deviter-carences

[3] https://www.adeic.fr/2016/12/20/lemergence-de-nouveaux-modes-alimentaires-de-consommation-dachats/

[4] https://www.allodocteurs.fr/alimentation/complements-alimentaires/complements-alimentaires-utiles-ou-dangereux_1593.html#paragraphe1

[5]https://www.allodocteurs.fr/alimentation/complements-alimentaires/complements-alimentaires-utiles-ou-dangereux_1593.html#paragraphe1

Sécurité alimentaire et croissance démographique: un défi humain à notre portée

Les quelques décennies qui sont devant nous seront décisives pour l’avenir de l’humanité et nous sommes dès aujourd’hui confrontés à des choix fondamentaux. Il s’agira en effet d’accroître le volume de nos productions agricoles de manière à nourrir une population mondiale qui va continuer à croître rapidement. Et dans le même temps, faire face à des contraintes environnementales qui vont impacter nos modes de consommation alimentaire et nos politiques de santé publique.

Passer de 7,5 à au moins 11 milliards d’habitants en 2100

Selon les diverses projections démographiques, nous devrions être entre 11 et 12 milliards d’habitants en 2100. La bonne nouvelle est sans doute que les taux de fécondité à travers le monde ont considérablement chuté depuis une trentaine d’années. C’est dans ce contexte que certains proposent une autolimitation volontaire des naissances de manière à réduire l’impact humain sur l’environnement. Tandis que d’autres au contraire nous prédisent l’imminence d’un recul démographique en s’inspirant des conséquences de la politique de l’enfant unique en Chine.

La forte inertie des courbes démographiques nous laisse percevoir que ces deux positions extrêmes sont peu significatives : les comportements des populations en matière de fécondité évoluent au cours du temps, mais aucun changement brutal de tendance ne peut être observé sur le court terme. Le débat portant sur ce qu’il convient d’entreprendre de manière à stabiliser la population mondiale de manière soutenable nous ramène à un vieux débat : celui entre Malthus et Marx.

Au cours des années ’70, les thèses malthusiennes portant sur un écart insurmontable entre croissance géométrique de la population et croissance arithmétique des surfaces agricoles ont été redébattues. Entre autres grâce au Rapport sur les limites de la croissance du Club de Rome. Cecidans un cadre marqué par la crise pétrolière, les dimanches sans voiture et les premières alarmes environnementales touchant à une extension prévisible de la croissance et du bien-être à l’ensemble de la population mondiale.

Les régimes communistes de l’époque – ainsi que l’essentiel de la gauche démocratique en Europe – plaidaient en faveur d’une approche productiviste. Ainsi qu’en insistant sur la réduction des inégalités sociales et sur la lutte contre la pauvreté en tant que cause majeure du galop démographique.

Le planning familial : laissez-faire, ou coercition ?

Ce débat touche bien évidemment au dilemme suivant : faudra-t-il se contenter du laissez-faire en matière de natalité, ou bien au contraire se reposer sur des méthodes coercitives de limitation des naissances ? Plutôt que de trancher entre ces deux choix extrêmes, il importe sans doute de retenir quelques-uns des paramètres qui semblent avoir déjà fait leurs preuves. Tout d’abord, le niveau d’instruction des filles dans chacun des pays concernés semble jouer dans la plupart des cas un rôle déterminant. Ensuite, l’accès aux soins de santé primaire et la mise à disposition de méthodes contraceptives efficaces grâce à un réseau de dispensaires accessibles sur l’ensemble des territoires. Enfin, une meilleure circulation des échanges portant sur des technologies aux diverses situations de terrain : à titre d’exemple, on peut aujourd’hui envisager la livraison de pilules contraceptives dans les villages les plus reculés grâce à des drones. Mais pouvoir tirer le meilleur profit de ces trois déterminants suppose des structures étatiques bien organisées et également une synergie efficace avec le secteur privé. Ceci en devant toujours garder présent à l’esprit que les populations les plus pauvres devront se voir garanti un accès effectif à ces divers services.

Changement climatique et production alimentaire

Si la production alimentaire devra suivre la croissance de la population, un troisième facteur ne peut que s’imposer à l’attention : la préservation de notre environnement face à un double défi. Tout d’abord, le changement climatique et ses impacts sur la production agricole. Et ensuite l’impact des diverses pollutions sur les sols et les océans.

S’agissant du changement climatique, la croissance des températures aura pour effet le déplacement de certaines cultures. Mais également un impact sur le régime des précipitations, à savoir soit des sécheresses, soit une pluviosité accrue. Il est donc décisif que les paysans puissent s’y adapter. A cet égard, il semble essentiel de prévoir la mise en place de banques de semences de cultivars traditionnels à mettre à disposition des agriculteurs : en effet, pouvoir en fonction du climat attendu disposer d’une gamme plus étendue de types de récoltes possibles est une méthode qui a fait ses preuves dans le passé. Mais tout aussi importante restera la pérennité d’une agriculture vivrière de subsistance face à des culturesde rente. En effet, seule une agriculture vivrière est à même de garantir une gestion pondérée des sols et des intrants fertilisants. Il importe par ailleurs de mettre fin à l’importation de produits agricoles à prix subsidiés qui tuent l’agriculture paysanne locale et poussent à l’exode vers les villes. Des terres désertées deviendront en effet impropres à tout usage agricole.

Quant aux océans, leurs ressources halieutiques sont aujourd’hui à la peine à cause de la surpêche, mais également suite à la mise en décharge en milieu marin de nombreux polluants. Métaux lourds et micro-particules de plastic, entre autres. Tout comme s’agissant de l’agriculture vivrière, la pêche artisanale nécessite une maind’oeuvre considérable et les produits de la mer constituent la principale source de protéines pour des centaines de millions d’habitants. Il serait donc plus que souhaitable que la pêche vivrière soit mieux protégée de la pêche industrielle – leplus souvent étrangère – qui prélève le plus gros des ressources halieutiques le long des côtes des pays concernés. Toute extension des limites des eaux territoriales nationales serait ici bien utile.

 

Croissance démographique et idéologie

Nous avons vu que les tenants d’une gauche productiviste sont pour l’essentiel anti-malthusiens : à leurs yeux, seule une réduction de la pauvreté permettra – à terme – de freiner la croissance démographique. Le socialisme et l’égalité seront sensés y pourvoir. La question reste bien entendu de savoir si – et dans combien de temps – une telle réduction marquée des inégalités deviendra possible. Et si nous pouvons nous permettre de l’attendre.

Par ailleurs, le « croissez et multipliez » est également de mise s’agissant de l’Eglise catholique dans cette même logique – assez abstraite – de
réduction des inégalités. Mais la défense inconditionnelle de toute forme de vie humaine dès la conception est bien évidemment au coeur du débat s’agissant des diverses confessions chrétiennes,voire des religions de manière générale.

La question à se poser est ici la suivante : sachant que toute méthode de contraception moderne et efficace est considérée par l’Eglise catholique comme un micro-avortement, sera-t-il possible de convaincre une partie significative de ses fidèles que contraception et avortement ne sont pas nécessairement à mettre sur le même pied ? Connaissant le poids des religions dans la plupart des pays à forte croissance démographique, ne serait-il pas judicieux de chercher à découpler soigneusement contraception et avortement ? Et sans devoir pour autant renoncer au droit à l’avortement pour chacune, tenter de se centrer sur des campagnes portant sur la contraception avant toute chose ? A des fins d’efficacité, la question mérite sans doute d’être débattue.

Prise de responsabilité et pragmatisme

Concluons en revendiquant des solutions pragmatiques à opposer à des déclarations de principe. Ceci sans ignorer les pistes rendues possibles par les innovations technologiques qui se déroulent chaque jour sous nos yeux. Mais ces technologies nouvelles ne pourront pas tout régler à elles seules. Il nous revient donc dès à présent de prendre nos responsabilités en matière de choix politiques et sociétaux face à ce triple défi : une production alimentaire suffisante pour tous, une croissance démographique à maîtriser et une gestion raisonnée et durable de notre environnement.

Car les trois sont intrinsèquement liés.

François Braem
Anthropologue

Maigrir à tout prix ? Les pièges de l’industrie de l’amincissement

A chaque époque de l’histoire, la recherche de l’idéal de beauté a amené les hommes et les femmes à entreprendre des régimes ou à avoir des pratiques parfois farfelues. Durant l’antiquité, le médecin grec Hippocrate conseille de : « manger une seule fois par jour, de faire de l’exercice physique avant de manger, de dormir le moins possible, de dormir sur un lit dur, de rester nu le plus longtemps possible, etc. ».1

Si aujourd’hui, la minceur a tendance à être considérée comme la norme, cela n’a pas toujours été le cas. Pendant la préhistoire, l’Antiquité et le Moyen Age, avoir de l’embonpoint était considéré comme quelque chose de positif. Il s’agissait d’un signe d’opulence à une période où la famine pouvait souvent régner.

Progressivement, l’idéal de minceur s’est installé aussi bien pour des raisons religieuses que de santé. La minceur est devenue une sérieuse préoccupation au sein de la bourgeoisie au XIXe siècle pour devenir un véritable phénomène de mode au XXe siècle.2

Actuellement, on assiste à un réel paradoxe : « La critique sociale et le rejet vis-à-vis de toutes les formes de grosseur est extrême, et ce, malgré l’augmentation du nombre de cas d’obésité ». L’envie de correspondre aux modèles de beauté incite souvent à se tourner vers des solutions rapides tant vers des type produits3, que des services4 et ou moyens5 amaigrissants. Leurs promesses sont
bien alléchantes pour ceux et celles qui souhaitent perdre leurs kilos indésirables rapidement.6 Une étude réalisée en 2010, montre qu’il ne s’agit pas d’une préoccupation isolée puisque « pas moins de 92% des Belges interrogés reconnaissent vouloir perdre du poids et 74% d’entre eux déclarent avoir déjà entamé un ou plusieurs régimes ».7

La préoccupation excessive à l’égard du poids s’impose comme un phénomène social qui banalise le recours à des méthodes parfois dangereuses. « La stigmatisation des personnes en surpoids est un phénomène répandu, tant au sein des familles, amis, collègues que chez les professionnels de la santé ». Faiblesse dont profite l’industrie de l’amincissement8.

Différentes études ont démontré l’inefficacité des régimes à long terme puisque « dans 95% des cas, les personnes regrossissent dans les trois ans et dépassent souvent leur poids initial ».9 Autant d’échecs qui poussent certaines personnes à se tourner vers des « remèdes miracles » qu’ils soient autorisés ou non en Belgique.

Quand la presse et la science se font berner.

« Le chocolat aide à rester mince » : cette allégation minceur, on a pu la lire dans la presse en 2015 et elle continue de tourner sur les réseaux
sociaux. Beaucoup de gens aimeraient que cette légende soit vraie. Mais d’où vient-elle ?

Deux journalistes de la télévision allemande ont lancé l’étude suivante : « seize sujets volontaires, cinq hommes et onze femmes de 19 à 67 ans, ont suivi les recommandations des expérimentateurs pendant trois semaines, mais ils ignoraient qu’ils allaient participer à une étude truquée ». 10 Ils ont ensuite fait paraître l’étude Chocolate with high cocoa content as a weight loss accelerator dans une revue scientifique.11

Leur objectif ? Montrer qu’une étude faite avec des moyens scientifiques limités et basée sur un concept peu vraisemblable, « le chocolat fait maigrir », pouvait être publiée dans une revue scientifique, puis reprise par d’autres médias. L’étude a facilement pu être publiée dans une revue spécialisée : « l’International Archives of Medicine, moyennant simplement la somme de 600 euros et sans aucune relecture par les pairs ». Ensuite, tout le monde s’en est emparé.

Les journalistes ont donc atteint leur but, ils ont ainsi prouvé qu’on pouvait faire facilement parler des études « scientifiques » et leurs résultats.

Quelques méthodes utilisées par l’industrie de l’amaigrissement

Les entreprises qui vendent des produits minceurs sont extrêmement nombreuses. La première est l’(ancienne) grande star de l’amincissement pendant des années, elle semble actuellement plus discrète. En Belgique, même son changement de nom est presque passé inaperçu même si l’entreprise brasse chaque année plusieurs millions de dollars ?. La deuxième entreprise, vous la voyez partout et tout le
temps à la télévision, jusqu’à trois publicités sur un seul interlude de cinq minutes. La dernière a été choisie parce qu’elle est un peu différente, peut-être avec un accent plus jeune, détourné du simple régime, on ne vous promet pas un simple amincissement mais une remise en question de toute votre alimentation et de votre mode de vie.

Des pratiques commerciales qui frôlent avec la légalité, le harcèlement, la vente presque forcée, le régime alimentaire peu équilibré, allant jusqu’à provoquer des carences, certaines compagnies ne reculant devant rien pour vendre leurs produits.

L’ « ancienne » grande star du régime

L’entreprise est fondée en 1963 aux Etats-Unis. Des millions de personnes à travers le monde auraient suivi un de leur programme. Leurs principes ? Un régime à points et des réunions collectives. Au départ, il s’agissait principalement de prendre conscience de ce que l’on consommait et de se rendre chaque semaine à des réunions, pour évaluer la perte de poids. Etre félicité et encouragé si tout se passait bien ou « réprimandé » par l’animatrice si la perte n’était pas suffisante. En 2013, cette société était présente dans une quarantaine de pays, et présentée comme le leader mondial des services liés à la perte de poids, « organisant chaque semaine 50 000 réunions accueillant 1,4 million de membres ».12

Une société désormais en perte de vitesse mais dont le chiffre d’affaires a atteint 1,45 milliards de dollars en 2017. Un phénomène qui s’explique probablement par la grande concurrence sur le marché de la minceur. Mais peut-être aussi à cause des résultats : une étude publiée en 2007 dans le British Journal of Nutrition, met en avant que le taux d’échec à 5 ans du programme atteindrait 84% ».13 Un changement de nom pour changer l’image qui colle à la peau de cette société.

Le régime que vous voyez à chaque spot publicitaire

A chaque interlude publicitaire, vous aurez droit soit à leur directeur qui vous garantit que ce régime vous conviendra, soit à une de leur coach minceur que vous pourrez avoir au téléphone, ou encore à une cliente satisfaite, tout le monde est là pour vous pousser à vous lancer dans leur aventure. « Vous ne risquez rien puisque la première semaine est offerte ».

Le principe est simple : des plats régimes, livrés directement à votre domicile. Ils vous envoient la nourriture pour un mois en une fois : quatre grosses boîtes arrivent donc chez vous. Si vous voulez bénéficier de la semaine gratuite et arrêter le programme, il vous faudra donc renvoyer les trois semaines restantes, engendrant ainsi des coûts et demande au client du temps. Autant de raisons qui poussent les insatisfaits à conserver leur colis malgré la déception.

Environ 500 euros pour un mois, ce n’est pas donné mais au téléphone on vous garantit que c’est très peu finalement, que cela vous coûterait
de vous nourrir et que c’est pour votre bien. Si on ne tient pas compte de la qualité des produits proposés. En termes de santé, les repas ne couvrent pas les besoins journaliers.14

Les commentaires sur internet sont soit très élogieux, tout est rose, le régime permet une perte rapide de poids, soit ils mettent en avant de graves manquements en particulier au niveau du service après-vente. Chaque commentaire est lu et commenté par la marque, qui tente de maintenir au maximum sa réputation.15

Besoin d’un nutri-coach ?

De belles photographies, des promesses d’une vie plus saine et d’un amaigrissement durable, vous avez peut-être eu un contact sur les réseaux sociaux qui vous veut du bien ; mais qu’est-ce qui se cache derrière cette entreprise ?

L’entreprise fondée dans les années 1970 aux USA développait au départ des détecteurs d’incendie et de fumée. Dans les années 1980, elle élargit son offre aux filtres à eau et à air. En 1993, elle se tourne vers la vente de compléments alimentaires en se définissant comme : « une entreprise mondiale fructueuse qui aide toujours les gens à avoir une vie meilleure dans, aujourd’hui, plus de 20 pays ».16

Le nutri-coach qui essaie de vous vendre ses produits n’est pas diététicien. Le métier de nutritionniste n’est en effet pas protégé comme l’est celui de diététicien. N’importe qui peut donc s’improviser nutri-coach et proposer des conseils. Le coach a deux missions : la première est de publier un maximum de choses pour vous faire rêver et vous donner envie de vous lancer dans l’aventure pour avoir une vie plus saine, pour maigrir. Chacun de vos achats lui rapporte de l’argent. Le deuxième objectif est de convaincre certaines personnes de se lancer également dans l’aventure « nutricoach » puisque l’entreprise fonctionne par le marketing de réseau.

Le principe est de vendre via un réseau de revendeurs, qui vont à leur tour vendre à leurs contacts proches ou lointains, avec la possibilité de parrainer également d’autres vendeurs en échange d’une commission cumulative sur les ventes.17 C’est avec ce même système que fonctionne Tupperware. Le recrutement d’autres vendeurs est une clé du système, des petits vendeurs amateurs qui vont créer un peu de chiffre d’affaire mais qui n’auront eu que très peu de bénéfices de leurs ventes.

Les nutri-coaches sont donc des gens qui vous  peut-être du bien mais qui cherchent surtout leur propre bénéfice.

Les médicaments pour maigrir

A la recherche « médicaments pour maigrir vite », Google propose plus d’un million d’occurrences. Autant de produits qui sont vendus en toute légalité dans les supermarchés, dans les pharmacies ou encore sur internet. Ces médicaments sont très nombreux en vente libre, ils ont pour but de couper l’appétit ou d’empêcher l’absorption des graisses.

L’envie de maigrir plus vite incite également certaines personnes à acheter des remèdes miracles sur internet qui sont en réalité des médicaments illégaux. L’AFSCA recense différents produits dangereux qui ont été commercialisés : 26 cas d’intoxication avec du Clenbutérol ont été constatés. Il s’agit d’un médicament (Ventipulmin) uniquement destiné au traitement de chevaux présentant des problèmes respiratoires et qui est régulièrement utilisé pour ses propriétés amincissantes ». On retrouve en vente des capsules qui contiennent des pesticides : le DNP. Ce produit aura coûté la vie à plusieurs personnes à travers le monde.18

Les contrôles et la loi dans tout cela ?

Aux États-Unis, on estime à 23.005 le nombre de visites annuelles, aux urgences des hôpitaux, attribuées aux effets indésirables liés à la consommation de compléments alimentaires. Il arrive à l’AFSCA de détecter des produits illégaux et dangereux dans certains produits commercialisés sur internet, ils sont alors retirés de la vente. 19

De nombreux produits pharmaceutiques présentent des allégations : «sans sucres ajoutés», «réduit le cholestérol» ou plus spécifiquement
sur les produits minceurs : contribue à la perte de poids dans le cadre d’un régime», «aide à affiner ou préserver votre silhouette», «freine l’absorption des graisses et stimule l’élimination des lipides et des glucides»….autant d’appellations qui poussent souvent les consommateurs à acheter ces produits. Selon Test- Achat : « une allégation doit identifier le nutriment actif ainsi que son effet exact et, bien sûr, être prouvée. Evidemment, c’est loin d’être toujours le cas ». 20 L’Union européenne a donc décidé de créer une loi en 2007 pour lutter contre les allégations mensongères et depuis 2012, les étiquettes et les messages publicitaires qu’ils soient présentés sur internet, à la télévision ou sur tout autre moyen de diffusion doit répondre à des critères bien précis sous peine d’être dans l’illégalité. 21 Cependant, les spécialistes du marketing sont assez forts pour détourner les réglementations européennes qui sont encore trop vagues et laissent plus à l’interprétation. 22

Quand le scalpel devient une solution : Les opérations bariatriques

Aujourd’hui, l’opération seule peut parfois être la dernière solution, ou la solution de facilité pour certaines personnes. Des opérations qui ont chaque année plus de succès. Les médecins prescrivent moins de régime, certaines émissions de télévision qui présentent ces opérations comme la solution rêvée. En 2017, 14.000 opérations ont été pratiquées en Belgique, selon des chiffres de l’INAMI.23

Il existe principalement deux types d’opérations bariatriques : le sleeve qui permet de réduire la taille de l’estomac et le by pass qui diminue l’ingestion et absorption des aliments.

Pour subir une telle opération, il faut normalement répondre à des critères très sévères comme être atteint d’obésité morbide, avoir déjà
tenté de maigrir par des moyens plus traditionnels. D’autres facteurs de risque peuvent faciliter l’accès à l’opération : comme le diabète ou des apnées du sommeil.

Certains médecins peu scrupuleux réalisent des opérations sur des patients qui n’y ont pourtant pas droit en rajoutant quelques kilogrammes au patient ou en prétendant réaliser une autre opération.24 Là encore, maigrir peut vite devenir un business.

Si l’opération permet de fortement maigrir, elle présente également des risques (carences, troubles neurologiques, des complications générales (respiratoires, cardiaques, hépatiques, ..), le taux de ré-intervention est assez élevé. Beaucoup de risques et de désagrément quand on sait que 20 % des patients ne connaîtront pas une stabilité pondérale dans les dix ans.25

Pour clôturer

Alors que dans le monde, un milliard de personnes souffrent actuellement de faim et de sous-alimentation, nos sociétés occidentales sont de plus en plus sédentaires, mangent souvent mal et l’obésité est de plus en plus fréquente. Pourtant, la minceur reste l’idéal à atteindre, tous les
moyens de maigrir sont donc bon à prendre. L’industrie l’a bien compris et surfe sur la vague pour vendre à prix d’or, ce rêve de silhouette idéale.

Que le prix en soit l’argent ou la santé.

Marie Béclard
FAML

1 S. PEQUET, Maigrir à tout prix. Une obsession intemporelle, édition 2010, p. 7, article consulté sur le site https://
questionsante.org/assets/files/EP/maigrir-1.pdf
2 S. PEQUET, Maigrir à tout prix. Une obsession intemporelle, édition 2010, p. 15, article consulté sur le site https://
questionsante.org/assets/files/EP/maigrir-1.pdf
3 On entend par produit tout ce qui se réfère aux produits de santé naturel et aux substituts de repas.
4 On entend par les services : les programmes commerciaux, les programmes offerts dans les centres d’entraînements et les groupes d’entraide
5 On englobe, dans cette catégorie ,les timbres minceurs (patches) ,crèmes minceurs ,vêtements minceurs, bref tout appareil ou produit pour la perte de poids.
6 ht t p : / / w w w . a s p q . o r g / u p l o a d s /pdf/565cac833208fappel-a-l-action_2015-11-30.pdf
7 S. PEQUET, Maigrir à tout prix. Une obsession intemporelle, édition 2010, p. 7, article consulté sur le site https://questionsante.org/assets/files/EP/maigrir-1.pdf
8 ht t p : / / w w w . a s p q . o r g / u p l o a d s /pdf/565cac833208fappel-a-l-action_2015-11-30.pdf P.8
9 L. Azernour-Bonnefoy, Maigrir : sachez écouter votre corps !, interview du docteur Jean-Philippe Zermati, juin 2010 – www.sante-az.aufeminin.com repris dans S. PEQUET, Maigrir à tout prix. Une obsession intemporelle, édition 2010, p. 7, article consulté sur le site https://questionsante.org/assets/files/EP/maigrir-1.pdf
10 Informations consultées le 8 février 2019 sur le site https://www.acrimed.org/Le-chocolat-fait-maigrir-quandmedias-et-publications-scientifiques-se-font
11 Informations consultées le 8 février 2019 sur le site https://www.acrimed.org/Le-chocolat-fait-maigrir-quandmedias-et-publications-scientifiques-se-font
12 Informations consultées le 8 février 2019 sur le site https://fr.wikipedia.org/wiki/Weight_Watchers
13 ht tps: //www.ncbi .nlm.nih.gov/pmc/ar ticles/PMC3145588
14 Informations consultées le 02 février 2019 sur le site https://www.rtbf.be/info/societe/onpdp/detail_on-ateste-le-regime-comme-j-aime-pendant-1-mois-attentiondanger?id=10057284
15 Informations consultées sur le 10 février 2019 sur le site https://fr-be.trustpilot.com/review/commejaime.fr
16 Informations consultées le 10 février 2019 sur le site https://www.juiceplus.com/be/fr/franchise/about-the-juiceplus-company/juiceplus-company
17 Informations consultées sur le 01 mars 2019 sur le site https://www.conseilsmarketing.com/e-marketing/lemarketing-de-reseau-comment-ca-marche
18 Informations consultées le 10 février 2019 sur le site http://www.afsca.be/publicationsthematiques/_documents/2014-06-18_Rapport_annuel_CMDH_2013.pdf
19 Informations consultées le 8 février 2019 sur le site http://www.afsca.be/comitescientifique/avis/2013/_documents/AVIS28-2013_FR_DossierSciCom2012-23.pdf
20 Informations consultées le 2 février 2019 sur le site https://www.test-achats.be/sante/alimentation-et-nutrition/regimes-allergies/dossier/allegations-minceur
21 https://www.efsa.europa.eu/fr/topics/topic/general-function-health-claims-under-article-13
22 Informations consultées le 2 février 2019 sur le site https://www.test-achats.be/sante/alimentation-et-nutrition/regimes-allergies/dossier/allegations-minceur
23 Informations consultées le 2 février 2019 sur le site https://www.rtbf.be/info/societe/detail_obesite-les-derives-
du-recours-a-la-chirurgie?id=10131757
24 Informations consultées le 2 février 2019 sur le https://www.rtbf.be/info/societe/detail_obesite-les-derives-du-recours-a-la-chirurgie?id=10131757
25 Informations consultées le 2 février 2019 sur le site http://www.uclmontgodinne.be/files/2016qo_chirurgie_bariatrique.
pdf

 

 

Gilets jaunes : Peuple ou prolétariat ?

Avant qu’elle soit présentée par les médias, mi-décembre 2018, comme l’axe central de la lutte des gilets jaunes, la revendication d’un Référendum d’Initiative Populaire était restée marginale. Elle se présente comme un tournant dans le mouvement. Celui-ci quitte son propre terrain, celui des revendications salariales, pour se placer sur celui du pouvoir.

Pour le patronat et le gouvernement, le RIC présente l’avantage de reléguer au second plan les revendications initiales portant sur la revalorisation des salaires minimaux et sur la baisse du prix des carburants, in fine sur la valeur de la force de travail. Quant aux manifestants eux-mêmes, ils se limitent, le plus souvent, à ajouter le RIC à leurs revendications, sans lui donner de contenu précis.

Parallèlement, les médias ont fait connaître au grand public Etienne Chouard, porteur emblématique du « référendum d’initiative citoyenne ». Cette initiative a déjà été immédiatement reçue favorablement par le premier ministre, qui a tout de suite exprimé le 17 décembre 2018, dans un entretien aux Echos, : « Je ne vois pas comment on peut être contre son principe ».

Une discussion sur le RIC est beaucoup moins onéreuse qu’une réponse positive aux exigences salariales. La possibilité d’organiser des référendums citoyens existe déjà en Suisse et en Italie, sans que l’organisation du pouvoir ait été bouleversée.

Peuple ou prolétariat

Les gilets jaunes représentent une partie importante de la population, mais ils ont des intérêts propres qui ne sont pas ceux de l’ensemble de la société. Ainsi, l’évocation de la notion de peuple occulte la spécificité d’un mouvement social, portant des revendications particulières, opposées aux intérêts patronaux.

La manière dont le mouvement se définit pose problème. Si les exigences exprimées portent sur la question du salaire et du pouvoir d’achat, leurs actions sont nommées comme celles d’un mouvement citoyen. Alors que la question salariale est au centre des revendications, le patronat se met complètement hors jeu. L’État peut alors se poser comme le seul interlocuteur des manifestants.

La notion de peuple recouvrerait un agrégat qui comprend quasiment l’ensemble de population, un rassemblement dont l’unité est présupposée, du fait qu’il ne comprendrait pas les 1 %, ou les 0,1 % ou même les 0,01 % de « l’oligarchie » financière. Ainsi, ce n’est pas un concept reposant sur la différence, mais au contraire une catégorie englobante, dont on déduit l’identité par  une opposition pré-supposée aux ultra-riches.

Si les classes sociales n’existent que dans leur rapports de luttes, la notion de peuple neutralise toute opposition de classe. C’est une représentation psychotique, supprimant la différence et rejetant toute séparation d’avec les pouvoirs constitués.

En France, les promoteurs de la notion de peuple font référence à la révolution de 1789 où le prolétariat urbain a renversé l’aristocratie avec les armes distribuées par les bourgeois et à qui ils les ont remises, une fois le travail accompli[1]. Déjà, dans l’historiographie de la révolution française, la référence au peuple est un paravent dissimulant les acteurs réels, tels les prolétariats urbain et agraire. Elle a aussi la même fonction de déni de la composition de classe des gilets jaunes.

Ainsi, disparaissent plus de deux siècles d’histoire sociale et politique, celle des luttes prolétaires, au nom d’une référence a-historique de peuple, véhiculée non pas par l’histoire réelle, mais officielle de la révolution française de 1789.

 

 

Déni de la lutte salariale comme lutte politique

La dissolution de ses revendications propres dans une demande abstraite de démocratisation de l’État peut facilement se transformer en son contraire, en un renforcement du pouvoir exécutif. Le déni de la composition de classe du mouvement, le refus de se nommer comme prolétariat fait qu’ils sont désignés comme peuple, comme base imaginaire d’un Etat qui les combat.

Si les revendications portent  bien sur la question du salaire, elles ne sont pas présentées  comme des actions prolétaires, destinées à défendre la valeur de la force de travail, mais comme un mouvement « citoyen », se réclamant d’un État qui est en première ligne dans la baisse du salaire direct et indirect.

C’est un déni du caractère directement politique de la lutte salariale qui actuellement, dans une structure de très faible croissance, affronte une accumulation du capital basée, non plus principalement sur l’augmentation de la production de plus-value relative, mais sur une croissance exorbitante de la plus-value absolue. Ainsi, le développement de l’exploitation n’est plus particulièrement basé sur la croissance de la productivité du travail, mais par l’augmentation de sa durée, de la flexibilité temps de travail, ainsi que la baisse du salaire réel.

La lutte sur le salaire devient directement politique, car toute valorisation de la force de travail remet directement en cause un système d’exploitation basé essentiellement sur la baisse de la valeur absolue de la force de travail. La fonction de l’État comme capitaliste collectif, telles que nous le montrent la loi El Khomri et les ordonnances Macron, est aujourd’hui centrale dans le démantèlement des garanties permettant aux travailleurs de défendre leurs salaires et leurs conditions de travail. Toute lutte pour le salaire devient une lutte directement politique.

[1]    Henri Guillemins, « La révolution française (1789-1794)», https://www.youtube.com/watch?v=mh7DWUr_nyA

Jean-Claude Paye
Sociologue

Pour une alimentation (plus) sûre

En 1999 survient la crise de la dioxine à savoir la contamination par ce produit d’aliments pour animaux d’élevage.

Une enquête avait alors démontré que la contamination trouvait son origine au sein de l’entreprise Verkest, située à Deinze et de la société wallonne Fogra, basée à Bertrix. Cette dernière fournissait des graisses contaminées au PCB (polychlorobiphényles) à Verkest, qui les livrait ensuite à des fabricants d’alimentation pour bétail. Les Verkest déclaraient fournir à leurs clients de la graisse animale fondue. Il s’agissait en réalité d’un mélange de graisses animale et technique. En 2018, les deux protagonistes seront condamnés à verser 24 millions d’euros à l’AFSCA.

Pour tenter d’éviter la répétition de telles dérives, l’Etat a créé, en 2000, l’agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA) dans le but de renforcer les contrôles en regroupant les différents départements ministériels concernés. L’agence a, comme son nom l’indique, pour mission de veiller à la sécurité de la chaîne alimentaire afin de protéger la santé des hommes, des animaux et des plantes. Elle dispose pour ce faire de près de mille trois cents collaborateurs dont six cent septante affectés aux unités locales de contrôle. Elle peut également compter sur cinq laboratoires internes complétés par un réseau de soixante laboratoires externes agréés et sur un service luttant contre les fraudes pour accomplir les différentes missions qui lui sont conférées. Un budget de 164 millions lui est alloué. Elle est non seulement compétente pour le contrôle des denrées alimentaires, des aliments pour animaux, des matières fertilisantes et des produits phytopharmaceutiques mais elle se charge également des mesures de prévention et de lutte sanitaires (maladies animales) et phytosanitaires
(secteur végétal). Elle veille également à la communication sur toutes les matières qui la concernent, en particulier l’information fournie
aux consommateurs. D’autres missions lui sont également déléguées comme les contrôles de l’interdiction de fumer, les contrôles de qualité à l’importation et à l’exportation et ceux du bien-être des animaux de rente. 4Malgré les mesures prises pour sécuriser la
chaîne alimentaire, depuis de nombreuses années, les scandales entachant l’industrie alimentaire se succèdent, justifiant si besoin est,
l’existence de l’agence.

La maladie de la vache folle (encéphalopathie spongiforme bovine) causée par la présence de farines animales dans l’alimentation des bovins
provoquera le décès de plusieurs centaines de personnes en Europe.

La grippe aviaire H5N1 trouve son origine au Vietnam et en Thaïlande. Des millions de poulets, canards et oies sont infectés et transmettent la maladie à l’homme. Alors qu’on s’attendait à une pandémie de très grande ampleur, le nombre de victimes se limitera finalement à quatre cents.

Les autorités sanitaires irlandaises détectent la présence de viande de cheval dans des steaks hachés estampillés pur boeuf. À la suite de cela, la société Findus effectue des tests qui révèlent que 29% de la viande contenue dans les lasagnes et les moussakas est d’origine chevaline. L’affaire touche l’Europe tout entière et pose la question de la traçabilité des aliments.

En 2011, la bactérie Escherichia Coli provoque diarrhées sanglantes et infections intestinales et cause la mort de 47 personnes tandis que 4.000 sont malades. Pointés comme responsables, des concombres, des tomates et des salades seront rapidement mis hors de cause. Des graines germées provenant d’une ferme biologique seront finalement identifiées comme étant les coupables. La présence de fipromil a conduit à la destruction de 77 millions d’oeufs et à l’euthanasie de 2 millions de poules et mis en danger la santé de nombreux consommateurs.

Aujourd’hui, c’est à la peste porcine africaine que nous sommes confrontés. Les premiers cas de cette maladie ont été détectés le 13 septembre 2018 chez des sangliers trouvés morts dans la région d’Etalle, en province de Luxembourg. Tant les sangliers que les porcs d’élevage se trouvant dans la zone contaminée seront mis à mort et les exploitations ne pourront être repeuplées jusqu’à éradication de la maladie. L’AFSCA, en collaboration avec la région wallonne, a également établi une zone tampon adjacente à la zone infectée et dans laquelle les mesures sanitaires sont également en vigueur.1

Outre le traitement des grands scandales alimentaires, l’AFSCA travaille au quotidien dans le contrôle des commerces alimentaires et des établissements HORECA. Ainsi des prélèvements effectués dans des « snacks pitas » ont révélé que dans la moitié des restaurants, des échantillons présentaient une mauvaise qualité microbiologique à la suite d’un manque d’hygiène et d’une mauvaise gestion thermique des aliments.2

Excès de zèle ou principe de prudence ?

Si ces contrôles sont généralement de nature à rassurer les consommateurs que nous sommes, d’aucuns jugent le zèle de l’Agence un peu trop tatillon à l’égard de certains.

Le ministre wallon en charge du Développement durable, Carlo Di Antonio qualifiait, dans un communiqué, l’action de l’organe de contrôle
« d’entrave à la transformation à la ferme, au développement des PME agroalimentaires locales et du circuit court ».3 Et d’ajouter que « depuis sa mise en place en 2002, de nombreux agriculteurs et producteurs ont témoigné des difficultés qu’ils rencontrent avec l’Agence fédérale pour la Sécurité de la Chaîne alimentaire. Nombreux sont ceux qui ont dû fermer leurs portes. »

Alors même que la production, la transformation et la vente de produits à la ferme ou en circuit court doivent être vues comme des opportunités de développement économique à soutenir.

Ce communiqué faisait suite à l’affaire du fromage de Herve au lait cru.

En 2016, après avoir découvert des traces de listeria monocytogène dans le fromage de Herve au lait cru provenant de la ferme du dernier producteur de ce fleuron de la gastronomie wallonne, l’Agence contraignit ce dernier à détruire sa production. Las de la bataille judiciaire qui s’ensuivit et de la mauvaise publicité faite aux produits à base de lait cru,celui-ci finira par cesser son activité.

C’est ensuite à un autre joyau culinaire de Wallonie que s’est attaquée l’AFSCA, la tarte au riz verviétoise en raison de sa conservation à température ambiante, ce qui jusqu’à aujourd’hui n’a jamais posé de problème.

Plus récemment, l’AFSCA a interdit à l’école communale de Clavier de servir aux enfants de la soupe aux légumes frais préparée par une bénévole au motif que les normes sanitaires risquaient de ne pas être garanties.4 Le bourgmestre de la localité est furieux car les légumes sont issus du potager entretenu par les élèves de primaire. Le but pédagogique de la chose ne fait pas de doute, il s’agit ni plus ni moins que d’apprendre aux enfants le bon goût des choses naturelles.

Les soupes industrielles répondraient-elles mieux aux impératifs de sécurité alimentaire ? peut-être, au détriment d’une alimentation saine
et équilibrée sûrement.

En 2014, onze procès-verbaux ont été dressés et 452 avertissements à l’encontre des cantines scolaires ont été émis. Des chiffres supérieurs à l’année précédente au cours de laquelle 10 PV et 426 avertissements avaient été formulés, mais moins de structures inspectées (1296 en 2013 contre 1415 en 2014).5 Bernard Hubien, secrétaire général de l’UFAPEC rapporte :  » Il est déjà arrivé que des parents nous
contactent pour nous dire qu’il n’y avait plus de cantine dans l’école de leur(s) enfant(s) en raison des contrôles de l’AFSCA. Une école de Schaerbeek nous a expliqué avoir complètement remis sa cuisine aux normes deux ou trois ans auparavant, et s’être vue malgré tout dans l’obligation de faire de nouveaux aménagements. Elle a finalement jeté le gant, face aux coûts que cela représentait ! ”

Après la soupe, la tarte au riz, le Herve, ce sont les frigos solidaires qui sont dans le collimateur de l’agence. Celui de Waterloo vient par exemple de se voir privé de 57 kilos de denrées alimentaires périmées. Si les responsables du frigo reconnaissent l’utilité sanitaire des contrôles, ils plaident néanmoins pour plus de souplesse pour ce qui concerne les dates de péremption. « Les députés européens veulent arrêter le gaspillage alimentaire ; en Belgique, on veut que les supermarchés donnent les invendus à des associations… Et on nous empêche de distribuer des aliments qui sont périmés de quelques jours ».6 Sachant que des denrées comme le café, les pâtes, le riz, certaines boissons ont une durée de vie illimitée, il est absurde de les jeter alors qu’elles pourraient être consommées sans aucun risque.

Deux poids deux mesures ?

Alors que l’on semble constater une forme d’acharnement sur des petits producteurs, sur des écoles qui, en toute bonne foi, proposent à
leurs élèves de la soupe faite maison, sur des associations venant en aide aux plus démunis, sur certaines filières les contrôles se font plus « discrets » comme ce fut le cas par exemple dans l’affaire Veviba.

En 2018, l’abattoir Veviba situé sur le site de Bastogne est mis sous le feu des projecteurs pour diverses fraudes à l’étiquetage et à la congélation. Si l’AFSCA déclare avoir procédé au retrait immédiat des rayons des lots incriminés, il n’en reste pas moins que dès septembre 2016, le Kosovo avait donné l’alerte et informé que les dates de péremption avaient été falsifiées et que ce n’est que le 28 février 2018 qu’une perquisition de grande ampleur est menée dans l’entreprise.

Que s’est-il alors passé durant ces deux années ? des denrées impropres à la consommation ont-elles été mises sur le marché sachant que la perquisition a mis à jour des produits congelés depuis 2001 et que sur les 200 palettes contrôlées, 138 étaient non conformes ?

Afin de mettre un terme « à certains « déficits » en matière de contrôle et de transmission de l’information », le ministre de l’agriculture Denis Ducarme, a annoncé, au cours d’un débat en Commission de l’agriculture de la Chambre sur le scandale Veviba, la mise en place de réformes au sein de l’agence. Le ministre lui reproche de n’avoir pas effectué des contrôles plus offensifs compte tenu des informations dont on disposait depuis 2016.

Conclusion

La bonne qualité des aliments que nous consommons doit bien évidemment être une priorité. II appartient à l’AFSCA de traquer sans complaisance toutes les fraudes qui constituent un risque pour notre santé et de révéler les scandales qui entachent certaines filières.

  • Faut-il pour autant sombrer dans une forme d’hygiénisme, d’aseptisation qui aurait pour conséquence de favoriser l’industrie agro-alimentaire
  • responsable de la plupart des grands scandales
    au détriment des petits producteurs ?

Le ministre Carlo Di Antonio estime que les contrôles de l’Agence alimentaire ne sont pas adaptés aux réalités des productions fermières et artisanales et demande une « révision normative » de celle-ci.

Les règles en vigueur entravent le travail des producteurs locaux en faveur d’une alimentation durable et locale en imposant des normes trop exigeantes, appliquées de manière tatillonne et qui nécessitent des investissements énormes que les petits paysans ne sont pas capables de consentir.

Faut-il priver les enfants d’un potage aux légumes frais au motif qu’il n’est pas cuisiné à l’école ?

Faut-il jeter le discrédit sur des denrées qui ont fait la réputation de la gastronomie wallonne et qui n’ont, jusqu’à aujourd’hui, causé aucun dommage ?

Faut-il, alors qu’on nous encourage à lutter contre le gaspillage, envoyer à la poubelle des denrées dont la date de péremption est légèrement
dépassée ?

Un juste milieu doit pouvoir être trouvé entre aspect sécuritaire et possibilité de consommer des aliments naturels peut-être un peu moins contrôlés.

Patricia Keimeul
Directrice FAML

1 http://www.afsca.be/ppa/actualite/belgique/
2 http://www.afsca.be/quefaiton/controlesciblees/
3 https://www.7sur7.be/7s7/fr/1502/Belgique/article/detail/2332274/2015/05/21/L-AFSCA-une-entrave-aux-PMElocales-
et-au-circuit-court.dhtml
4 https://www.rtbf.be/info/regions/detail_clavier-lasoupe-scolaire-preparee-au-domicile-d-une-maman-d-instit-c-est-fini-dit-l-afsca?id=10083027
5 https: //www.r tbf.be/info/belgique/detail_apeine-66-des-cantines-scolaires-ont-eu-un-feu-vert-de-lafsca?id=9177215
6 https://www.sudinfo.be/id88603/article/2018-11-30/lafsca-saisit-57-kg-daliments-au-frigo-solidaire-de-waterloo

Pauvre Belgique

Avec un patrimoine global de quelque 238.500 euros, le Belge est en septième place des nationalités les plus riches, selon Crédit Suisse. Notre pays devance ainsi le Royaume-Uni, Singapour et la France. La Belgique se hisse aussi à la 14e place mondiale en termes de nombre de millionnaires sur son sol. En termes de PIB, la Belgique est le 25ème pays le plus riche au monde1. La Belgique est toujours le 3ème pays à la pression fiscale la plus élevée au sein de l’OCDE. Selon les chiffres de l’Organisation du commerce, les recettes fiscales totales en Belgique étaient de 183,8 milliards d’euros en 2015 dont 65,6 milliards d’euros d’impôt sur le revenu, bénéfices et gains en capital, 58,6 milliards d’euros de cotisations sociales, 14,4 milliards d’euros d’impôts sur le patrimoine (immobilier notamment) et 43,7 milliards d’impôts sur les biens et services (TVA, accises, …)2.

Dans un pays développé comme le nôtre, il appartient aux différents gouvernements (fédéral, régional, communal…) de permettre à tous ses
citoyens de manger, de se loger, de se vêtir, de se soigner, d’offrir une éducation de bon niveau à leurs enfants, mais surtout de vivre dans la
dignité.

Or c’est loin d’être le cas !

Malgré cette richesse accumulée et malgré le montant particulièrement élevé de nos impôts sur les revenus, de nombreux citoyens de ce pays
vivent sous ou proche du seuil de pauvreté obligeant nombre d’associations à faire appel à la générosité publique pour pallier les carences de
l’Etat dans la lutte contre ce fléau.

Quelques chiffres sur la pauvreté

L’office de statistique a publié les chiffres de la pauvreté pour 2017. Il ressort de l’enquête sur les revenus et les conditions de vie que 15,9% de la population soit 1.797.700 personnes, peut être considérée comme à risque de pauvreté monétaire et que 5,1% souffre de privation matérielle grave.

Que faut-il entendre par pauvreté monétaire ?

Se trouve dans cette situation toute personne isolée dont le revenu mensuel est inférieur à 1.139 euros.

Les chômeurs, les familles monoparentales et les personnes les moins éduquées sont les plus vulnérables à la pauvreté. Les personnes sans emploi sont beaucoup plus exposées à la pauvreté monétaire que la population active (5%). Il en va de même pour les membres des familles monoparentales (39,7%), qui courent un risque plus élevé que les membres d’une famille composée par exemple de deux adultes et deux enfants (8,5%), ainsi que pour les locataires (36,4%) par rapport aux personnes qui sont propriétaires de leur logement (8,8%).

Enfin, depuis le début des mesures, le fossé entre les personnes les moins éduquées, qui disposent tout au plus d’un diplôme de l’enseignement secondaire inférieur, et celles qui ont un diplôme de l’enseignement supérieur se creuse de plus en plus. Les premières
affichent un taux de pauvreté monétaire de 27,2% contre 6,4 % pour les plus éduquées.3

La Belgique a un des taux de pauvreté infantile les plus hauts en Europe : à Bruxelles, quatre enfants sur dix grandissent dans la pauvreté, un sur quatre en Wallonie et un sur dix en Flandre. Se battre contre cette pauvreté doit donc aussi être une priorité stratégique.

Quant aux personnes âgées, leur situation n’est guère plus brillante. Les chiffres les concernant sont eux aussi édifiants : quatre pensionnés sur dix vivent aujourd’hui sous, ou tout juste, le niveau du seuil de pauvreté. C’est ce que révèle l’enquête réalisée par Enéo, le mouvement social des aînés. Une enquête menée auprès de 665 personnes dont 415 ménages en Wallonie et à Bruxelles. Elle nous apprend aussi que la pension moyenne d’un isolé est de 1.600 euros. Mais cette moyenne cache des réalités très différentes. En effet, 9,3 % des retraités ont une pension nette inférieure à 1.000 euros. A l’autre bout de la chaîne des revenus, 8,8% des retraités gagnent plus de 2.250 euros nets, en sachant que le seuil de pauvreté pour un ménage est fixé à plus de 2.300 euros. Difficile, dans ces conditions de boucler les fins de mois sachant que le logement coûte en moyenne 725,7€/mois en forte hausse depuis 2010 (586€), à quoi il faut ajouter une nette tendance à la hausse pour l’alimentation dont le budget représente près de 30% des revenus.4

En sept ans, les biens de première nécessité ont augmenté, par ménage, de 500 euros alors que 42% des ménages disposent de moins de 2.000 euros par mois. Face à des pouvoirs publics incapables de procurer à chacun les moyens suffisants pour vivre dans la dignité, de nombreuses associations se sont mises en place pour venir en aide aux plus démunis en faisant appel à la générosité des citoyens. Ces associations sont actives dans de nombreux domaines et couvrent les problématiques de la pauvreté des enfants, des personnes sans abri, de l’accès au logement, de la santé, des loisirs, …

Si pour remplir les missions qu’elles se sont assignées, les dons en argent revêtent une importance capitale pour les associations d’aide aux démunis, les dons en nature (aliments, vêtements, …) et l’investissement personnel des bénévoles sont également indispensables. Parmi les associations actives dans le domaine de la lutte contre la pauvreté citons par exemple :

OXFAM solidarité

L’association interpelle les autorités pour exiger la fin des injustices sociales et économiques et relève qu’une personne sur trois dans le monde vit dans la pauvreté. Oxfam est déterminée à changer cette situation en mobilisant le pouvoir citoyen contre la pauvreté. Nous nous employons à trouver des solutions concrètes et innovantes pour que et chacun puisse sortir de la pauvreté et se réaliser pleinement.

Solidarité logement

Créée en 2009, cette association fonctionne grâce à une cinquantaine de bénévoles. Elle a pour but de lutter contre le mal-logement et le sans-abrisme car, force est de constater que, si le droit au logement est garanti par l’article 23 de la Constitution belge (chacun a le droit de mener une vie conforme à la dignité humaine. Ce droit comprend le droit à un logement décent), le déficit de logements sociaux est criant lesquels sont même souvent inaccessibles aux plus démunis vu l’augmentation des loyers.

L’accession à un logement correct est un pas important dans la lutte contre la précarité et l’exclusion sociale. Le logement est un outil indispensable à l’émancipation et à l’épanouissement, il permet le développement de l’individu et de sa famille.

L’association s’est donc donné pour mission de faciliter la mise à disposition de logements à des personnes indigentes, confrontées à un problème de sans-abrisme ou de mal logement. Pour ce faire, elle peut participer, directement ou indirectement, notamment par une intervention financière, l’acquisition et/ou la location de logements et leur restauration si nécessaire.

Les banques alimentaires

Se nourrir n’est pas toujours chose facile. De cette constatation sont nées les banques alimentaires. Elles ont pour but de lutter contre la faim et le gaspillage de vivres et de réinsérer les personnes en précarité via l’emploi social.

Les Banques Alimentaires sont des entreprises de distribution d’un type spécial. Elles sont comparables au commerce en gros en alimentation générale, mais elles n’achètent rien et ne vendent rien. Les surplus de vivres reçus gratuitement de l’Union Européenne, de l’industrie agro-alimentaire, de la distribution agro-alimentaire, des collectes de vivres et des criées, sont – avec l’aide d’un réseau d’associations caritatives – distribués gratuitement aux personnes dans le besoin.

Outre les surplus mis à leur disposition, les banques alimentaires bénéficient chaque année vivres collectées auprès des citoyens en collaboration avec les supermarchés partenaires. Les clients sont invités à acheter des bons lors de leur passage en caisse. En fonction du supermarché, ces bons permettent d’offrir un ou plusieurs repas ou produits selon le montant choisi. De nombreuses entreprises soutiennent l’action de ces associations. Citons par exemple Delhaize, Carrefour, Colruyt, Cora, Lidl, Belorta, Agristo, Marcolini, …

La Fédération se charge de mettre sur pied, avec la collaboration d’entreprises alimentaires ou non alimentaires, des campagnes visant à récolter des fonds ou des vivres. Ces campagnes peuvent être soit ponctuelles et avoir lieu à un moment précis de l’année, soit permanentes et se dérouler durant toute l’année.

La banque alimentaire belge, c’est 32 millions de repas distribués gratuitement, 157.000 personnes démunies aidées, 16.500 tonnes de nourriture récoltées, … chaque année.

Les restos du cœur

« Personne ne pensait en 1986 que les demandes d’aide seraient nécessaires 30 ans plus tard. Malheureusement, nous sommes aujourd’hui encore confrontés à des situations qui motivent la Fédération des restos du cœur de Belgique à demander l’aide de chacun. Les plus démunis d’entre nous ont besoin d’aide pas de pitié. Nous vous remercions de tout cœur pour votre aide financière. Vous trouverez dans les pages suivantes toutes les interventions que nous assurons tout au long de l’année. »5

L’Association Les Restos du Coeur agit depuis plus de 30 ans pour la solidarité sociale, en distribuant en Belgique des repas (630.000 par an) et par des actions d’aide à l’insertion sociale auprès des personnes précarisées. Les restos sont une association non gouvernementale
qui intervient pour soulager les problèmes de la société grâce aux donateurs, aux partenaires (des grandes marques) et par l’action de centaines de bénévoles sur le terrain.

Viva for life

Le taux de pauvreté infantile en Belgique est un des plus hauts d’Europe. Un enfant sur trois à Bruxelles et un enfant sur quatre en Wallonie
sont touchés par ce fléau. Cette réalité est inconcevable quand on sait les répercussions négatives sur les jeunes enfants, particulièrement vulnérables.

Elle entraine des inégalités sur le plan de l’alimentation, de la santé, de l’enseignement, de l’accès au logement, de la pratique d’activités
sociales & de loisirs mais aussi de l’estime de soi.

Viva For Life est l’opération de solidarité lancée par Vivacité, la radio de la RTBF. Depuis 2013, par le biais d’un appel à projet annuel qui redistribue les fonds récoltés durant la campagne, Viva For Life offre la possibilité de soutenir financièrement des associations qui contribuent à rompre le cercle intergénérationnel de la pauvreté en accompagnant les jeunes enfants de 0 à 6 ans et leurs familles.

C’est une évidence : le contexte socio-économique dans lequel évolue un enfant a une influence majeure sur son bien-être et ses perspectives d’avenir.

C’est aussi lors des six premières années que l’enfant est amené à vivre quelques-unes desplus grandes transitions de sa vie, notamment
vers l’école maternelle et primaire. Vivre ces passages de manière harmonieuse est essentiel pour donner à l’enfant un bon départ dans la vie.6

Grâce au soutien de Viva for Life, les associations retenues pourront maximiser leurs interventions auprès de ces enfants dans le cadre de l’accueil de la petite enfance et d’activités pré-, péri- et extrascolaires, avec une attention particulière portée au soutien à la parentalité (dès la période prénatale).

Les associations travaillent bien souvent ensemble sur le terrain de la pauvreté, celle-ci étant de plus en plus présente dans notre pays. Outre celles déjà citées, grandes et petites associations, comme Médecins du Monde, Accompagner.be, La Main Tendue, SOS Villages d’Enfants, SOS Faim, préservent heureusement la solidarité humaine et la motivation de bénévoles, pour remplir leur mission d’intervention sociale ou de santé. Comme les Restos du Coeur, elles permettent d’aider des familles entières à résister à la pression de la misère qu’elle soit proche
ou loin de nous.

Quelle répartition des dons ?

Il est sans cesse fait appel à la générosité des citoyens, que ce soit pour lutter contre la pauvreté mais aussi pour la recherche médicale – les téléthons se multiplient – pour l’aide aux handicapés, pour la protection des animaux, de l’environnement, pour les victimes de catastrophes naturelles, pour l’aide au développement, pour le sport (celui des vrais amateurs, pas celui qui brasse des millions et qui donne lieu aux malversations que l’on connaît) …

Et la liste est encore longue !

Selon une étude de la Fondation Roi Baudouin, la santé représente 29,6% des dons, l’aide aux démunis 21%, 1% pour la culture, …

Pourquoi donne-t-on ?

Les valeurs associées au don aujourd’hui de façon sont basées sur le principe de l’égalité de droits entre citoyens. Le don apparaît comme une volonté de restaurer cette égalité de condition face à l’injustice du sort : pauvreté, maladie, catastrophes naturelles, naissance dans un pays sous-développé….

L’image des associations et fondations qui travaillent dans l’aide à ceux qui sont le besoin est essentiellement positive. La société leur reconnaît un rôle de relais de l’action de l’Etat, ou de palliatif à ses carences mais aussi de porte-parole de groupes minoritaires qui peinent à se faire entendre.

Pallier les carences des pouvoirs publics

Que fait-on de nos impôts ? ne faut-il compter que sur la solidarité et la générosité des associations et des citoyens qui les financent pour apporter nourriture, logement, vêtements, soins médicaux, … à ceux qui en ont besoin ? Est-il tolérable qu’une part de plus en plus importante de la population belge se trouve en situation de pauvreté ou en soit proche ?

N’est-il pas urgent de mettre en place une nouvelle répartition des richesses qui permette à chacun de vivre dignement ?

Le pauvre n’est pas forcément responsable de sa situation comme se plaisent à le répéter les égoïstes et les méprisants. Les aléas de la vie – perte d’un emploi, divorce, maladie, accident… peuvent rapidement faire basculer la vie, même des moins précaires !

Nous sommes tous des pauvres potentiels.

Patricia Keimeul
Directrice FAML

1 https://fr.express.live/2018/05/27/la-belgiquefait-partie-des-pays-les-plus-riches-du-monde-selon-unnouveau-classement
2 https://www.rtbf.be/info/economie/detail_la-belgique-toujours-3e-pays-a-la-pression-fiscale-la-plus-elevee-au-sein-de-l-ocde?id=9770850
3 https://statbel.fgov.be/fr/themes/menages/pauvreteet-conditions-de-vie/risque-de-pauvrete-ou-dexclusion-sociale
4 https://www.r tbf.be/info/societe/detail_la-plupart-des-retraites-belges-vivent-a-la-limite-du-seuil-depauvrete?id=9780764
5 http://www.restosducoeur.be/fr/
6 https://agir.vivaforlife.be/pages/a-propos-de-viva-for-life